Depuis dimanche, la campagne pour la place au Sénat de Chelsea Manning est entachée par la présence de la jeune femme à des soirées en compagnie de figures de « l'alt-right » américaine. Ses soutiens sont déstabilisés et la polémique ne dégonfle plus.

À peine annoncée, la campagne pour la candidature démocrate aux sénatoriales de Chelsea Manning est déjà perturbée. Depuis ce dimanche 21 janvier, la jeune femme est en effet au cœur d’une petite affaire qui perturbe ses soutiens. Il y est question de ses liens avec la droite extrême américaine, autoproclamée « alt right  », et l’affaire semble difficile à étouffer pour le camp Manning percuté sur le terrain de l’incarnation du progressisme.

Pour une soirée de plus

Dimanche dernier, le média américain BuzzFeed rapportait la présence de la candidate à la primaire démocrate du Maryland à une soirée de M. Mike Cernovich, figure de proue de l’alt right. Or cette soirée new-yorkaise était tenue en l’honneur de la première année à la Maison Banche de Donald Trump. Lors de la célébration, les journalistes de BuzzFeed ont ainsi vu celle qui s’est engagée à incarner une candidature « contre la haine  » être chaleureusement reçue par le camp adverse.

Chelsea Manning / Twitter

Dès dimanche, beaucoup de ses soutiens ont été plongés dans l’embarras par l’article de BuzzFeed. Certains de ses proches ont même nié sa présence, pourtant confirmée par la suite par Mme Manning. L’invitation, même symbolique, de l’alt right dans la campagne Manning a perturbé les frontières de sa base et écorné son image progressiste.

Dans son propre camp, où l’alt right est devenue une figure d’épouvantail politique mis en avant, notamment, dans la vidéo de campagne de Manning, l’épisode de la soirée est critiqué. Auprès d’un journaliste de BuzzFeed, Linda Sarsour, militante pour les droits des musulmans et proche de la campagne, a jugé que la photo de Manning à la soirée était « le pire du pire  », ajoutant que Chelsea aurait confié son regret et admis qu’il s’agissait d’une très mauvaise décision de se rendre à cette soirée.

Une soirée pour « espionner »

Le 22 janvier, le lendemain de l’article, la jeune candidate finissait par répondre sur Twitter à la polémique. Elle détaille : « les fascistes et l’alt-right ne méritent aucune tribune, nous restons opposés à eux. J’ai saisi une opportunité pour les espionner, car l’idéologie qu’ils soutiennent menace tout le monde  ». Toutefois, la polémique n’a pas été étouffée par cette réponse. Au contraire, l’alt right a saisi l’opportunité pour saper les explications de Mme Manning en publiant différentes photos de la jeune femme en compagnie de membres éminents de cette droite radicale.

D’abord M. Cernovich, organisateur, a montré la jeune femme riant aux côtés de M. Gavin McInnes, soutien de Trump. Ensuite, M. Lucian Wintrich, du média d’extrême droite The Gateway Pundit a poursuivi en publiant des photos de la jeune femme assistant à une autre soirée, chez lui cette fois-ci. Il écrit : « Chelsea Manning à mon appartement de Washington lors d’une rencontre : pas certain que des « renseignements » ont pu être collectés à part que je gagne toujours à Cards Against Humanity.  »

À la manière d’un supplice, les photos de Manning sont publiées par différentes personnalités, chaque jour. M. Wintrich ajoutait ainsi son grain de sable à la polémique ce mercredi 24 janvier.

Cette stratégie, volontaire ou non, a comme effet direct de rendre le camp Manning aphone. Or comme l’écrit Jack Smith IV, dans un article très complet sur Mic : « S’il y avait une héroïne conçue juste pour une résistance anti-Trump, elle ressemblerait beaucoup à Chelsea Manning.  » La jeune femme disposait en effet d’un fort capital politique pour incarner un renouveau progressiste principalement grâce à son image. Néanmoins, alors que cette image est aujourd’hui abîmée pour ses supporters, Mme Manning va devoir s’extirper rapidement d’une polémique délétère.

« S’il y avait un héros conçu juste pour une résistance anti-Trump, elle ressemblerait beaucoup à Chelsea Manning  »

En outre, il semble que la dualité des soutiens de WikiLeaks, qui a publié les documents de Manning durant la guerre en Irak, pèse aujourd’hui sur la perception de sa candidature. Comme le relève Mic, la jeune femme a, elle aussi, pu compter sur des soutiens anti-système venant des deux bords de l’échiquier politique, à la manière de M. Assange. Et bien que Manning et Assange ne soient plus en relation, les suspicions portées par une partie de la gauche américaine à l’encontre du fondateur de WikiLeaks apparaissent comme convoquéEs par l’affaire de Manning et l’alt-right.

Partager sur les réseaux sociaux