Depuis quelques heures, EmmaCakeCup et Vlad Oltean sont au cœur d'une polémique à cause de placements de produits. Certains peuvent coûter très cher aux abonnés.

Mise à jour du 29/11/2018 : Selon BFM TV, EmmaCakeCup et Vlad Oltean auraient déposé une main courante contre un certain Lucian Lagersie. L’homme serait derrière les sites Prestige Chronos et Watch4pro, selon eux. Il a confirmé pour l’un de ces sites, expliquant avoir payé 4000 euros en l’échange de sa promotion par Vlad Oltean. Ces informations n’ont pas pu nous être confirmées pour le moment. Dans une story postée sur Snapchat, EmmaCakeCup a indiqué qu’elle allait « déposer une plainte », sans donner davantage de détails.

Retrouvez ci-dessous l’article original :

Depuis quelques heures, les commentaires agacés se multiplient sous les photos Instagram d’EmmaCakeCup et Vlad Oltean. En cause : des sites de vente en ligne promus par les deux influenceurs en couple, qui se sont avérés être des placements douteux, comme l’a révélé le compte Twitter @Doubleshitfuck.

Des montres passant de 20 à 390 euros

Dans un thread posté dimanche 25 novembre, l’anonyme qui se cache derrière ce compte détaille l’affaire. EmmaCakeCup, une youtubeuse d’1,4 million d’abonnés qui s’est également construit une grosse notoriété sur Instagram et Snapchat et son petit ami, Vlad Oltean (1,2 million d’abonnés sur Instagram), ont tout deux fait de la publicité pour des sites de vente en ligne. Dessus, des montres à près de 400 euros l’une, des «  bon plan airpod » (sic, les écouteurs sans fil vendus par Apple) ou des « iWatch » (sic, montre vendue par Apple) et autres montres luxueuses pas chères. Problème : tout ne semble être qu’entourloupe.

Intéressons-nous d’abord aux montres. Celles-ci semblent luxueuses, jusque dans le prix. Elles étaient vendues sur plusieurs sites : watch4pro.com (visible sur WayBack Machine), impact-chronos.com et prestigechronos.com.

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Je l’épouse ? 😏

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En réalité, il suffit d’une recherche sur Google Images pour s’apercevoir qu’elles n’étaient pas si qualitatives. Une montre vendue à 390 euros est ainsi retrouvée à 20 euros et des poussières sur le site de commerce chinois Aliexpress. Ce n’est pas illégal : chacun peut revendre un produit au prix qu’il souhaite, tant qu’il ne s’agit pas d’un produit illicite comme une contrefaçon, nous indique au téléphone l’avocate Laetitia Blondi, du cabinet Welaw Avocats. Des questions morales se posent toutefois au vu de la différence de prix, ici très importante.

Des administrateurs de sites mystérieux

Les sites ne présentent aucune information sur leurs administrateurs, alors même que la loi l’exige. Cela rend très difficile, voire impossible, un recours en justice en cas d’arnaque.

Et depuis quelques jours, les trois sites se sont justement… volatilisés.  Sur leurs pages d’accueil, il n’y a plus de montres, seulement un mystérieux « ouverture prochaine : soyez au courant lorsque nous ouvrons ». Leurs noms de domaines avaient été enregistrés il y a seulement quelques semaines.

Sur les trois sites, le même message. // Source : Capture d’écran / Numerama

En essayant de se connecter en tant qu’administrateurs sur les sites, nous avons découvert que les trois étaient gérés par les mêmes personnes. En effet, on retrouve à chaque fois le même nom de boutique créé via le site Myshopify (Watch4Pro), et l’URL de la boutique est également la même (prestige-chronos.myshopify.com). Par ailleurs, leur identifiant Google Analytics, que l’on retrouve dans le code source des sites, est le même. Ce n’est pas le cas des autres boutiques créées à partir de Myshopify.

La plateforme lorsqu’on essaye de se connecter en tant qu’administrateur. // Source : Capture d’écran / Numerama

Nous nous sommes inscrits à leurs newsletters, en espérant avoir de leurs nouvelles – et aucun mail de confirmation ne nous a été envoyé, ce qui est accessoirement contraire au Règlement européen de protection des données personnelles. Ces sites n’ont pas répondu pour le moment au mail que nous leur avons envoyé.

De fausses Apple Watch en vente sur les sites

D’autres sites pour lesquels EmmaCakeCup et Vlad Oltean ont fait de la publicité semblent problématiques. Addictech, qui est lui toujours en ligne, par exemple. Il s’agit du fameux « bon plan airpod ». Si les deux influenceurs mentionnent à certains moments que ce sont « une alternative » aux produits Apple, le nom du produit (à un « s » près, le même que celui des écouteurs Apple) et le design prêtent clairement à confusion.

Une fausse iWatch. // Source : Capture d’écran / Numerama

« Une alternative » aux produits Apple, ou une contrefaçon ?

Le site qui précise également que ses écouteurs sont une « alternative aux Airpod  » en tous petits caractères dans la description n’a pas pris les mêmes précautions avec un autre appareil qu’elle vend. La « iWatch » vendue en promotion à 60 euros au lieu de 400 euros (nous l’avons également trouvée sur Aliexpress à moins de 10 euros) semble être une copie peu dissimulée de l’Apple Watch. Rien n’indique le contraire sur la page du produit, et il faut s’y connaître un minimum pour détecter l’entourloupe.

Une publicité faite sur le compte de l’un des influenceurs. // Source : Doubleshitfuck / Capture d’écran

Comme nous l’explique Me Laetitia Blondi, il faut réunir plusieurs critères pour pouvoir dire si un produit est ou non une contrefaçon. « Ce serait le cas si Apple a déposé le nom de son produit, son design, etc. Mais sans aller jusque là, on pourrait parler de concurrence déloyale si un produit quasi identique, qui reprendrait des caractéristiques du produit Apple était proposé à un prix bien moindre », détaille-t-elle.

En essayant de payer un produit grâce à PayPal, un nom est sorti : celui de Loren Lucquin. Ce nom est le même que celui d’un influenceur, qui est un ami de Vlad Oltean et EmmaCakeCup, comme le prouvent d’anciennes stories publiées par le compte Twitter Gossip Ytb en septembre dernier. Contacté par mail, ce dernier n’a pas encore confirmé à Numerama être derrière le site. Sur Instagram, EmmaCakeCup avait déjà expliqué qu’un ami à elle tenait le site.

Le site bodyprogram.fr, créé par Vlad Oltean, présente enfin lui aussi quelques problèmes. Comme tous les autres cités ci-dessus, il ne contient aucune information sur le vendeur (adresse, numéro d’identification de la société, etc.), alors que ces mentions légales sont obligatoires, selon la Loi pour la confiance en l’économie numérique.

Contactés, EmmaCakeCup et Vlad Oltean n’ont pas donné suite à nos sollicitations pour le moment. Si @Doubleshitfuck soupçonne qu’ils sont complices des sites douteux, rien ne permet de l’affirmer pour le moment.

Un problème pour bien d’autres influenceurs

Ils ne sont pas les seuls influenceurs à s’être laissés tenter par la promotion de sites douteux. Dans un long billet de blog publié en août, Thomas Encarnação, community manager, détaillait certaines pratiques des sites avec lesquels l’agence d’influenceurs Shauna Events avait des contrats. Dirigée par Magali Berdah, celle-ci travaille avec de nombreuses célébrités du milieu de la télé-réalité.

En août, une société avec laquelle son agence a collaboré, WearBlingShop, a subitement été fermée, et l’argent des abonnés qui avaient commandé dessus a disparu. Elle présentait des similitudes avec celles évoquées plus haut : des produits Aliexpress revendus, aucune information sur la société, et un site créé grâce à Shopify.

Le nom de celui qui semble avoir créé ce site – depuis clôturé par Shopify – a été retrouvé grâce au dépôt de nom de domaine. Il correspond à une entreprise de vente en ligne basée en banlieue parisienne, dans le 93. Elle semble toujours exister.

Dans un article publié dans le journal Lyon Capitale, on apprenait aussi que l’agence avait collaboré avec une marque de soutiens-gorge, qui disait reverser une partie de ses revenus à une organisation de lutte contre le cancer du sein. Ce qui était entièrement faux. Magali Berdah avait à l’époque argué que ce problème qui concernait « le site, pas les gens qui en font la promotion ».

Des produits parfois dangereux

«  Ça me dérange, car malgré la qualité de leurs posts, [les influenceurs] jouissent d’une confiance quasi absolue de leurs abonnés qui n’ont pas la maturité de réflexion d’un adulte : quand une société fait appel a eux. J’ai beau critiquer leur système, ils sont terriblement efficaces et quasiment certains de faire des ventes », regrettait pourtant Thomas Encarnação, qui nous a fait parvenir des captures d’écrans de mails menaçants reçus à la suite de la publication de son article de blog.

Un ancien candidat de télé-réalité avait dénoncé ces partenariats sur Instagram. Il y accusait Magali Berdah et son agence d’« arnaques ». L’entrepreneuse (qui n’a elle non plus pas encore répondu à nos mails) avait alors nié les faits, et envoyé une mise en demeure à l’influenceur.

Les partenariats douteux peuvent avoir de lourdes conséquences

Outre les pertes d’argent des abonnés qui n’auront jamais leur produit ou de vulgaires contrefaçons, les partenariats douteux peuvent avoir de lourdes conséquences. @Doubleshitfuck (qui a lui aussi eu droit aux menaces et tentatives d’intimidation anonymes) nous raconte par exemple avoir déjà été alerté sur un site de vente d’articles pour bébés. Dessus, étaient revendus des articles non homologués, qui ne respectaient pas nécessairement les normes européennes de sécurité, et étaient donc dangereux.

Les promotions alléchantes cachent parfois de belles arnaques. // Source : Numerama / icon-icones

Des abonnés se sont également plaints de produits de blanchiment dentaire qui leur avaient coûté «  deux mois de dentiste », ou de pilules minceur dont la prise s’est soldée par des problèmes d’incontinence urinaire, et un prélèvement mensuel automatique dont les clients n’étaient pas clairement informés, racontait un article du Monde. CarlineBeauty, une blogueuse qui a voulu alerter sur ces pilules de la marque Anaca3 a été attaquée en justice.

L’avocate Laetitia Blondi admet qu’en cas de problème, ce n’est pas celui ou celle qui a fait la publicité qui est reconnu responsable au niveau légal, mais bien le vendeur. Elle recommande, si celui-ci n’est pas clairement identifiable, de se tourner vers la DGCCRF. Cette dernière n’a pas su nous indiquer immédiatement si des plaintes avaient été faites en ce sens, mais nous mettrons à jour l’article une fois les informations communiquées.