L'armée française adopte une doctrine pour organiser sa lutte informatique offensive sur les théâtres d'opération.

C’est dit : « la guerre cyber a commencé et la France doit être prête à y combattre ». Et par conséquent, il est indispensable de doter le pays d’une doctrine officielle d’emploi de la lutte informatique offensive, de façon à pouvoir à riposter face à des agressions passant par les réseaux, mais aussi d’organiser son emploi sur les champs de bataille, dans le cadre d’opérations militaires classiques.

Cette petite phrase, prononcée par la ministre des Armées Florence Parly vendredi 18 janvier, s’inscrit dans un discours annonçant justement la mise au point de ladite doctrine. La lutte informatique offensive n’est pourtant pas un sujet nouveau : elle était déjà évoquée en 2013 dans le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de l’époque. Mais un cadre d’emploi manquait.

Florence Parly
La ministre des Armées Florence Parly. // Source : Raul Mee

Une doctrine secrète

C’était tout l’enjeu de ce travail, confié au Commandement de cyberdéfense (Comcyber). « Il faut préparer nos armées à cette nouvelle guerre, en nous assurant qu’elles disposent d’une doctrine et de capacités de lutte informatique offensive », a déclaré Florence Parly à Balard. Ainsi, « en cas d’attaque cyber, nous nous réservons le droit de riposter, dans le respect du droit », a-t-elle expliqué.

Évidemment, le contenu de cette doctrine est secret, afin de laisser une part de doute dans l’esprit de l’adversaire. « La doctrine elle-même demeure secrète », a annoncé le chef d’État-Major des armées, le général d’armée François Lecointre. C’est sur cette même logique que fonctionne la dissuasion nucléaire : elle est là pour défendre les intérêts vitaux de la nation, mais ceux-ci ne sont jamais identifiés clairement.

Un emploi dans le respect du droit

Cependant, la stratégie générale a été décrite. Il s’agit « pour l’essentiel à acquérir et à conserver la supériorité, ou tout du moins la situation la plus favorable possible, afin d’assurer la défense de nos intérêts et la préservation de notre souveraineté ». Rien de surprenant, en somme : c’est la même logique qui commande l’action de l’armée sur terre, sur mer et dans les airs.

Ses limites ont également été esquissées. Soulignant que « la France est un État de droit, attaché aux principes éthiques et au respect du droit international humanitaire », François Lecointre a souligné que la lutte informatique offensive n’est envisagée « que dans le strict respect des principes de distinction, de nécessité, de proportionnalité et de précaution ».

Lutte informatique offensive
Exemples d’emploi. // Source : Délégation à l’information et à la communication de la Défense

Agir aux niveaux tactique et stratégique

Quelques éléments publics de cette doctrine ont toutefois été partagés, comme le pointe le blog Lignes de Défense, pour montrer, tant au niveau tactique qu’au niveau stratégique, ce qu’il pourrait être fait pour estimer les capacités militaires adversaires, pour empêcher l’ennemi d’avoir une bonne appréciation de la situation, et pour réduire voire détruire ses capacités, via des dommages majeurs.

François Lecointre a toutefois rappelé la lutte informatique offensive « ne rend pas obsolète l’action militaire traditionnelle ». Dirigée par le général de division Olivier Bonnet de Paillerets, patron du Comcyber, elle vise à « en amplifier les effets, à les compléter et à renforcer l’arsenal offensif ». Les missions militaires classiques continueront donc, mais elles intégreront davantage cette nouvelle dimension.

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