Alors qu'internet était conçu pour être hyper-décentralisé, plus de la moitié du trafic en France se concentre sur une toute petite poignée d'acteurs.

Dans le cadre de son avis sur la mesure de l’usage de la bande passante en France, qui décourage toute tentative de taxer les volumes de données envoyées ou reçues par les services en ligne, l’Arcep a livré deux informations intéressantes sur l’évolution de la nature des flux véhiculés aujourd’hui par les fournisseurs d’accès à internet (FAI).

Tout d’abord, l’autorité note à quel point le trafic est désormais hyper-concentré, d’une manière très éloignée de l’architecture pensée par les pères de l’internet, qui la voulaient au contraire la plus décentralisé possible pour éviter tout point névralgique qui mettrait à mal la résilience du réseau. Ainsi aujourd’hui, selon les informations fournies par les opérateurs à l’Arcep, « plus de la moitié du trafic acheminé sur les réseaux d’accès à internet en France est remis par seulement 5 systèmes autonomes (correspondant à des fournisseurs de services, hébergeurs ou intermédiaires techniques), sur les 60 000 qui composent l’internet« .

Calculatrice en main, plus de 50 % du trafic proviendrait ainsi de seulement 0,0083 % des réseaux interconnectés dans le monde, ce qui est très certainement une tendance que l’on retrouve dans tous les pays. Elle est due aux mastodontes que sont devenus les Google, Apple, YouTube, Facebook, Amazon et consorts, et au poids que représentent des réseaux intermédiaires comme celui d’Akamai. C’est aussi, en creux, la mort du P2P au profit du streaming et d’autres services centralisés.

« La dernière décennie a vu se développer des usages, notamment dans le domaine audiovisuel, fondés sur un modèle client-serveur« , rappelle ainsi l’Arcep. « Par ailleurs, le trafic s’est progressivement concentré autour de quelques sources majeures, résultant de la concentration des principaux fournisseurs de contenus et d’applications qui ont émergé à l’échelle mondiale« .

LE HTTPS DÉSORMAIS MAJORITAIRE

L’autre information inédite concerne la part du trafic chiffré. Elle est directement liée au premier constat. Suite à l’affaire Snowden et aux révélations sur les pratiques des services de renseignement, en particulier sur l’étendue des siphonnages de données dans les fibres optiques, les géants du web comme Facebook, Google ou Apple ont tous accéléré la généralisation du HTTPS sur leurs services, et le chiffrement des communications entre leurs data centers. Or puisque le trafic se concentre sur ces quelques acteurs, il est logique que la proportion du trafic chiffré explose.

Mais on ne pensait pas que la migration vers le chiffrement des communications avait été si forte, si vite. Ainsi selon les données déclarées à l’Arcep, « la part de trafic chiffré sur internet, vue par les FAI en France, représenterait près de 50 % à la mi-2015, contre 5 % environ en 2012« . On imagine sans mal que la barre des 50 % a depuis été franchie, d’autant que le HTTPS continue à être déployé sur de nouveaux services.

On rappellera toutefois, à toutes fins utiles, que le HTTPS n’est qu’une couche de protection nécessaire, mais pas suffisante, pour assurer la confidentialité des échanges. Dans une très grande majorité des cas, les fournisseurs de services se contentent de chiffrer les données lorsqu’elles circulent sur internet, mais pas sur leurs propres serveurs. Ou alors, en gardant la clé permettant de les déchiffrer. C’est ce qui fait la différence entre un simple chiffrement, et un chiffrement de bout en bout, dont ni les autorités publiques (qui veulent accéder aux données de suspects) ni les géants du Web (qui fondent leurs services sur l’analyse des données qu’ils stockent) ne veulent. La seule exception reste Apple, qui a fait de ce chiffrement intégral un argument marketing et un engagement de principe.

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