Le site GlobalXPlorer propose de mettre l'imagerie satellite au service de l'archéologie et de faire participer les internautes pour accélérer la découverte de vestiges. Une première mission est lancée au Pérou.

En archéologie, il faut parfois savoir prendre de la hauteur. Sur le plan intellectuel bien sûr, pour donner du sens aux vestiges qui sont exhumés au cours d’une fouille. Mais il faut aussi ne pas hésiter à s’élever littéralement pour avoir un meilleur panorama des environs, que ce soit par avion, par drone ou même par satellite. C’est justement ce que propose le site GlobalXPlorer. Explications.

L’histoire de l’archéologie a en effet montré que certaines structures étaient invisibles depuis le sol ou très difficilement repérables. Songez donc aux fameux géoglyphes de Nazca, à cette mystérieuse bande de terre percée de milliers de trous sur 1,5 km au Pérou, ou bien à ces autres géoglyphes situés dans le désert de Syrie ou encore à ces longues lignes tracées sur le sol bolivien, il y a plus de 3 000 ans.

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Le condor de Nazca
CC Paul Williams

Sur la terre ferme, on ne peut pas saisir l’immensité de ces manifestations culturelles du passé. Il faut être dans les airs pour bien les contempler, et c’est aussi dans les airs que l’avenir de l’archéologie se trouve, aussi étonnant que cela puisse paraître. C’est justement ce créneau qu’occupe Sarah Parcak, « archéologue de l’espace » et dont le CV est par ailleurs tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Et ça marche !

Grâce à cette méthode, qui utilise l’imagerie spatiale, elle a ainsi pu repérer en Égypte dix-sept pyramides, un millier de tombeaux et trois mille bâtiments ! Un record. Pour cela, les infrarouges ont joué un rôle-clé dans le repérage de ce qui se cachait parfois sous le sable. « Nous n’avons découvert que les sites qui étaient près de la surface. Il reste des milliers de sites que le Nil a recouverts de ses sédiments  », expliquait-elle.

Sarah Parcak
Sarah Parcak
CC Joi Ito

C’est aussi de cette façon que Dmitriy Dey a repéré en 2007, via Google Earth, l’outil de visualisation de la surface terrestre basé sur des photos aériennes ou satellitaires, divers géoglyphes au Kazakhstan, dont certains de 400 mètres de diamètre, indique Léo Grasset, l’auteur de la chaîne DirtyBiology, dans une vidéo consacrée aux façons de trouver des trésors.

L’approche suivie par Sarah Parcak et d’autres donne des résultats si convaincants (elle a été appliquée avec succès sur Terre-Neuve pour retrouver des campements vikings en Amérique du Nord et donne des résultats également au Pérou et dans divers endroits de l’ancien Empire romain) que l’archéologue a décidé de lancer un site web, GlobalXPlorer, pour faire participer le public.

globalxplorer

Sarah Parcak juge en effet qu’il y a urgence : de nombreux artefacts circulent aujourd’hui au marché noir et l’imagerie satellitaire pourrait aider les archéologues à repérer et sécuriser plus vite les sites historiques et ainsi préserver la mémoire culturelle des populations qui y ont vécu. D’où l’idée du site GlobalXPlorer, qui permet à chacun de s’y mettre après avoir suivi un petit didacticiel pour savoir comment analyser une image.

GlobalXPlorer se concentre sur le Pérou, là où les bénévoles ont d’ores et déjà analysé plus de 2,1 millions de « tuiles » (la vue aérienne a été segmentée en carrés de cent mètres de côté pour organiser efficacement les recherches). Les internautes n’ont qu’à dire si ce qu’ils voient digne d’intérêt ou non et quand assez de votes indiquent une possible trace d’activité humaine, des vérifications approfondies sont lancées.

Pour inciter les internautes à contribuer et à revenir régulièrement, GlobalXPlorer a eu la présence d’esprit de rendre le tout un peu ludique avec des récompenses que l’on peut débloquer, comme des grades lorsque l’on franchit certains seuils : 500 tuiles passées en revue, puis 1000 et ainsi de suite jusqu’au dernier échelon, celui de l’archéologue spatial, qui s’obtient après avoir vu 50 000 tuiles.

Il existe aussi un score de consensus qui vérifie si vos indications sont en adéquation avec celles données par les autres contributeurs ou si vous divergez fortement. GlobalXPlorer explique que ce système permet, comme son nom l’indique, de construire un consensus autour d’une photographie aérienne afin de dire si elle mérite de s’y attarder ou s’il n’y a rien d’intéressant à en tirer.

À vous de jouer, maintenant !

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