U2 chez Live Nation : une guerre des géants de la musique

Guillaume Champeau - publié le Mardi 01 Avril 2008 à 15h46 - posté dans Musique Numérique

Six mois après s'être offert un contrat d'exclusivité de 10 ans avec Madonna, l'organisateur de tournées Live Nation s'offre le groupe de rock irlandais U2, l'une des formations musicales les plus rentables des dernières décennies. U2 a signé un contrat de 12 avec Live Nation, mais continuera à sortir ses disques chez Universal Music. Une mauvaise nouvelle, cependant, pour la maison de disques. Explications.

En apparence, Universal Music sauve les meubles. Dans les faits, c'est une défaite cinglante pour la plus importante major de l'industrie du disque, qui n'est parvenue à garder pour elle que les revenus issus de l'édition musicale et des enregistrements des albums de U2. Le groupe irlandais a en effet signé un accord de 12 ans avec le géant de l'organisation de concerts Live Nation, qui lui permet de récupérer en exclusivité les revenus issus des tournées du groupe, mais aussi de gérer les produits dérivés U2, et leur site web officiel. En clair, l'essentiel de la carrière de U2 sera désormais gérée par Live Nation, à l'exception des albums qui restent à la charge de leur maison de disques Universal Music...

Or depuis l'avènement de Napster et depuis que le marché du disque s'écroule, il se livre en coulisses une bataille féroce entre des acteurs de la filière dont l'importance pour les artistes s'est totalement renversée. Au début des années 2000, les artistes réalisaient les deux tiers de leurs revenus sur la vente de disques, et le tiers restant sur les tournées et le merchandising. Aujourd'hui, la proportion est exactement l'inverse. Les deux tiers des revenus de l'industrie se portent sur les concerts et les produits dérivés, qui sont en pleine croissance, et les disques deviennent une publicité pour les revenus "live". Rien ne permet de croire aujourd'hui que les revenus issus de la vente de CD vont renouer avec la croissance, et avec la rentabilité.

Au contraire, les maisons de disques ont bien compris que la vente de disques identiques à des millions d'exemplaires ne serait plus un modèle économique viable, et qu'il fallait se tourner vers des contrats à 360° qui couvrent non seulement l'enregistrement des albums, mais aussi tous les revenus qui étaient jusque là accessoires et laissés à des acteurs tiers comme Live Nation. Mais elles l'ont compris bien tard. Live Nation a déjà arraché Madonna à Warner en octobre dernier, pour un montant estimé à 120 millions de dollars. La société créée en 2005 à partir d'actifs de Clear Channel est un rouleau compresseur qui propose aux artistes le confort de plus de 170 lieux de spectacle à travers le monde, dont elle détient les droits de gestion, et qui cherche à dominer le plus rapidement possible l'organisation des concerts partout dans le monde. Le groupe rachète des salles dans le monde entier et rachète à la pelle des producteurs de spectacles, à l'image en France de la société Jackie Lombard Productions, rachetée en janvier dernier.

Duel entre maisons de disques et tourneurs

En laissant à Universal l'édition des albums de U2, Live Nation ne lui laisse véritablement que des miettes dans le contexte économique actuel, et la responsabilité de faire la promotion du groupe. Universal, qui tente lui aussi sur le tard de se lancer dans la co-production de concerts et dans les contrats à 360°, n'a pas réussi à trouver un modèle aussi séduisant que Live Nation pour le groupe irlandais. Les modalités financières de l'accord avec U2 n'ont pas été révélées, mais elles sont probablement proches de celles signées avec Madonna. Selon les rumeurs, la chanteuse toucherait environ 90 % des bénéfices issus des concerts, et 50 % des revenus issus du merchandising.

Warner Music, qui a perdu Madonna l'an dernier face aux promesses du tourneur américain, a commencé à s'organiser pour ne pas sombrer. En janvier, la maison de disques a acquis la société de production de Jean-Claude Camus, qui produit notamment les concerts de Johnny Hallyday, Michel Sardou, Jean-Michel Jarre, Florent Pagny, Christophe Willem ou encore Christophe Maé. Sony-BMG a quant à elle acheté Arachnée (Jenifer, Indochine...), et Because s'est offerte Corida qui gère la Cigale. En 2001, Vivendi, la maison-mère d'Universal Music, avait racheté l'exploitation de l'Olympia, la salle de spectacle étant désormais intégrée à la maison de disques. Mais le virage est long et difficile à prendre pour une industrie qui a toujours considéré les concerts comme une promotion pour les disques, et non l'inverse.

En 2006, pendant que les revenus du disque continuaient à chuter, le chiffre d'affaires des concerts a grimpé de 30 % en France pour atteindre 434 millions d'euros, et dans le monde, Live Nation rapporte 4,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2007 (+12,8 %).

Publié par Guillaume Champeau, le 1 Avril 2008 à 15h46
 
 
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Commentaires à propos de «U2 chez Live Nation : une guerre des géants de la musique»
 
Si il reste une quelquonque notion artistique la dedans c'est beau !
encore le fric toujours le fric, bravo pour Live nation, temps mieux pour les artiste, et temps pis pour les majors je ne vais certainement pas pleurez pour eux.

Il n'ont que ceux qu'il mérite et je suis gentils
Les majors chutent dans un gouffre sans fin, et c’est tout ce qu’elles méritent et il est particulièrement intéressant de vivre cette restructuration de l’industrie musicale.
Cependant, je vois se profiler un visage pas forcément plus rassurant : celui du monopole de la gestion des concerts par de grandes… majors ! On n’en sort pas !
Quant aux majors actuelles, elles réinvestissent dans les sociétés de production qui produisent les concerts et finiront donc par refaire surface pour la plupart d’entre elles, peut être sous de nouvelles étiquettes.
Parallèlement, quand je vois U2 signer un contrat sur 12 années… ?! Mais qui peut prévoir ce qui se passera dans 12 ans ?
Bref, je ne suis pas sûr que l’industrie de la musique (dans sa globalité) ait réellement tiré les leçons des évènements de ces derniers temps. De nouveaux monopoles se mettent en place, fonctionnant visiblement selon les mêmes modes qui régissent les majors actuelles ; je ne suis pas certain du résultat, les monopoles n’ayant jamais apporté quelque chose de bien à la diffusion et au consommateur en général.
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