Pour être compatible avec l'islam, l'Internet à haut débit doit être censuré et contrôlé nationalement. C'est ce qu'a rappelé au gouvernement iranien le Grand Ayatollah Nasser Makarem Shirazi, dans une fatwa prononcée à la demande de "cyberactivistes".

Le Grand Ayatollah iranien Nasser Makarem Shirazi a prononcé une fatwa contre l'Internet mobile à haut débit en Iran, au moment où le Gouvernement du président Hassan Rouhani se prépare à attribuer sans conditions de censure des licences d'exploitation des fréquences 3G dans le pays. Le religieux, qui fait partie des plus grandes sommités du monde musulman chiite, estime que pour être compatible avec la loi islamique, l'internet à haut débit doit être fourni d'une manière qui exclut l'accès aux "informations, vidéos et photos immorales et inhumaines", ainsi qu'aux "rumeurs et séductions (sic), espionnages et ébranlements des fondations de la famille".

Nasser Makarem Shirazi demande donc au gouvernement de revenir sur sa position et de n'ouvrir l'accès à internet en 3G que lorsque sera effectivement mis en place en Iran un réseau Internet verrouillé, national, dont les contenus incompatibles avec la Charia seront facilement censurés. Le Grand Ayatollah dit s'être exprimé sur ce sujet à la demande d'un "groupe de cyberactivistes" inquiets de "la corruption de la jeunesse".

Depuis son arrivée au pouvoir, Hassan Rouhani s'est montré beaucoup moins enclin que son prédécesseur à censurer Internet en Iran, participant d'une logique globale de rapprochement du pays avec l'Occident — le tout sur fond de négociations pour l'accès de l'Iran au nucléaire civil. En mai dernier, le nouveau président s'est ainsi opposé au blocage de WhatsApp, qu'une commission officielle avait pourtant préconisé en raison (il faut s'accrocher) des liens supposés de la messagerie avec Israël, par l'intermédiaire de Mark Zuckerberg, fondateur juif de Facebook, qui a racheté WhatsApp.

Entre tradition et modernité

"Tous mes efforts visent à faire en sorte que le peuple d'Iran puisse accéder et utiliser confortablement toute l'information au niveau mondial", avait alors assuré Rouhani, dont le régime plus modéré succède à un Ahmadinejad qui avait régulièrement censuré Twitter, Facebook ou même Gmail, pour contrer des mouvements d'oppositions. Lors de la campagne électorale, Hassan Rouhani avait promis de libérer l'accès à internet, et de faire que la vitesse double ou triple pendant son mandat.

Selon Internet World Stats, plus de 53 % de la population iranienne a accès à internet. Mais Iran Human Rights précise que la vitesse d'accès est un sujet critique en Iran, qui sert de variable d'ajustement pour brider la liberté d'expression lorsqu'elle se fait trop grand aux yeux des autorités religieuses et conservatrices.

La fatwash de Nasser Makarem Shirazi trouve par ailleurs un écho dans le monde politique, avec une opposition qui a déjà menacé d'obtenir la destitution du ministre des communications s'il poursuivait son plan d'exploitation des licences 3G.

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