Aux États-Unis, une entreprise propose à ses employés d'utiliser leur bracelet FitBit pour prouver qu'ils dorment suffisamment la nuit. Si c'est le cas, ils reçoivent une prime. Quelle incidence pour les libertés ?

Pour l’entreprise, l’employé est un moteur dont les performances au travail dépendent aussi en partie de leur activité personnelle, dans la vie privée. Un salarié qui arrive fatigué au travail sera peut-être plus heureux parce qu’il aura passé du temps en famille ou avec ses amis la veille au soir, mais il sera moins productif et aura donc moins de valeur.

C’est donc pour répondre à cette problématique qu’un employeur américain a décidé de mettre sur pieds un programme de récompenses pour ses travailleurs qui arrivent frais et reposés le matin. La compagnie d’assurance Aetna basée dans le Connecticut propose ainsi de payer jusqu’à 500 dollars de prime annuelle à ses employés qui enchaînent au moins 20 nuits de sept heures de sommeil minimum, ce qu’elle vérifie notamment grâce aux données collectées par les bracelets Fitbit que les salariés peuvent porter.

À l’avenir, qui sait, l’entreprise pourrait aussi récompenser ceux qui ne boivent pas chez eux

« Si [nos employés] peuvent prouver qu’ils ont 20 nuits de sommeil de sept heures ou plus à la suite, nous leur donnerons 25 dollars par nuit, jusqu’à 500 dollars par an », se félicite le président de l’entreprise Mark Bertolini, dans une interview à CNBC. « Être présent sur le lieu de travail et prendre de meilleures décisions a beaucoup à voir avec nos principes de base de l’entreprise. Vous ne pouvez pas y être préparé si vous êtes à moitié endormi ».

Mark Bertolini, PDG de Aetna.
Mark Bertolini, PDG de Aetna.

Le système de récompenses fait partie d’un programme de promotion du sommeil et de la méditation chez Aetna, mis au point en partenariat avec des chercheurs de l’Université Duke. Selon de premiers résultats collectés après quelques mois de recul, l’entreprise aurait gagné « 69 minutes par mois de plus de productivité [par travailleur] en ayant investi simplement dans le bien-être et la  pleine conscience ». Des chiffres qui ne sont pas impressionnants au regard de la violation de la vie privée induite par le programme, mais qui satisfont pleinement l’entrepreneur.

Les wearables hors du travail, pour être plus utile à l’entreprise

À l’avenir, qui sait, l’entreprise pourrait aussi récompenser ceux qui ne boivent pas chez eux, ceux qui font du sport trois fois par semaine ou ceux qui mangent sainement. Tout ce que les objets connectés permettent ou permettront de tracer sera susceptible d’être suivi et objectivé par l’employeur. Ce n’est pas juste une question de productivité brute. Un employé mieux reposé fera moins d’erreurs, sera de meilleure humeur avec les clients ou ses collègues, se blessera moins, etc.

Le fait que cette initiative provienne d’une assurance n’est pas un hasard, puisque les assurances santé sont les premières à s’être embarquées avec enthousiasme dans le wagon des objets connectés, pour offrir des réductions tarifaires à ceux qui acceptent de livrer des données sur leur activité.

L’un des plus gros défi pour les libertés de ces prochaines années est de parvenir à résister à cette introduction massive des objets connectés dans le domaine de la protection sociale et du travail. Plus l’individu acceptera d’être surveillé pour gagner quelques avantages financiers ici ou là, plus il perdra de sa liberté individuelle à enfreindre des règles comportementales fixées par une entité privée, qu’il s’agisse de son assureur ou de son employeur. Or devant des rapports de force déséquilibrés, c’est à la puissance publique d’intervenir pour protéger les individus.

C’est ce qui se passe aux Pays-Bas, où la CNIL néerlandaise a très clairement interdit aux entreprises d’utiliser des objets connectés pour surveiller l’activité de leurs salariés, y compris si cette utilisation est faite avec le consentement apparent du salarié.

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