Le groupe de presse Mondadori France mise sur le succès de vidéastes célèbres en créant des magazines officiels pour toucher un jeune public. Mais lorsqu'il s'agit d'enfants déjà très sollicités par leurs parents pour produire de nombreuses vidéos, cette nouvelle publication peut soulever des interrogations.

Leurs vidéos peuvent accumuler plus de 400 000 vues en deux jours. Swan et Néo, deux enfants de 6 et 12 ans, sont désormais sur la couverture d’un magazine papier officiel qui porte leur nom, a repéré Chloé Woitier, journaliste au Figaro ce 13 juillet 2018.

C’est le groupe Mondadori France, notamment propriétaire des journaux Closer, Grazia, Science et Vie, Télé Star, qui éditera ce qui est censé être un « bimensuel » édité « en partenariat avec Closer Teen »

Pour la sortie de ce premier numéro, un article a d’ailleurs été consacré sur les sites… de Télé Star et de Closer. Il contiendrait des photos de famille, un top 5 de « leurs parcs préférés » et des jeux pour enfants. Numerama a tenté de se le procurer, mais impossible de mettre la main dessus dans les nombreux points de vente dans le centre parisien.

Mondadori France avait déjà édité un magazine sur l’Atelier de Roxane, dont le premier numéro est sorti en avril dernier, tandis que le deuxième vient d’être édité ce 5 juillet. L’objectif est assumé : « comme pour L’Atelier de Roxane, le plan promotionnel s’appuie largement sur les réseaux sociaux, afin de s’adapter aux pratiques des 6-14 ans », précise le groupe dans un communiqué. En somme, il s’agit de capitaliser sur le succès de la chaîne YouTube et des enfants qui y sont mis en scène.

Mais Swan et Néo font partie de ces enfants pour qui s’inquiète L’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN), qui a saisi la justice en mai dernier pour dénoncer « l’exploitation » de mineurs qui pourraient se trouver dans une situation de « travail illégal ».

En moyenne une vidéo par jour

La chaîne Swan The Voice – Néo & Swan compte 2,8 millions d’abonnés à la date du 13 juillet 2018. Il s’agit d’une chaîne YouTube lancée en avril 2015. Au départ, il s’agissait d’une mère de famille, Sophie (qui a aujourd’hui sa propre chaîne YouTube), qui filmait son enfant Swan alors âgé de trois ans en train de fredonner des chansons. Puis son frère Néo a peu à peu fait son apparition aux côtés de Swan.

YouTube/Swan The Voice-Néo et Swan

Depuis, Sophie met en ligne chaque jour une nouvelle vidéo, entre 10 et 15 minutes de long, qui met en scène ses deux garçons, généralement en train de tester des nouveaux jeux, ouvrir des cadeaux ou visiter des parcs d’attraction. Chaque nouveau « filon » est exploité, voire siphoné : une recette de bonbon géant en forme de LEGO sera déclinée en plusieurs vidéos, tandis qu’un contenu qui fonctionne bien comme le format «  est-ce la nourriture ou des bonbons ? » sera reproduit plusieurs fois, comme on peut le voir dans les vidéos les plus visionnées de la chaîne (compter entre 11 et 18 millions de vues pour une vidéo).

Capture d’écran de la chaîne Swan The Voice

Pas d’encadrement juridique

Au-delà du fond des vidéos, qui reste une appréciation subjective, cette chaîne YouTube pose de vrais questions au niveau du droit, et surtout du droit des deux enfants. En France, l’exploitation des personnes de moins de 16 ans pour créer du contenu en ligne n’est pas régulé : c’est un vide juridique que le droit peine à combler. Le code pénal encadre le travail de ces mineurs dans le cinéma, la radio, la télévision ou les jeux vidéo, mais pas sur Internet.

Dans la foulée des questions soulevées par l’OPEN en mai, Swan et Néo avaient posté une vidéo dans laquelle leur mère leur demande d’expliquer pourquoi ils allaient faire « moins de vidéos ». Mais cette semaine de juillet, on observe que 7 vidéos ont été mises en ligne en une semaine, dont trois en l’espace de quelques heures ce vendredi 13 juillet.

Capture d’écran du 13 juillet 2018

« Notre mère, elle nous fait une vie de rêve. Et elle nous prépare un avenir de rêve », s’était défendu Néo dans une vidéo en 2017. Toujours est-il que le travail du garçon de 12 ans et de son frère n’est pas régulé ; ce qui n’a pas empêché leur père de quitter son emploi pour s’occuper à plein temps de la chaîne, avait souligné le Monde.fr. Surtout si la célébrité des enfants-stars commence à s’exporter au-delà de YouTube. Encore faut-il que le magazine soit un succès.

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