La puissante NFL a édicté un nouveau règlement qui encadre strictement l'usage qu'ont les équipes de foot américain des réseaux sociaux. Elles n'ont désormais plus le droit de créer des gifs ou des vidéos sans autorisation, même sur leurs joueurs ou leurs matchs.

Les efforts des ayants droit pour maîtriser la diffusion de leurs contenus sur Internet ne concernent pas uniquement la diffusion par peer-to-peer, les hébergeurs spécialisés ou les sites de streaming. Ils portent aussi sur les réseaux sociaux. Et si l’industrie culturelle est très active dans ce domaine, d’autres titulaires de droits sont tout aussi sourcilleux dès qu’il s’agit de leur propriété.

On le voit dans le domaine du sport avec le comité international olympique (CIO) qui a demandé l’interdiction des gifs animés sur les comptes des organes de presse, au risque de nuire à la liberté d’informer. Et cela, même lorsque les séquences litigieuses ne durent que quelques secondes, le temps de montrer une action, un beau geste ou un fait de jeu particulièrement marquant.

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Ce verrouillage ne se limite évidemment pas aux jeux olympiques. Aux États-Unis, la ligue nationale de football (NFL — National Football League) est aussi en pointe sur le retrait des gifs et des vidéos montrant sans autorisation des moments d’une partie ou de célébrations d’après-match. L’organisme s’était par exemple déjà illustré en parvenant à obtenir auprès de Twitter la suspension de certains comptes.

Mais la pression qui est exercée sur le public et la presse n’est qu’une facette de la tactique menée par ces organisations pour empêcher la propagation non autorisée — comprendre : en dehors des canaux fournis par les diffuseurs officiels — d’extraits de compétitions sportives. Les sportifs eux-mêmes sont susceptibles d’avoir des ennuis s’ils se mettent à relayer des passages sur les réseaux sociaux.

Des amendes qui pourront atteindre jusqu’à 100 000 dollars par infraction

ESPN, une chaîne spécialisée dans le sport, rapporte ainsi qu’un nouveau règlement a été concocté pour les équipes afin de les dissuader de poster des gifs et des vidéos sur les sites communautaires. Et elles ont tout intérêt à les suivre scrupuleusement, car dans le cas contraire de fortes amendes leur seront infligées pour les obliger à rentrer dans le rang.

Les sanctions fonctionneront par palier. À la première infraction constatée, le plafond de l’amende pourra atteindre 25 000 dollars. Au deuxième écart, le maximum passe à 50 000 dollars. À partir de la troisième faute, la NFL prévoit 100 000 dollars d’amende. Toutes les violations suivantes seront sanctionnées unitairement par une amende maximum de 100 000 dollars.

Du côté de Mashable, on indique que la restriction s’applique à partir du coup d’envoi et cesse une heure après la fin du match. C’est la création de tout contenu original qui est visé, car les mémos adressés aux équipes prévoient visiblement une exception : il est possible de relayer ou de republier les séquences initialement diffusées via les canaux de diffusion officielle sur les réseaux sociaux.

À lire sur Numerama : Des comptes Twitter suspendus pour des GIF de foot américain

Les restrictions s’appliquent de façon large aux réseaux sociaux, qu’il s’agisse de Twitter, Periscope ou bien Facebook. Elles doivent entrer en vigueur à partir du 12 octobre.

À l’heure où chacun peut devenir « diffuseur » grâce aux sites communautaires et au haut débit, l’approche limitative de la NFL apparaît rétrograde et en décalage complet avec les pratiques nouvelles adoptées par le public mais aussi les sportifs eux-mêmes, qui se font désormais un malin plaisir à utiliser les réseaux sociaux pour communiquer en direction de leurs fans, sans le filtre médiatique.

La NFL joue-t-elle contre son camp ?

Surtout, de quoi parle-t-on ? Essentiellement de séquences très brèves. On ne parle pas du tout de relayer toute une mi-temps ou un match entier. Pas plus qu’il ne s’agit de montrer un extrait qui n’aurait d’extrait que le nom. Ce sont des passages de quelques secondes qui devraient bénéficier du fair use, un droit pour le public reconnu aux USA lui permettant de profiter de certains contenus, sans avoir à obtenir l’autorisation expresse de l’auteur ou du producteur.

La politique de la NFL n’est pas différente de ce que l’on peut voir ailleurs. Dans le cas du football, les droits de retransmission sont accordés à des diffuseurs qui paient cher le droit exclusif de relayer des faits de jeu, y compris pour s’assurer d’être les seuls à pouvoir faire buzzer des séquences très courtes, d’un but, d’un pénalty non sifflé, d’une bagarre, etc. De son point de vue, même si ce ne sont que quelques secondes, ça a une valeur commerciale certaine.

L’astuce ici est qu’il s’agit d’un règlement de la NFL qui s’impose aux équipes. Peu importe que la loi autorise ou non ce genre de pratiques.

Si la NFL est légitime à vouloir défendre ses droits, peut-être devrait-elle s’interroger si sa politique ne va pas contre ses intérêts à moyen et à long-terme. Après tout, ces espaces constituent une formidable caisse de résonance pour assurer de la visibilité à quelque-chose. Pour un sport comme le foot américain, ces vidéos et ces gifs participent à son attractivité, suscitent de l’enthousiasme et aident à sa promotion.

À lire sur Numerama : Les JO de Rio ont fait une victime  : l’information sur Twitter

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