L'administration Trump scrute de près les investissements chinois dans les entreprises américaines en matière technologique. Dans son viseur, notamment : l'intelligence artificielle. Pour éviter une trop grande avancée de la Chine dans ce domaine en matière économique et militaire, elle prévoit de renforcer le système de contrôle en vigueur.

Aux États-Unis, l’inquiétude autour des intelligences artificielles ne se limite pas à leur potentielle révolte — comme le redoute notamment Elon Musk — ou au remplacement progressif de l’homme dans tous les domaines d’activité.

L’administration Trump se penche plutôt sur les opérations financières réalisées par des entreprises chinoises auprès d’entreprises de la Silicon Valley. Elle se dit prête à renforcer sa surveillance sur ces investissements étrangers, tout particulièrement en matière d’IA, un domaine jugé sensible pour la sécurité nationale américaine.

Les États-Unis sont bien conscients du potentiel de l’IA en matière d’équipement militaire : leur propre projet Maven prévoit de remplacer les analystes bien humains qui scrutent les images des drones utilisés dans leur lutte contre l’organisation État islamique par des IA capables d’envoyer des alertes en cas de trouvaille importante.

« Pratiques agressives de la Chine »

C’est pour cette raison que l’administration de Donald Trump envisage sérieusement de consolider le rôle du Comité pour l’investissement étranger aux États-Unis (CFIUS), l’organisation chargée de scruter les achats d’entreprises américaines par des investisseurs étrangers. Dirigée par le département du Trésor, elle fait appel à d’autres branches du gouvernement, comme la Défense et la Sécurité intérieure.

Si la culture du secret fait partie intégrante du CFIUS — qui n’a pas pour habitude de commenter ses décisions sur une opération financière — l’organisation avait notamment, sous le mandat de Barack Obama, mis un coup d’arrêt à des tentatives de rachat chinoises de fabricants réputés de puces.

Une source anonyme du gouvernement affirme ainsi : « Nous nous penchons sur le CFIUS pour nous intéresser à la santé et à la sécurité à long terme de l’économie américaine, au vu des pratiques [agressives] de la Chine [en matière technologique] ». Le secrétaire à la Défense Jim Mattis a quant à lui récemment jugé l’organisme « obsolète » devant le Sénat : « Il doit être modernisé pour pouvoir gérer la situation actuelle. »

CC Nicolas de Camaret

Des garde-fous dépassés

Un rapport du Pentagone que Reuters a pu consulter, a de quoi inquiéter : à l’en croire, la Chine parvient à accéder à des technologies jugées « sensibles » grâce à des transactions  qui ne déclenchent pas un examen du CFIUS. Un constat partagé par une source anonyme du parti républicain : « Ces technologies [d’intelligence artificielle] sont tellement nouvelles que notre système de contrôle ne sait pas encore comment les gérer, ce qui explique notamment qu’elles passent entre les mailles du filet sécuritaire existant. »

Le projet de loi naissant porté par le sénateur républicain John Cornyn permettrait au CFIUS de bénéficier de compétences accrues en matière de blocage mais aussi de scruter d’encore plus près les propositions financières en provenance de pays considérés comme potentiellement menaçants pour la sécurité nationale.

Pour James Lewis, un spécialiste de la technologie militaire, membre du Centre pour la sécurité et les études internationales, les États-Unis sont déjà trop en retard : «  Les Chinois ont trouvé un moyen de contourner nos protections, nos garde-fous, sur le transfert de technologie grâce à l’investissement étranger. Et ils y recourent pour nous dépasser, autant économiquement que militairement. »

Le porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois, Lu Kang, prévient en tout cas déjà à demi-mot des potentielles conséquences diplomatiques d’une telle initiative : « [Les investissements chinois] ne doivent pas être surinterprétés politiquement. Nous espérons que les États-Unis se montrent capable de proposer un bon environnement pour les entreprises chinoises qui veulent y investir. »

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