Le plus grand salon international consacré à la réalité virtuelle s'est tenu du 22 au 26 mars à Laval, pour la 19e fois. Laval Virtual, dont l'édition 2017 était résolument tournée vers l'Asie, mêle rencontres entre professionnels du secteur, et démonstration des innovations au grand public. Ce salon est l'un des moteurs qui fait de la ville de Laval l'une des capitales mondiales de la réalité virtuelle et augmentée.

Une ruche bourdonnante, où chaque alcôve révèle un peu de son miel. C’est l’impression laissée par le salon Laval Virtual. Sous l’obscurité du grand chapiteau de 6 000 m², deux mondes cohabitent, unis par l’amour d’une technologie en expansion permanente : la réalité virtuelle et augmentée. Ici, une grande entreprise de BTP telle que Dassault Systèmes, là une petite startup de quelques salariés, au nom encore inconnu, un peu plus loin, le géant de l’informatique Microsoft présente l’Hololens.

Tous disposent du même espace : quelques mètres carrés pour exposer leurs innovations et leurs recherches. La plupart des 240 exposants sont des habitués du salon Laval Virtual, mais d’autres se greffent aussi chaque année au dispositif bien rôdé. Pendant cinq jours, du 22 au 26 mars derniers, ces acteurs de la réalité virtuelle, se sont côtoyés, ont échangé sur leurs innovations mutuelles et ont pris contact pour travailler ensemble sur de futurs projets. Les trois premiers jours du salon étaient consacrés aux professionnels et le week-end à la visite pour le grand public.

Alchimie

Ce mariage de professionnels et de profanes fait le succès de Laval Virtual. « Si Laval Virtual a une aussi bonne répution dans le monde, par rapport aux autres grands salons de ce type à Paris ou Los Angeles, c’est  grâce à l’alchimie que nous instaurons. Nous sommes dans une petite ville, la convivialité s’installe vite. Les exposants se retrouvent autour d’un verre, une fois leur journée terminée. Cela permet de tisser des liens privilégiés, qui sont beaucoup plus compliqués à nouer dans une ville plus grande », se félicite Simon Richir, le directeur scientifique du salon.

En effet, depuis dix-neuf ans, Laval Virtual est un salon reconnu dans le monde entier. Fondé en 1999 sur l’impulsion de l’ancien maire de la ville, François d’Aubert, juste avant le basculement dans le troisième millénaire, le salon n’a cessé de grandir, attirant des acteurs prestigieux des nouvelles technologies. Jusqu’à réunir, pour l’édition 2017, plus de 200 exposants, dont la très grande majorité sont des professionnels de la VR, et près de 18 000 visiteurs sur cinq jours. Un record pour cette manifestation mondialement reconnue qui s’est ouverte, cette année, au marché asiatique.

Laval Virtual a signé un partenariat avec la ville de Qingdao, pour la création d’un Laval Virtual Asia. « Il s’agit d’un très gros contrat, historique »  avec une ville de 9 millions d’habitants — bien loin des 50 000 Lavallois –, rapporte Laurent Chrétien, ancien polytechnicien et directeur du salon. Le savoir-faire du chef lieu de la Mayenne est reconnu au point d’exporter sa marque sur tous les continents. Un paradoxe, dans cette région plus rurale qu’urbaine.

« On est très surpris de voir qu’un tel salon se tient dans une ville aussi petite. Mais c’est parfait pour faire du business, on va revenir l’an prochain, c’est une certitude », glisse Darko Stanimirovic, le fondateur serbe de la start-up Zumoko. Il s’agit de la première entreprise à exploiter la conception assistée par ordinateur à travers l’Hololens de Microsoft. Le travail de Zumoko permet, par exemple, de visualiser en temps réel, grâce aux lunettes de Microsoft, l’état d’une pièce ou d’une machine industrielle, et d’optimiser au mieux son rendement et son éventuelle maintenance. Une aubaine pour de grands groupes tels que Dassault, Thalès ou encore Airbus, qui s’intéressent de près au dispositif. L’exemple des contrats bientôt signés par Zumoko est loin d’être une exception. C’est même l’objectif affiché des journées professionnelles qui précèdent les démonstrations publiques.

Du ludique au pratique

Pendant cinq jours, les visiteurs déambulent et s’arrêtent devant les stands, mus par la simple curiosité. Il faut dire que tout est fait pour appâter le chaland. Du gaming immersif en VR aux utilisations très pratiques, il n’y a souvent littéralement qu’un pas. Ainsi, on passe d’aspirateurs aux néons multicolores, dont le but est d’aspirer des fantômes, tirés du film Ghostbusters, aux prothèses bioniques, ou aux matérialisations virtuelles d’opérations chirurgicales.

Au point de déconcerter certains visiteurs. « C’est vraiment sympa de découvrir ce genre d’innovations à Laval, mais parfois, c’est un peu obscur et on ne comprend pas forcément le principe de chaque exposant  », concède Chloë, la vingtaine. Il faut dire qu’il vaut mieux parler la langue de Shakespeare pour saisir toutes les subtilités des applications professionnelles de la réalité virtuelle. Certaines animations attirent les curieux, qui forment une file d’attente digne d’un manège de Disneyland, ou plutôt du Futuroscope.

C’est notamment le cas du Gear VR de Samsung, qui permet de s’immerger dans un wagon de Grand Huit et de ressentir avec acuité les sensations inhérentes, grâce à un siège mouvant. Ce stand est celui qui a été le plus plébiscité lors des cinq jours d’exposition.

D’autres, à l’inverse, paraissent plus obscurs et moins grand-public. Le stand du Skolkovo Institute of Science et Technology, basé à Moscou, est beaucoup moins fréquenté. Ces chercheurs russes ont développé un drone connecté, qui, grâce à un écran projeté au sol, peut servir à payer par Internet puis à faire livrer directement son achat chez soi, via un système de localisation. « Je ne vois pas ce que ça a à faire dans un salon de réalité virtuelle  », s’interroge un visiteur, perplexe. L’application installée par l’entreprise locale Lactalis qui permet de faire des crêpes en réalité virtuelle ne fait pas non plus l’unanimité. « C’est drôle, mais je ne vois pas l’intérêt, c’est plus un stand publicitaire pour la marque Lactel qu’autre chose », s’étonne Sonia, qui fréquente régulièrement le salon.

C’est pourtant ce grand écart permanent qui fait le sel de Laval Virtual. Le visiteur passe d’une immersion sous-marine extraordinairement détaillée sur le stand de HTC Vive, à une simulation d’apesanteur au-dessus de la Lune chez Orbital Views. Un peu plus loin, un stand développé par la marque de parfums Diesel permet de surmonter son vertige grâce à la réalité virtuelle qui immerge le visiteur au sommet d’un immeuble, dont il doit longer la corniche ventée pour réussir l’expérience. Des expériences aussi nombreuses que diverses, qui ne sont pas sans gêner certains visiteurs, atteints de motion sickness, ce mal de mer nouvelle génération qui peut parfois survenir après une utilisation prolongée d’un casque VR.

« La réalité virtuelle se démocratise à grande vitesse  », estime Simon Richir. Le professeur de l’école Arts et Métiers de Laval poursuit : « En dix ans, nous sommes passés des casques japonais qui coûtaient 10 000 €, à des Gear VR Samsung qui ne coûtent plus qu’une centaine d’euros. Nous sommes dans un véritable basculement. Les gens sont habitués aux casques, désormais. Il faut simplement développer de nouveaux usages, de nouvelles applications, qui les servent dans leur vie quotidienne. Et c’est ce que Laval Virtual s’efforce de faire  ».

Impliquer les étudiants pour trouver les applications de demain

Et pour tenter de développer les usages du futur, la ville de Laval mise beaucoup sur la formation d’étudiants hautement qualifiés. La VR, à Laval, ce n’est pas qu’un événement ponctuel, une fois par an, c’est aussi tout un écosystème de formations et de pôles scientifiques de pointe. Ainsi, les Arts et Métiers de ParisTech, ont une antenne spécialisée à Laval, de même que le groupe EON Reality, l’un des leaders américains du secteur. C’est aussi le cas du centre de recherche Clarté.

«  L’idée est simple et remonte à loin. On a réussi à faire de Laval la capitale mondiale de la réalité virtuelle et augmentée. Mais ça ne s’est pas fait en un jour. Nous avons réussi à créer un cercle vertueux, en attirant de grandes entreprises lors du salon, et des étudiants d’avenir, très qualifiés en ingénierie qui profitent de Laval Virtual pour présenter leurs projets étudiants, et pourquoi pas se faire recruter par les grandes entreprises. Tous ces éléments font de Laval un pôle mondial de la VR qui ne cesse de croître  », explique Simon Richir. Et cette appellation de capitale, n’est visiblement pas qu’un effet d’annonce.

En effet, les prix décernés lors du salon ont été exclusivement remportés par des étudiants lavallois. Et ce, sans favoritisme aucun, puisque les différents jurés étaient internationaux. Le lauréat du Prix Démo de l’année est un groupe d’étudiants de l’école des Arts et Métiers de la ville. Il s’agit d’un escape game en réalité virtuelle, nommé Time Rescue, qui associe deux temporalités distinctes. L’un des protagoniste est coincé dans le passé, un casque HTC Vive sur les yeux, tandis qu’un autre acteur du jeu, équipé de l’Hololens, doit venir le secourir. Cet escape game d’un nouveau genre mêle à la fois la réalité virtuelle et la réalité augmentée et a reçu les éloges du jury.

Ce développement qui aura donc pris vingt ans va connaître une nouvelle expansion avec l’installation du Laval Virtual Center à l’été 2017. Ce totem, qui se veut être à la fois un centre de recherche et un lieu d’exposition des dernières innovations, fait la fierté des élus et des chercheurs locaux. Mais ceux-ci ne devront pas se reposer sur leurs lauriers s’il veulent continuer d’incarner la pointe dans le domaine de la réalité virtuelle. Car du côté de Los Angeles, de Paris, et même du Japon, on vient regarder Laval Virtual avec des yeux bien réels et envieux.

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