IBM n'a pas seulement vu naître l'informatique ; il l'a façonnée de manière fondamentale, accumulant des inventions allant du disque dur au code barre. Après des décennies d'hégémonie, celui qu'on surnomme « Big Blue » s'est effacé dans les années 90 pour s'orienter entre le cloud et l'intelligence artificielle.

Entreprise d’avant-guerre

IBM est issu du mélange de quatre entreprises américaines nées dans les années 1880 et spécialisées dans des machines, calculateurs et autres cartes perforées. Très vite, en 1914, sa direction est prise par Thomas J. Watson Sr., CEO emblématique à l’origine du mantra « THINK » de l’entreprise et qui la gouvernera pendant près de quarante ans.

L’ordinateur n’existe pas encore à cette époque – ses premières incarnations concrètes naîtront dans la Seconde guerre mondiale, et IBM n’y touchera pas avant les années 50. Mais on utilise des machines électromécaniques, sortes d’équivalents primitifs de feuilles Excel. Ce sera le fond de commerce de la firme de Watson, dont l’épisode le plus sombre sera la vente massive de tels outils à l’Allemagne nazie, qui en avait besoin dans l’élaboration de l’Holocauste.

Une grande dame de l’informatique

C’est après la retraite de Watson que « Big Blue », surnommé ainsi en raison de l’uniforme de facto de ses employés, tâtera cette discipline nouvelle qu’est l’informatique. Le fameux langage de programmation FORTRAN sera développé en 1957 ; et entre 1964 et 1978, la gamme d’ordinateurs IBM System/360 assurera à la firme sa dominance sur le monde de l’informatique.

Au cours de son histoire, IBM inventera rien de moins que le distributeur automatique de billets, le code barre, la bande magnétique qu’on trouve sur nos cartes bleues, le disque dur, la disquette et les barrettes de RAM, glanant au passage 5 prix Nobel et 6 prix Turing.

Mais vient l’an 1977, quand un jeune outsider nommé Apple lance le coup d’envoi de l’informatique personnelle. Pour la première fois challengé par une startup sortie de nulle part, Big Blue lance en 1981 l’IBM PC, dont il confie le système d’exploitation à une entreprise plus discrète du nom de Microsoft. Le PC s’impose vite en standard de l’industrie, les autres acteurs s’alignant sur la production d’ordinateurs « PC-compatibles » et cantonnant le Macintosh à un marché de niche.

Mythe déchu

Dans les années 90 cependant, IBM s’essouffle malgré sa gamme ThinkPad. Asphyxié par la concurrence de ces PC-compatibles dont il a lui-même été l’inspiration, il brise en 1993 le record américain de pertes pour une entreprise. En 2005, il revend son activité d’ordinateurs personnels au Chinois Lenovo. Dans ce foisonnement d’acteurs nouveaux, Big Blue préfère se replier sur des activités de pointe, entre supercalculateurs et intelligence artificielle.

C’est ainsi qu’en 1997, l’ordinateur Deep Blue crée la stupéfaction en battant aux échecs le champion du monde Gary Kasparov. En 2011, le supercalculateur Watson, nommé d’après le CEO historique, s’illustre par sa compréhension du langage humain en gagnant au jeu télévisé Jeopardy !. Depuis, Watson et ses mille déclinaisons sont le fer de lance de la firme.

Aujourd’hui, IBM reste un incontestable géant de la tech, fier de ses presque 400 000 employés, de quelques 100 milliards $ de capitalisation boursière et d’un record du monde de brevets grâce à son importe activité de recherche. La firme se diversifie dans des secteurs tels le cloud, fabrique les processeurs de la plupart des consoles de jeu et va jusqu’à racheter une plateforme de streaming. Mais malgré ses efforts, Big Blue n’a plus son éclat d’antan.

Partager sur les réseaux sociaux