La Russie s'apprête à serrer un peu plus la vis de la surveillance sur Internet. Le mois prochain, un logiciel de surveillance sera déployé pour contrôler les contenus et les propos sur la toile. La Russie veut s'attaquer à l'extrémisme sur Internet, une définition suffisamment vague pour laisser au pays une marge de manoeuvre pour étendre la portée de la censure.

En matière de liberté d’expression, la Russie n’a jamais été en pointe des nations les plus permissives. Classée par Reporters Sans Frontières dans la liste des pays sous surveillance suite au rapport sur les ennemis d’Internet, la Russie est également loin d’être un havre de paix pour les journalistes. Le pays pointe d’ailleurs à la 140ème place sur 178 dans le classement de la liberté de la presse établi par l’ONG.

Déjà en mauvais état, la situation devrait pourtant se dégrader un peu plus dans les mois à venir. Le ministère russe des télécommunications et de la communication, par le biais de son service fédéral de surveillance des communications, est en effet mobilisé dans la mise en place d’un logiciel de recherche conçu pour repérer tous les propos jugés extrémistes sur la toile.

Selon RSF, qui a consacré un article à ce sujet, les sites web signalés par le logiciel auront trois jours pour retirer le contenu incriminé. Une sorte de riposte graduée sera également mise en place et les propriétaires du site pourront recevoir encore deux avertissements supplémentaires avant la fermeture de leur espace. Le logiciel, qui est actuellement testé par le gouvernement, sera prêt le mois prochain.

« Notre principale inquiétude porte sur la définition très large des propos extrémistes, et sur le caractère arbitraire et disproportionné de la sanction qui peut aller jusqu’à la fermeture du site. La création de ce logiciel instaure une surveillance généralisée du web russe, qui risque de conduire, à terme, au retrait de tout contenu gênant pour les autorités » a commenté RSF. « Ce dispositif ne peut qu’être liberticide pour la circulation de l’information« .

Sous sa forme actuelle, le dispositif ciblera les propos et contenus liés au terrorisme, au nazisme ou encore à la haine nationale, raciale, sociale ou religieuse. Toutefois, les critères de sélection du logiciel de surveillance demeurant flous, le risque immédiat de cette veille est une dérive de la surveillance au regard de certains paramètres.

Le logiciel procédera aussi à une surveillance de la toile sur des concepts très vagues, comme la « violation de l’unité de la Russie » ou les « contenus cachés et autres moyens techniques de diffusion d’informations agissant sur l’inconscient des personnes, ou ayant une mauvaise influence sur leur santé« . Le risque de voir la censure s’accentuer à quelques mois de l’élection présidentielle russe est grand.

Les efforts de la Russie en matière de surveillance d’Internet ne sont pas une totale surprise, puisque le pays a défendu fin septembre lors de la 66ème session de l’assemblée générale des Nations Unies le principe d’un code de bonne conduite à respecter sur Internet. Pour promouvoir cette « charte » d’un genre un peu particulier, la Russie a pu compter sur le soutien de la Chine, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan.

Les États signataires doivent notamment s’engager à « réduire la dissémination de l’information qui incite au terrorisme, à la sécession, à l’extrémisme ou qui nuit à la stabilité politique, économique et sociale ainsi qu’à l’environnement spirituel et culturel« . Des définitions suffisamment larges pour permettre à ces pays de renforcer la censure sur la toile, au risque de se brouiller un peu plus avec les pays occidentaux.

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