Avec la fusion de TPS et CanalSat, le groupe Canal Plus croyait avoir obtenu un quasi monopole sur le marché de l’offre de télévision payante en France. Or ses plans sont chahutés par les ambitions de France Télécom et de sa filiale Orange, qui ont annoncé cette semaine le lancement d’une offre de télévision exclusive avec Warner Bros, International Television, la chaîne HBO, Fidélité Films et Gaumont. Du coup, Canal Plus envisage de porter plainte devant le Conseil de la concurrence.

« La question est de savoir si Orange a le droit d’acquérir des contenus en les finançant par les bénéfices de sa situation dominante sur les réseaux de télécoms« , explique le Président de Canal+ Bertrand Méheu dans une interview au Figaro. « Dans les offres triple play en France, Orange dispose d’une part de marché de 55 % mais accapare 80 % de la marge du secteur. Peut-il bénéficier de cette rente exorbitante pour financer une intrusion dans un autre métier que le sien et en faisant enfler les coûts des programmes ? Cela serait préjudiciable non seulement aux télévisions payantes, mais aussi aux gratuites.« 

Canal +, qui ne dispose que des revenus issus de ses chaînes payantes pour financer l’acquisition de programmes, dénonce ainsi une distorsion de concurrence si l’opérateur télécom profite des immenses bénéfices de ses services historiques pour entrer sur le marché des contenus.

« Nous dépensons 2,2 milliards d’euros par an dans nos programmes. Pour amortir cet investissement, il faut que nos offres soient distribuées le plus largement possible« , rappelle Bertrand Méheu qui souligne que si Canal + est payant, les abonnés peuvent y avoir accès par de multiples opérateurs différents, ADSL, câble ou satellite. « Nous pensons que les offres d’Orange devraient être disponibles chez tous les distributeurs. Ensuite, il serait logique qu’Orange soit clairement soumis aux mêmes obligations de financement que les médias« , ajoute-t-il.

M. Méheu suspecte en fait Orange de se servir de l’acquisition de contenus cinématographiques et audiovisuels comme d’un simple appel d’offre pour ses services de télécommunication, et de vendre ces contenus à perte. « On peut se poser la question de savoir si Orange pourra économiquement justifier ses dépenses dans les contenus par une distribution auprès de ses seuls abonnés« , explique le PDG de Canal + qui demande à ce que les lois anti-concentration des médias soient révisées pour leur permettre de rivaliser avec les groupes de télécoms. Un mal pour un mal.

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