La Chine a décidé de généraliser sa politique contre l'anonymat, en obligeant chaque internaute à renseigner sa véritable identité avant de se servir d'un pseudonyme ou de s'inscrire sur un service en ligne. Si l'usage des pseudonymes reste toléré, les autorités relieront désormais plus facilement un citoyen chinois à ses écrits sur la toile.

Fini l'anonymat sur le net chinois. Le Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire a décidé ce vendredi de forcer tous les internautes chinois à fournir leur véritable identité pour se connecter à Internet. Si l'usage des pseudonymes sera toujours possible, les autorités pourront désormais très facilement remonter la piste jusqu'à l'internaute, si celui publie des messages contrariant pour le pouvoir en place.

Cette nouvelle règle n'est pas tout à fait nouvelle. Elle était déjà appliquée depuis le début de l'année à Pékin, dont la municipalité regroupe environ 20 millions d'habitants. Elle a ensuite été progressivement étendue à d'autres administrations territoriales très peuplées, comme Shanghai (23 millions d'habitants), Shenzhen, (10 millions) ou encore Canton (13 millions) et Tianjin (13 millions).

Son origine remonte à décembre 2011. Depuis cette époque, l'ouverture d'un nouveau compte sur Weibo, une plateforme de microblogging similaire à Twitter, nécessite de renseigner sa véritable identité. Pourquoi Weibo ? D'une part parce que le service est très réputé en Chine et d'autre part parce que son siège se situe à Pékin. Par la suite, la mesure a été étendue aux autres services basés dans la capitale.

Le texte pris par le Comité permanent, qui exerce le pouvoir législatif entre deux sessions plénières annuelles de l’assemblée et se réunit environ tous les deux mois pour une session d’une semaine, afin de débattre des projets de loi et de les adopter, fait partie d'un ensemble de mesures visant à resserrer l'emprise du pouvoir central sur le réseau des réseaux.

Pour nombre d'internautes chinois, la nouvelle règle édictée par le Comité permanent ne changera pas grand chose. En effet, la vérification de l'identité lors d'une inscription est une pratique déjà intégrée dans de nombreuses procédures liées à Internet. Autrement dit, ça ne devrait guère faire de vagues dans un pays dont les habitants sont déjà habitués à ce dispositif.

Ce mécanisme d'identification contrarie en revanche les dissidents politiques, puisque ces derniers ont une marge de manœuvre réduite pour contester le régime sans trop s'exposer. La pression est déjà grande sur leurs épaules et ce nouveau tour de vis les pousse inévitablement à encore plus de discrétion. La publication d'un pamphlet anonyme promet d'être compliquée.

La généralisation du dispositif n'est pas une véritable surprise. Le pouvoir central est en effet en difficulté depuis qu'une succession de scandales a éclaboussé la classe politique, en mettant en évidence la corruption à tous les niveaux, le dévoiement des fondements de République populaire de Chine et les tentatives du pouvoir d'étouffer des affaires compromettantes, qualifiées parfois de rumeurs.

En Chine, les sites communautaires et les réseaux sociaux ont véritablement libéré la parole et permis à la population de se montrer plus critique envers le pouvoir. La nouvelle règle du Comité permanent vient mettre un frein à cette tendance, en faisant peser sur chacun le risque de représailles. La fin de l'anonymat vient ainsi compléter un riche arsenal dédié à la censure.

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