Application controversée, Gossip est dans le collimateur de la Cnil. La commission vient de lancer une mise en demeure contre la société éditrice du logiciel et lui ordonne de se conformer à la loi. Le procureur de la République est alerté.

Les potins, les ragots, les commérages, la commission nationale de l’informatique et des libertés voit ça d’un mauvais œil. Surtout lorsque ces racontars sont produits via une application mobile dans laquelle n’importe qui peut dire tout et n’importe quoi sur quelqu’un qu’il connait, propager les rumeurs à l’ensemble de ses contacts, le tout sans craindre de pouvoir être identifié par sa cible.

Consternant, n’est-ce pas ? C’est pourtant bien le « service » que propose Gossip, une application pour Android et iOS dont la triste notoriété s’est forgée l’an passé lorsque son existence a éclaté au grand jour. Les médias avaient alors accordé une certaine attention à ce logiciel qui avait fait couler beaucoup d’encre. Car ce ne sont pas du tout des cancans gentillets qui ont été envoyés mais des bruits de couloir navrants.

L'appli Gossip.
L’appli Gossip.

Des exemples sont donnés par la Cnil : « [prénom] a 10 ans mais a déjà le VIH  », « [prénom et nom de famille] 14 ans alcoolique (…)  » ou encore «  (…) au tribunal pour acte de pédophilie #meufde14ans ». Grosse ambiance avec Gossip. On est assez loin des exemples de potins mis en avant par le site : « un nouveau couple ;) ». ou « c’est beau les fêtes de Pâques chez Alex ».

On le voit, les mineurs ne sont pas épargnés. Et pour ne rien arranger, une personne n’utilisant pas l’application peut tout à fait être ciblée sans le savoir ou en découvrant (trop tard) qu’on parle dans son dos. Elle « peut faire l’objet de calomnies susceptibles de déstabiliser son entourage et de lui porter un grave préjudice, sans en être informée et sans réel moyen d’action ».

Calomnies susceptibles de déstabiliser son entourage et de lui porter un grave préjudice.

Ayant découvert Gossip par la presse, la Cnil a effectué deux contrôles sur place en juin 2016 afin de vérifier la conformité du traitement de données personnelles. Et ce qu’elle a vu est inacceptable, à tel point que la commission vient d’annoncer ce vendredi 14 octobre la mise en demeure de la société éditrice de l’application WMG. Elle a désormais un mois pour rentrer dans le rang.

La Cnil relève que Gossip effectue tranquillement une collecte et un traitement des numéros de téléphone se trouvant dans le répertoire de ceux qui installant l’application ou bien au sein des données renseignées par les contacts Facebook, y compris lorsque ces numéros sont liés à des personnes ne l’ayant pas téléchargée. Or, tout cela se fait sans base légale définis par la Loi informatique et liberté.

Le procureur de la République alerté

« En organisant la diffusion des rumeurs anonymes, sans information et sans limites ni dans l’espace, ni dans le temps », Gossip ignore l’article 1er de la Loi informatique et libertés, qui énonce que l’informatique « ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques ». Et ce n’est pas tout.

« Compte tenu de la nature des manquements constatés, mais aussi des risques pour les personnes concernées, notamment les mineurs, la présidente de la Cnil a transmis l’ensemble des constats opérés et la mise en demeure au procureur de la République, afin que celui-ci puisse, le cas échéant, procéder à des investigations complémentaires ». Bref, l’affaire pourrait bien avoir un volet judiciaire.

Si à l’issue de la mise en demeure WMG ne satisfait pas les exigences de la Cnil, il sera alors temps de déclencher une procédure de sanction.

Mise en demeure publique pour atteintes graves à la vie privée

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