L'entreprise américaine Spaceworks prévoit de commencer ses premiers tests d'hibernation spatiale dès l'an prochain avec des animaux avant de poursuivre avec l'homme. Cette avancée pourrait faciliter les voyages les plus longs, comme celui vers Mars.

Les avancées scientifiques entretiennent parfois des liens avec des événements improbables. John A. Bradford, à la tête de l’entreprise américaine Spaceworks, spécialisée dans les technologies d’exploration spatiale et soutenue par la Nasa, qui espère réaliser ses premiers tests d’hibernation spatiale avec des animaux dès l’an prochain, puis avec des humains, a ainsi suivi de près un fait divers survenu au Japon pour concevoir cette méthode prometteuse. Elle faciliterait notamment le voyage jusqu’à Mars, que la Nasa estime long de 6 mois.

L’ingénieur s’est penché sur le cas remarqué, en 2006, de Mitsutaka Uchikoshi, un promeneur japonais qui est parvenu à survivre pendant 22 jours après sa chute dans une montagne, sans eau ni nourriture. Pendant sa longue phase de coma, la température de son corps est passée de 37 à 22 degrés, ce qui lui a permis de résister au froid ambiant (jusqu’à 10 degrés) et de ne pas succomber malgré son importante perte de sang. Shinichi Sato, le docteur en charge de son hospitalisation, expliquait à l’époque : « Il est tombé dans un état proche de l’hibernation et la plupart de ses organes ont ralenti mais son cerveau a été protégé. Depuis, il a retrouvé 100 % de ses capacités cérébrales. »

Mars
CC Kevin Gill

L’hibernation, source de précieuses économies

Le monde médical s’est depuis penché de près sur ce premier cas connu d’hibernation humaine, très prometteur pour de futures thérapies… comme pour l’exploration spatiale, le sujet faisant de longue date les beaux jours de la science-fiction, comme l’a rappelé la sortie récente du film Passengers, adapté d’une nouvelle de Philip K. Dick.

John A. Bradford, dont l’entreprise a notamment travaillé sur la technologie hypersonique et collaboré avec la Nasa comme l’Air Force sur différentes initiatives, le reconnaît : « Je suis un grand fan de science-fiction donc il s’agissait un peu de transformer celle-ci en réalité. Mais je suis avant tout un ingénieur spatial qui travaille sur les missions humaines vers Mars et d’autres destinations de notre système solaire. »

Le processus devrait plutôt prendre la forme d’une salle collective que de capsules individuelles

Il planche donc sur un système inspiré de l’hypothermie thérapeutique, qui consiste à endormir les personnes concernées en réduisant progressivement la température de leur corps à 34 ou 32 degrés. Un processus qui réduit la pression sanguine et le rythme cardiaque, dont l’efficacité est prouvée sur plusieurs jours ou semaines, mais que l’équipe de Spaceworks veut plutôt compter en mois. Cette hibernation promet des économies précieuses en matière de nourriture et d’équipement, tout comme sur le poids des appareils, drastiquement réduit vu les besoins allégés des astronautes.

Fait rare, la technologie devrait cette fois ressembler à celle visible dans les films. À une nuance près : Spaceworks envisage plutôt des salles d’hibernation collectives, moins lourdes que les  « cabines » individuelles popularisées dans l’esprit collectif, même si celles-ci permettent de mieux contrôler la température de chacun(e).

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