La youtubeuse EmmaCakeCup avait poursuivi en justice deux autres vidéastes qui avaient évoqué en vidéo des partenariats douteux qu'elle avait promu. Les poursuites ont été finalement abandonnées.

Le procès devait avoir lieu en septembre 2020. Finalement, il n’en sera rien : les poursuites engagées contre deux youtubeurs par la vidéaste EmmaCakeCup ont été abandonnées. L’une des accusées, Manon Delcourt alias Dairing Tia, s’en est réjouie sur sa chaîne mardi 16 juillet. Son avocat lui a adressé un email pour lui indiquer qu’EmmaCakeCup se « retirait du dossier ». L’autre accusé, Anthony Valerio, ainsi que l’avocat des deux vidéastes ont confirmé cette information à Numerama.

Fin novembre, nous vous racontions dans une enquête comment des influenceurs font parfois des partenariats avec des sites douteux. Parmi les personnalités citées, il y avait EmmaCakeCup et son conjoint, Vlad Oltean. La première, une youtubeuse et instagrammeuse, avait décidé de porter plainte contre deux vidéastes qui avaient relayé les propos de médias sur le sujet. Une première audience avait eu lieu en avril : la date du procès avait alors été fixée.

Des montres Aliexpress et des contrefaçons

C’est un internaute, qui se fait surnommer Doubleshitfuck sur Twitter, qui a repéré en novembre 2018 les sites douteux promus par EmmaCakeCup et Vlad Oltean.

Les promotions alléchantes cachent parfois de belles entourloupes. // Source : Numerama / icon-icones

Sur ces sites de vente en ligne, on trouvait des contrefaçons de produits Apple et des montres à plusieurs centaines d’euros, présentées comme des accessoires de luxe. Au cours de notre enquête, nous avions retrouvé ces dernières sur un site de commerce chinois, Aliexpress, à une vingtaine d’euros. Un tel procédé (contrairement à la vente de contrefaçons) n’est pas illégal mais pose des questions morales, au vu de l’énorme différence de prix entre les produits.

Les sites que nous avions pu consulter avant qu’ils se volatilisent présentaient par ailleurs d’autres problèmes comme l’absence d’informations sur leurs administrateurs. La loi oblige à écrire les mentions légales sur les sites de vente en ligne : elles sont notamment utiles en cas de litige.

View this post on Instagram

Je l’épouse ? 😏

A post shared by Vlad Oltean (@oltean_vld) on

Trois des sites semblaient appartenir à la même personne. En essayant de payer un article avec PayPal, le nom de Loren Lucquin, un influenceur et ami de Vlad Oltean et EmmaCakeCup est apparu. Contacté, il ne nous a jamais confirmé ou infirmé être derrière ces sites.

Des vidéastes invités à supprimer leurs vidéos

Fin novembre, plusieurs vidéastes ont publié des vidéos sur le sujet. Quelques jours plus tard, EmmaCakeCup avait indiqué dans une story Instagram qu’elle comptait porter plainte contre tous ceux l’ayant qualifiée «  d’arnaqueuse ». Ce n’étaient visiblement pas des paroles en l’air.

Au moins deux vidéastes ont été attaqués en justice pour leurs vidéos respectives, avait pu confirmer Numerama. Manon Delcourt (Dairing Tia sur YouTube) en faisait partie. Au téléphone, elle nous racontait en avril être tombée en novembre sur des articles de presse sur le sujet, ainsi que sur les threads de Doubleshitfuck. « J’ai décidé d’en parler sur ma chaîne, en me basant dessus », disait-elle.

Quelques semaines plus tard, Manon Delcourt avait reçu un email, signé par des huissiers. Ces derniers la prévenaient d’une mise en demeure, mise en copie du mail. Pour qu’une mise en demeure (un courrier envoyé avant une plainte afin de régler une affaire à l’amiable) soit recevable, son expéditeur doit pouvoir prouver qu’elle a été reçue. La vidéaste a reçu un simple email — ce qui peut être considéré comme suffisant dans certains cas –, mais pas de lettre avec accusé de réception.

Dans le mail, elle était accusée de diffamation envers EmmaCakeCup. On lui demandait de retirer sa vidéo sur le sujet. Elle a supprimé la vidéo et répondu au mail, en niant toute diffamation, mais n’a pas obtenu pas de réponse. Comme il était écrit que si elle supprimait la vidéo, elle ne serait pas inquiétée en justice, elle pensait que tout était terminé. Mais ce n’était pas le cas.

« Fin février, mon père a trouvé un avis de passage dans notre boîte aux lettres, se souvenait-elle. On m’y disait de venir récupérer une assignation à comparaître devant le tribunal correctionnel de Paris, pour cette histoire.  »

Accusés de diffamation

Anthony Valerio, un autre youtubeur, nous avait fait part à peu près du même récit. Lui aussi, avait fait une vidéo sur sa chaîne à l’époque où les premiers articles de presse sur EmmaCakeCup sont sortis. Des internautes l’avaient contacté sur Instagram pour témoigner de leurs mauvaises expériences avec des sites promus par EmmaCakeCup et son conjoint.

Peu après, le 18 décembre, il avait reçu un email lui faisant part d’une mise en demeure (qu’il dit n’avoir jamais reçu par courrier). Accusé de diffamation, il avait également préféré retirer sa vidéo. Les avocats d’EmmaCakeCup lui avaient alors demandé de faire le ménage également sur Twitter, ce qu’il a fait, en plus d’Instagram. En février, alors qu’il était en vacances chez sa famille, il avaut dû prendre un train en urgence pour aller récupérer une assignation à comparaître.

Manon Delcourt et Anthony Valerio, qui étaient représentés par le même avocat, étaient accusés de diffamation publique. Les mêmes faits leurs leur étaient reprochés : le fait d’avoir fait perdre à EmmaCakeCup des partenariats avec des marques (non-douteuses), et le fait que leurs vidéos auraient conduit des internautes à insulter et menacer la vidéaste.

Entre 20 000 et 30 000 euros de dommages et intérêts

Les plaintes mentionnaient « des pages entières de commentaires » publiés sous leurs vidéos, dont la responsabilité est imputée à Manon Delcourt et Anthony Valerio. Parmi ces commentaires on trouvait des insultes, qu’ils disent avoir aussitôt supprimées, mais aussi des commentaires comme « venez on va tous se désabonner ».

EmmaCakeCup réclamait des dommages et intérêts de 20 000 euros à Manon Delcourt et 30 000 euros à Anthony Valerio.

« On n’a fait que traiter de faits vérifiés par des journalistes  »

Tous deux étaient plutôt confiants quant à l’issue des audiences, dont la première partie aura lieu le 5 avril. « On n’a fait que traiter de faits vérifiés par des journalistes, expliquait Anthony Valerio. Ce qui nous est reproché est d’une absurdité sans nom. » Manon Delcourt elle, sentait que cela arriverait de toute façon. « Je pense que le tribunal se rendra compte que les poursuites contre nous sont abusives », espérait-t-elle. Le tribunal avait finalement décidé de fixer une date pour un procès, qui n’aura pas lieu.

Me Simon Ulrich, l’avocat des deux accusés, a indiqué à Numerama que l’abandon des poursuites était lié à un problème de forme. Il avait fait part au procureur de ses interrogations quand à la notion de diffamation. Ce terme est très encadré par une loi sur la presse et il est particulièrement difficile de prouver qu’il y a eu diffamation. En l’occurrence, les poursuites pour diffamation représentaient selon l’avocat une « atteinte à la liberté d’expression ». Selon lui, les propos tenus par les vidéastes étaient « légitimes ». EmmaCakeCup et son avocat ont décidé d’abandonner le dossier qui ne pouvait plus être requalifié à ce stade pour d’autres motifs que la diffamation.

Des médias et d’autres vidéastes avaient également reçu des messages de la part des avocats de l’influenceuse, notamment le Roi des rats. Aucune procédure n’est en cours contre eux à notre connaissance.

Article publié initialement le 2 avril 2019

Partager sur les réseaux sociaux