Que savez-vous vraiment des algorithmes qui influencent votre manière de naviguer sur la toile ? Afin de cultiver votre esprit critique, une designeuse a créé l'Oracle du net, en partenariat avec la CNIL. Ce plug-in, à installer sur votre navigateur et associé à un site, agit comme un révélateur des « couches » du web.

Les algorithmes vous font flipper ? Peut-être est-ce lié au fait que vous avez toujours l’impression de n’en voir que la partie émergée lorsque vous interagissez en ligne. Heureusement, votre sauveur est arrivé, et il porte même un nom providentiel : l’Oracle du net.

Ce projet, développé dans le cadre d’un partenariat entre le Laboratoire d’Innovation Numérique de la CNIL (LINC) et la designeuse Victoria Duchatelle, entend vous dévoiler « la face cachée de votre navigation » dans les eaux parfois troubles du web. Pour ce faire, il suffit d’installer un petit plug-in, baptisé Hally, sur votre navigateur Chrome — Firefox et Opera sont en cours de développement.

Tandis que la CNIL adopte généralement une approche juridique sur les enjeux du numérique, le laboratoire s’attache en effet quant à lui à apporter un regard complémentaire du point de vue des usages des technologies. « Nous nous intéressons notamment à l’impact du design sur la manière dont on peut manipuler les gens, et la façon dont il peut a contrario permettre d’informer les utilisateurs », nous explique Olivier Desbiey, chargé d’études prospectives au sein du LINC.

Hacker son auto-prophétie

Une thématique qui intéresse justement Victoria Duchatelle, étudiante au moment où elle rejoint pendant trois mois les locaux de la CNIL pour mener à bien son projet de l’Oracle du net. « Dans mon mémoire de fin d’études, intitulé « Hacker son auto-prophétie », je me suis intéressée à la manière dont les développeurs contribuent à façonner le monde numérique. J’ai voulu poursuivre cette réflexion en développant un outil  », nous raconte-t-elle. Auprès du LINC, elle trouve un accompagnement technologique et éditorial pour créer ce plug-in et le site qui l’accompagne.

Des données, des données…

Comment les algorithmes structurent-ils et influencent-ils la manière dont vous naviguez sur le web ? À travers le personnage d’Hally, l’Oracle du net vous invite à vous demander quels enjeux se cachent derrière les algorithmes qui vous permettent de naviguer sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche.

« Nous avons identifié dans les pages les zones intéressantes à mettre en évidence, avec la volonté de montrer à l’utilisateur pourquoi la page qu’il consulte est présentée de cette manière. Les algorithmes hiérarchisent l’information », complète Olivier Desbiey.

Une fois le plug-in installé, il suffit d’ouvrir votre navigateur et de vous rendre sur votre fil d’actualités Twitter, celui de Facebook ou la page principale de Google. Ensuite, cliquez sur l’icône représentant Hally afin d’entamer l’exploration de votre page. En déplaçant le curseur sur l’écran, celui-ci devrait changer d’apparence lorsqu’il survolera des éléments stratégiques. Il ne vous reste plus qu’à les « gratter » pour révéler une information sur les couches sous-jacentes du web.

« L’un de mes objectifs était vraiment de démystifier la technologie, poursuit Victoria Duchatelle. Ainsi, l’Oracle du net révèle le subterfuge qu’il est lui-même. En ligne, nous pouvons avoir l’impression que les choses que nous voyons sont, d’une certaine manière, le résultat de quelque chose de magique. Mais cette magie empêche aussi de voir ce que font vraiment les algorithmes.  »

La magie du web nous empêche de voir ce que font les algorithmes

Si vous vous montrez suffisamment curieux (et patient) pour révéler un nombre important de « couches » du web, le plug-in ira même jusqu’à vous donner quelques astuces et conseils pour prendre un peu de distance avec ces calculs algorithmiques.

Sachez que vous pouvez contribuer à l’amélioration de l’Oracle du net si vous le souhaitez. En effet, le projet est dès à présent accessible à tous en open source sur la plateforme collaborative GitHub. « Cela fait partie de la logique même de cet outil : il prône la transparence, il est donc lui-même transparent. Nous espérons également que le rendre accessible sur GitHub permettra de faire évoluer le projet », conclut Olivier Desbiey.

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