Pour ne pas susciter de vocations de "lanceur d'alertes" dans ses rangs, et taire l'existence de moutons noirs dans ses propres rangs, l'armée américaine filtre l'accès à internet de ses militaires, pour ne pas qu'ils puissent lire les articles du Guardian révélant l'ampleur des écoutes mises en place par la NSA.

On dirait une méthode venue d'autres pays, comme lorsque la Chine censure les sites internet accusés par le régime de propager des "rumeurs toxiques". Alors que le scandale des écoutes de la NSA a pris une nouvelle tournure ce week-end, les Etats-Unis ont décidé de bloquer en partie l'accès au site du Guardian sur les accès à internet utilisés par les soldats américains. C'est ce journal britannique qui est au coeur des principales révélations sur la surveillance électronique opérée par les services de renseignement américains, et qui a mis Edward Snowden au grand jour.

L'armée a confirmé au journal Monterey Herald qu'elle filtrait "quelques accès à la couverture de presse et au contenu en ligne à propos des fuites de la NSA", parlant de "mesures d'hygiène" (sic) prises pour limiter les fuites d'informations confidentielles. Les militaires peuvent toujours se rendre sur le site du Guardian, mais la consultation de certains articles liés aux révélations sur l'étendue des écoutes de la NSA redirige systématiquement vers la page d'accueil du quotidien britannique.

"Nous faisons tous les efforts pour trouver l'équilibre entre le besoin de préserver l'accès à l'information et la sécurité opérationnelle", explique un représentant du NETCOM, la division de l'armée américaine chargée d'administrer les réseaux de communication de l'armée. "Toutefois, il y a des politiques strictes et des directives en place concernant la protection et la gestion des informations confidentielles".

Déjà en 2010, l'armée avait bloqué l'accès à de nombreux sites de presse, y compris le New York Times, Le Monde ou Der Spiegel, suite à leur entente avec Wikileaks pour publier des câbles diplomatiques.

Dimanche, le Guardian a révélé que les Etats-Unis surveillaient également les diplomaties de l'Union Européenne, considérées comme des "cibles" par les USA. Parmi les 38 cibles identifiées figuraient les ambassades de France, d'Italie et de Grèce à Washington, et les représentations de l'Union Européenne, avec selon le Guardian "une gamme extraordinaire de méthodes d'espionnage utilisées contre chacune de ces cibles, allant de micros dissimulés dans des équipements électroniques de communication à des branchements sur des câbles ou à la collecte de transmissions au moyen d'antennes spéciales".

Le Justus Lipsius, qui abrite le Conseil de l'Union Européenne et qui dispose de lignes téléphoniques "sécurisées" pour les états membres, auraient également été visées.

Les métadonnées de 50 millions d'appels téléphoniques passés en France seraient collectés chaque mois par les Etats-Unis.

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