La Russie a ordonné le blocage complet de GitHub, qui n'a pas supprimé un fichier texte détaillant une trentaine de méthodes de suicide. La décision est largement disproportionnée, mais ses conditions de mise en oeuvre ont tout de même des enseignements démocratiques à apporter à la France.

Les autorités russes ont décidé de sortir l'arme lourde. Depuis mardi, l'accès à GitHub est impossible depuis la Russie, le régulateur RosComNadzor ayant décidé d'inscrire la plateforme de projets open-source dans sa liste de sites à bloquer. Selon Techcrunch, c'est la présence d'un fichier texte décrivant en langue russe 32 méthodes de suicide qui a provoqué l'intervention du régulateur.

GitHub n'étant accessible qu'en HTTPS, c'est-à-dire à travers des communications chiffrées, les FAI n'ont pas d'autre choix que d'en bloquer intégralement l'accès lorsqu'il leur est demandé de bloquer l'accès à une URL spécifique. En effet contrairement aux flux HTTP non sécurisés, le HTTPS masque l'adresse précise du contenu demandé sur un site internet, ce qui ne permet pas de filtrer les requêtes, sauf à avoir recours à des méthodes d'inspection profonde des paquets (DPI) à la fois très invasives et très coûteuses.

Selon le directeur du RosComNazdor russe qui s'est exprimé sur Twitter, GitHub aurait ignoré des demandes de suppression du fichier en cause. C'est ce silence qui a justifié d'ordonner un blocage complet du site, en vertu du dispositif mis en place depuis 2012 contre tout contenu "extrémiste", auxquels sont apparentées les incitations au suicide.

Une transparence dans la disproportion

Notons toutefois que même si la censure d'Internet en Russie fait légitimement l'objet de vives critiques pour son étendue et sa disproportion, le pays de Vladimir Poutine a tout de même des enseignements à donner à la France en matière de transparence.

En effet, alors que les lois françaises ne prévoient aucune publicité d'aucune sorte des mesures de blocage ordonnées souverainement par l'administration (notamment la dernière loi anti-terrorisme qui prévoit une censure sur ordre policier), les internautes qui visitent GitHub depuis la Russie sont accueillis avec une page d'explication qui confirme officiellement la mesure — et non une simple redirection vers une page blanche ou une erreur 403. D'autre part, un site internet est mis en place qui permet à chacun de saisir des URL pour vérifier si elles sont inaccessibles suite à un ordre étatique.

Ainsi le blocage de Github est clairement identifié avec une traçabilité des autorisations de blocage et des mises en place effectives. Le site précise que les inscriptions dans le registre des sites à bloquer peuvent alors faire l'objet de recours dans les 3 mois qui suivent, ce qui n'est pas prévu en France (sauf à réussir à avoir connaissance officiellement de l'ordre de blocage qui n'est pas publié et dont seuls les FAI et hébergeurs ont connaissance).

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