Feignant d'ignorer le véritable responsable du fiasco médiatique subi par le "manifeste des 343 salauds", Frédéric Beigbeder s'en est pris encore une fois aux internautes qui peuplent un Web "qui semble avoir été créé pour les aigris".

Il avait déjà honni cet Internet "empire de la méchanceté",  promis sa "main dans la gueule" aux internautes qui oseraient pirater ses livres, voilà désormais que Frédéric Beigbeder rend Internet et ses internautes responsable des effets de sa propre maladresse dans la défense d'un droit des hommes à profiter sexuellement d'un accès payant au corps des femmes sans en risquer de conséquences pénales.

L'auteur à succès, qui a signé un "manifeste des 343 salauds" qui n'était en réalité co-signé que par 28 signataires, fait peser sur les internautes la seule et entière responsabilité du fiasco médiatique qui a accompagné la publication de cet appel à la non-pénalisation des clients de prostituées — appel dont il a lui-même suggéré le titre en référence au "manifeste des 343 salopes" qui demandaient en 1971 le droit à l'avortement. 

Ainsi, dans Le Monde, Beigbeder, qui développe par ailleurs de vrais arguments de fond pour défendre sa signature, prend la défense de lui-même en attaquant les autres. "J'avais sous-estimé la violence d'Internet", écrit-il. "J'assume sans problème de susciter la vindicte des haters, d'un Web qui semble avoir été créé pour permettre à tous les aigris du monde de se donner la main. Mais enfin : imaginez un plaisantin cloué au pilori et couvert de crachats avec un bonnet d'âne sur la tête ; le garnement finit par être tenté de se justifier".

Attaquer un Internet auquel on ne peut faire la bise dans les soirées mondaines, c'est facile. Mais jamais Frédéric Beigbeder n'attaque la vraie responsable du fiasco, Elisabeth Lévy, la directrice du magazine Causeur qui a organisé et médiatisé l'appel de la façon la plus provocatrice et vulgaire qui soit. Tout juste raconte-t-il, sans véritablement le dénoncer, que c'est "le magazine Causeur (qui) a décidé d'en faire sa couverture, avec un titre dont je ne suis pas l'auteur : « Touche pas à ma pute »".

Si au delà de sa vulgarité, la couverture avait reflété le vrai discours du manifeste (qui vise les clients et non les prostituées elles-mêmes), sans doute l'accueil n'aurait pas été le même. Mais la soif du sensationnel, dont le Web n'a été qu'une chambre d'écho, n'est pas responsable.

En homme qui dispose d'un DESS en marketing et qui a fait toute primo-carrière dans la publicité et la presse, Beigbeder sait mieux que quiconque la puissance d'un titre et l'orientation qu'il donne au traitement qui sera réservé au contenu.

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