DADVSI : contre la licence globale, le PS propose...
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 31 Janvier 2006 à 11h24 -
posté dans High-Tech
La section Culture du Parti Socialiste a remis le week-end dernier son rapport d'audit sur le projet de loi sur le droit d'auteur et les droits voisins dans la société de l'information (DADVSI). Déconnectée des réalités, la section propose d'imposer aux éditeurs de logiciels de P2P la responsabilité de faire respecter un "répertoire numérique national" des oeuvres du domaine protégé. Alors que les débats sur la loi DADVSI devraient reprendre en mars, le PS dénonce les vilains petits canards de son groupe qui soutiennent la proposition d'une licence globale. En introduction du rapport (.pdf) rédigé par Franck Laroze qu'elle a remis ce week-end, la secrétaire nationale à la Culture Anne Hidalgo indique que "la réponse par la licence globale est inadapatée" et qu'elle a été défendue par certains "sans en mesurer immédiatement toutes les conséquences". La section Culture du Parti Socialiste propose alors de réformer le droit d'auteur de façon à systématiser la chronologie des média bien connue pour la vidéo, et créer une sorte de domaine public d'Internet pour autoriser la diffusion des oeuvres après une période d'exploitation commerciale réservée (par exemple 18 mois après la sortie en salle pour un film). "Si, durant ces périodes d'exploitation commerciale 'raisonnables' et clairement détaillées/accessibles au public, ces oeuvres étaient mises en circulation sur des sites peer-to-peer ou ailleurs, les sanctions civiles, et en aucun cas pénales, classiques s'appliqueraient", aussi bien pour les internautes responsables "que pour les sites hébergeurs de ces logiciels de téléchargement".Or pour mettre en oeuvre une telle fenêtre d'exploitation réservée, il faut pouvoir vérifier qu'une oeuvre est désormais accessible aux internautes. C'est le rôle du "répertoire numérique national" que le PS propose de mettre en place, sur le modèle des Creative Commons. Les producteurs auraient la responsabilité de déclarer leurs oeuvres et les droits qu'ils entendent réserver. Les internautes auraient alors le devoir de consulter le répertoire avant d'accéder à une oeuvre, sous peine de sanction civile (ou pénale si échelle commerciale) pour violation de la volonté de l'auteur. Là encore, il faut pouvoir faire respecter ce répertoire national, c'est pourquoi le PS propose un "dispositif de contrôle et de filtrage à la fois des logiciels et des sites de P2P". "En cas de refus/manquements répétés et constatés aux règles mises en place, ils seraient définitivement fermés et les responsables condamnés". Copie à revoir Et l'on voit bien ici ce que l'on préssentait déjà lorsque le PS évoquait la responsabilité des "sites hébergeurs de logiciels de téléchargement" : la section Culture du Parti Socialiste nage dans une profonde ignorance de la réalité pratique du P2P. Le rapport long de 60 pages évoque longuement la question des DRM (dont elle conclue qu'il faut les interdire, alors que la directive impose de les protéger), mais n'effleure qu'à peine les spécificités techniques et juridiques du P2P. Or il faut le rappeler et le marteler, les principaux logiciels de P2P actuels que sont eMule, Shareaza, BitTorrent ou DC++ ne sont l'oeuvre d'aucune personnalité juridique que l'on peut condamner ou auprès de qui l'on peut exiger la mise en place de mesures techniques. Il s'agit de logiciels open-source créés par des communautés d'utilisateurs du monde entier, qui ne subissent l'effet d'aucune loi. Compter sur eux pour la mise en oeuvre d'un "répertoire numérique national" est une dangereuse utopie lorsque le responsable de second plan reste l'internaute qui sera encore et toujours passible de sanctions civiles. En outre le PS demande "l'instauration d'une redevance modique prélevée directement auprès des FAI sur chaque abonnement Internet". Cela ressemble fort à la "taxe sur les abonnements" de la licence globale, à la différence près qu'ici la "taxe" ne donnerait aucun droit aux internautes, et serait intégralement réservée au financement de nouvelles "actions culturelles". Pour rejeter la licence globale, Anne Hidalgo notait qu'elle était "une notion pas pratiquable concrètement". Pourquoi ? Difficile d'en savoir plus. Elle ajoute que les "perception, répartition et contrôle des sommes à réserver aux auteurs sont impossibles à réaliser dans la transparence". On peut s'étonner que le PS trouve possible de réaliser une interrogation systématique d'un "répertoire national" mais qu'il devient soudainement impossible de réaliser une interrogation similaire pour comptabiliser l'utilisation des oeuvres dans le cadre d'une licence globale. Elle note également que la licence ne peut s'harmoniser au niveau international et européen, alors que rien ne semble l'empêcher. Et enfin, dans une envolée lyrique sans fondement classique des opposants à la licence globale, Anne Hidalgo prétend que la licence globale "signe à très court terme la mort des droits d'auteur, de la création, des labels indépendants (voués à disparaître dans les trois années à venir), et donc de l'exception et de la diversité culturelles". 42
Commentaires à propos de «DADVSI : contre la licence globale, le PS propose...»
Je suis très chagriné de ce que le PS se soit désolidarisé de Mrs Paul ; Bloche et autre Mathus.
Les comptes-rendus de l'assemblée nationale montrent à quel poin ces 3 là maitrisaient leur sujet, à la différence de cette Mme Hidalgo qui nage dans un immense n'importe-quoi. S'ils ne trouvent que cela pour contre-argumenter DADVSI, l'affaire est pliée d'avance. ca résous le problème de la diffusion d'oeuvre gratuitement par leur auteurs, qui ne peuvent le faire s'ils s'enregistrent auprès d'une société comme la sacem..
mais c'est tuer une mouche avec une bombe atomique, car pour le reste, c'est sur que c'est du flan... on peut pas a la fois proposer un tel systeme de redevance (dont on se demande alors la justification) et dire que la licence globale n'est pas applicable et dangeureuse.. Et oui, le PS veut se démarquer en proposant "sa" solution. Le malheur c'est que c'est du n'importe quoi. Mise à part l'interdiction des DRM que j'applaudi des mains et des pieds, le reste semble être fait à la va vite par des personnes qui ne semblent pas connaître le sujet. Du bâclé en somme. La direction du parti ferait mieux de s'en remettre à son réprésentant à l'AN, qui lui connaît bien le sujet, elle paraîtrait moins ridicule !
Aldoo > J'en ai pas parlé mais effectivement j'ai pesté de ne pas pouvoir "copier-coller" certains passages...
Voilà comment on remercie Paul, Bloche, Malthus (p.12) :
"une réponse de gribouille à des intérêts bien organisés [...] [les solutions de type licence globale] signent une méconnaissance dramatique des enjeux culturels, juridiques & artistiques contemporaines, ainsi que des avancées propres à la révolution numérique que la France peine toujours à reconnaître" C'est drôle mais je trouve que cette accusation s'appliquerait bien mieux au rapport. Le gros problème, c'est que ceux qui ont vraiment compris ne peuvent faire autrement que proposer des solutions très (trop?) avant-gardistes qui ne sont jamais compris des autres.
Qui ne comprend pas le problème ne peut comprendre ses solutions. Peut-être faudrait-il juste demander à Anne Hidalgo ce qu'elle appelle un site p2p et comment on peut contacter les éditeurs d'eMule ou de bittorent.
En cherchant les réponses, elle comprendra peut-être que les "gribouilles" ne sont pas forcément ceux qu'elle croit (désolé Franck Laroze). A la politique archîque et très dangereuse du gouvernement succède une vision complètement surrealiste du Parti Socialiste... Ce brouillon fait vraiment pitié... La France est mal barrée!
Bon article, piquant et grincant comme y faut.
Oui le PS ne comprend pas non plus la révolution que nous sommes en train de vivre. Mais tout les partis sont devenus conservateur. Ils ne proposent plus rien d'inovant. La seule solution : que les citoyens francais créent leur propre parti et fassent entendre leurs voix. Pour ceux qui suivent la chose je réécris tout les statuts, le réglement intérieur, puis j'attaque le manisfeste... la licence globale "signe à très court terme la mort des droits d'auteur, de la création, des labels indépendants (voués à disparaître dans les trois années à venir), et donc de l'exception et de la diversité culturelles".
c'est drôle, on dirait entendre sarkozy ou donnedieu de vabres, comme si de droite comme de gauche la même éminence grise leur dictait leurs discours... sans vouloir avoir l'air de sous entendre quoi que ce soit, avouez que c'est troublant. Revenons à ce qu'ils reprochent à la licence globale :
Dans le fond, pas grand chose, par rapport à l'idée qu'on s'en fait. De fait ils proposent eux-même une sorte de licence globale. Leur version serait obligatoire (prélevée directement du côté des FAI), et reversée aux auteurs/compositeurs ainsi qu'à l'aide à la création, et pas du tout aux artistes interprètes. Finalement les différences avec la licence globale : - obligatoire et non pas optionnelle - payée par les FAI, en théorie sans leur laisser la possibilité de la repporter sur l'abonné. Dans la pratique on sait bien ce que ça va donner. - on laisse de côté les artistes interprètes, qui il est vrai ne subissent pas le manque à gagner de la baisse des ventes de CD, vu qu'ils ne touchent pas de royalties de toute manière - le mode de répartition, surtout pas inspiré de la méthode des sondages. Le problème est qu'ils ne disent pas quelle sera l'alternative. - on n'autorise pas tous les téléchargements - le nom : redevance, plutôt que licence globale. J'ai plutôt l'impression que c'est pour se distinguer du groupe d'intérêt qui promeut la licence globale. Dans le fond il s'agit bien d'un genre de licence globale. Donc bilan à nuancer : il ne s'agit pas d'une opposition ferme au principe de licence globale, mais plutôt d'une mise à leur sauce de celui-ci. Ainsi, il ne faut pas s'étonner que leurs critiques par rapport à la licence globale ne soient guère convaincantes par rapport à l'idée qu'on se fait de la licence globale, vu que leur solution reste très près de cette idée. Leurs critiques sont en revanche plus pertinentes lorsqu'il s'agit de distinguer les 2 propositions. En dehors de ça on constate évidemment de nombreuses imprécisions techniques (on en avait l'habitude !)... mais cela est d'autant plus choquant que le lexique à la fin du rapport, entre lui, au contraire, bien trop dans les détails. (Pourquoi épiloguer sur les différents ports utilisés par les différentes applis ? Pourquoi parler des ports réservés au système sous UNIX ? C'est hors sujet !). Bref ils avaient les experts techniques sous la main. Pourquoi ne pas leur avoir fait relire le rapport ? Il faudrait mettre la photo d'Anne Hidalgo pour illustré l'article. C'est pas la voix du parti socialiste mais simplement quelque-chose qu'un député socialiste à mis en ligne. Et puis, ca ne doit pas être grâve de faire des erreurs. Ce qui serait grâve c'est si Hidalgo est corrompue par des majors. Ce qui m'inquiêterait c'est si Bloche et les autres sont tous persuadé que la Licence Globale n'est pas applicable etc.
@ Godvicien : ne penses-tu pas que le manifeste du PLI devrait-être discuté publiquement (sur le forum, par exemple) avant d'être publié ?
Bon, Anne Hidalgo n'a pas tout à fait tort.
Il ne faut pas confondre la licence globale (extention de la copie privée à l'up et au download) avec tout ce que cela suppose (répartition inéquitable par sondage) avec une idée de licence forfaitaire optionelle légalisant l'up et le download contre paiement d'une somme forfaitaire mensuelle (comme la licence globale) mais dont les modalités de distribution et de mesure d'audiance resteraient à définir (contrairement à la licence globale qui impose le mécanisme de copie privée) et pourraient se baser sur des données tels que les hashs d'eMule, et pour la répartition de la LDC de Kad par exemple. Donc pour convertir certains acteurs clés comme la SACEM à une licence de ce genre, il faut proposer... mieux que la licence globale en terme de coût d'équité de la répartition. Voir les débats ayant lieu en ce moment même sur le forum de Ratiatum avec Laurent Petitgirard de la SACEM. Quant à l'interdiction des DRM, j'y suis bien sûr favorable. C'est d'ailleurs les majors elle mêmes qui devraient s'interdire ce genre M**** si elles souhaitent vendre leur musique. Enfin, je sais que c'est débile - mais le droit est parfois débile - le fait d'interdire les DRM n'empèche pas de transposer l'EUCD protégeant ces dernières contre leur contournement. D'un coté, aucun produit DRMisé ne serait vendable légalement en France, d'un autre coté, cracker les DRM serait illégal... mais inutile pour tout achat fait en France, ces derniers étant alors non DRMisés. L'EUCD n'impose pas les DRM, l'EUCD impose juste la protection contre leur contournement, mais n'interdit nullement de les interdire. Alors vous aller me dire que tout cela est bien stupide et vous aurez bien raison, mais je préfère que, pour satisfaire ces e******s de Bruxelles, nous votions une loi stupide plutôt qu'une loi liberticide. Bref, tout ça pour dire que si les propositions du PS ne sont pas celles que je ferais (je reste pro licence forfaitaire), elles sont moins pires que celles de RDDV... Une question posée à toutes et à tous :
Les sociétés d'interprètes (Adami pour les solistes, chanteurs, Spedidam pour les orchestres, chœurs, ensembles, musiciens de séance) sont à la pointe du combat pour la LGO. Imaginons qu'elle soit votée demain et que les différentes sociétés de gestion collectives reçoivent la part qui revient au titre des auteurs, des interprètes (solistes et non solistes) et des producteurs. La sacem a des accords de réciprocité avec toutes les sociétés d'auteurs du monde. Une fois reçue sa maigre part et en fonction des sondages qui lui indiqueront la part des répertoires étrangers téléchargés (devenue largement majoritaire, par effet de masse), elle renverra scrupuleusement à chaque société la part qui lui revient. L'Adami n'a pratiquement aucune société sœur et, à ma connaissance, un minimum ou aucun accord de réciprocité avec elles. Ce n'est pas de sa faute, la copie privée est très peu répandue dans le monde. En plus, au jour d'aujourd'hui, il faut que la fixation ait été réalisée par un interprète membre de la CE ou enregistrée sur le territoire de la CE pour qu'elle soit prise en compte, avec obligation pour les artistes concernés de s'inscrire à l'Adami. C'est à dire qu'aujourd'hui, sur la copie privée, l'Adami ne reverse rien aux artistes interprètes de 4 continents sur 5. Comment fera-t-elle lorsqu'elle va toucher via la Licence Globale les droits des interprètes du monde entier ? Exiger que tous les interprètes du monde s'inscrivent à l'Adami ? Réalisez vous un seul instant qu'elle n'est absolument pas équipée pour cela ? Qu'elle serait sensée passer de 30.000 à 1 ou 2 millions de membres !!! Parlons maintenant de la Spedidam : La Spedidam toucherait des droits pour les artistes interprètes de séance ou orchestres, ensembles et chœurs du monde entier et en réserverait le bénéfice à ses seuls membres car elle n'a aucune société sœur ni aucun contrat de réciprocité. Pouvez me dire comment elle pourrait rémunérer les musiciens de studio à Los Angeles qui ont enregistré Star Wars. Encore une fois prenons l'exemple de la Copie Privée. A quels musiciens dans le monde non membre de sa société la Spedidam a-t-elle envoyé sa part de copie privée. Aucun.... Est-ce qu'il y a ici quelqu'un qui veut comprendre que cette LGO est défendue par deux sociétés qui, au nom de la liberté, de la justice et de la diversité, proposent la mise en place d'un système de payement par les internautes qui aura pour conséquences de ne profiter qu'à leurs seuls sociétaires, car elles sont incapables, faute d'accords internationaux avec des sociétés sœurs qui n'existent pas, de répartir équitablement ce qu'elles encaisseront ! Bel exemple de justice et d'intégrité. Passons sur les producteurs qui n'ont guère plus de sociétés sœurs que les artistes interprètes. Le paradoxe de cette histoire est que c'est la seule société qui serait capable de répartir au monde entier, la sacem qui est contre la LGO. Et ce sont les approximations intolérables de cette répartition qui constituent le premier motif de ce refus. J'aimerais vraiment, sans changer de sujet ni tourner autour du pot que l'un d'entre vous me dise sincèrement s'il avait appréciée à sa justemesure à cette problématique jamais évoquée ni par l'Adami, ni par la Spedidam. Amitiés. Laurent Petitgirard
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Encore une fois, on constate que les partis politiques, qu'ils soient de droite ou de gauche, sont vraiment trop scélérosés dans leurs certitudes pour pouvoir traiter d'un sujet aussi pointu.