L'écrivain Frédéric Beigbeder s'oppose vivement à la dématérialisation des ouvrages, estimant que le livre numérique va tout simplement tuer le livre papier. Refusant que son dernier ouvrage subisse le même sort, il promet "sa main dans la gueule" aux internautes qui le pirateront.

Écrivain et critique littéraire, Frédéric Beigbeder voit d’un assez mauvais ?il l’émergence du livre électronique. La dématérialisation des contenus, qui fait déjà son œuvre dans le monde de la musique et du cinéma, arrive pourtant dans la littérature avec le développement des liseuses numériques et l’émergence de plates-formes légales proposant de nombreux ouvrages français ou étrangers.

Une situation qui agace profondément Frédéric Beigbeder. L’homme de lettres craint que les écrans ne finissent tout simplement par tuer le livre papier et, par voie de conséquence, la littérature. Et de prédire au micro d’Europe 1 la disparition prochaine, sans doute lors de la prochaine décennie, du roman moderne. Prédiction qu’il aborde notamment dans son dernier ouvrage, Premier bilan avant l’apocalypse.

« Voilà ce qu’il va se passer les gars, dans cinq à dix ans, non seulement la disparition de cet objet qui avait six siècles et qui nous a donné le roman moderne, mais aussi la fermeture des librairies, des maisons d’édition, des supplémentaires littéraires dans les journaux, et peut-être la fin de la critique littéraire, alors ça c’est peut-être la seule bonne nouvelle » a-t-il prédit ce matin, non sans glisser un trait d’humour.

Dans son intervention, repérée par PC Inpact, Frédéric Beigbeder tacle également le principe même de la dématérialisation. « Comme si la dématérialisation n’était pas un drame en soi. Or si, c’est un mot très poli pour dire destruction, destruction du livre, de la musique. Pourquoi est-ce que les gens sont si pressés de se débarrasser des objets culturels ? Je ne comprends pas« .

« Tout le monde me sort un couplet progressiste et scientiste, comme quoi les écrans c’est merveilleux. Non, les écrans ce n’est pas merveilleux. C’est effrayant et on l’a vu déjà pour l’industrie du disque : il n’y a plus de disquaire ! » a-t-il fait remarquer. Quant aux bons scores de l’industrie du livre, Frédéric Beigbeder repousse le sujet. Pour lui, « c’est le dernier chant du cygne avant l’apocalypse« .

En conséquence, l’auteur a fait en sorte que son ouvrage ne soit pas disponible sur les plates-formes légales de téléchargement. Tant pis pour les possesseurs d’une liseuse électronique qui auraient voulu obtenir une copie numérique de Premier bilan avant l’apocalypse. Il faudra se rendre dans une librairie. Et de se montrer menaçant. « Si vous le trouvez [en ligne], c’est que vous l’avez piraté et par conséquent c’est ma main dans la gueule« 

Frédéric Beigbeder croit que la littérature ou la musique ne survivra pas à la dématérialisation. Comme si le passage d’une œuvre sous un format numérique allait signer son arrêt de mort. Dans le domaine du livre, les gens sont pourtant loin de vouloir se débarrasser des livres. L’important n’est-il pas que les écrivains vendent leurs ouvrages et puissent être justement rémunérés ?

Bien sûr, la dématérialisation impose de nouveaux défis à certains métiers. Le monde littéraire va devoir s’adapter à cette évolution, tout comme l’industrie du disque et du cinéma. En réalité, qu’importe le support ou le format du livre du moment qu’il soit lu. L’essentiel est que l’art en lui-même puisse survivre. Et il survivra, ou évoluera, que la parenthèse du roman moderne se ferme ou non.

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