La Cour de cassation italienne a jugé que la tumeur au cerveau dont était victime un ancien cadre d'entreprise pouvait être imputée à l'utilisation massive du téléphone mobile dans le cadre professionnel.

La décision venue du plus haut niveau de la justice italienne promet de raviver la polémique sur l'effet sanitaire des ondes de téléphonie mobile. Bastamag rapporte que la Cour de cassation italienne a admis qu'un cancer du cerveau puisse être reconnu comme maladie professionnelle, du fait de l'usage intensif du téléphone mobile dans le cadre de l'activité professionnelle de la victime. Le cadre, qui avait porté plainte pour obtenir une pension d'invalidité, téléphonait 30 heures par semaine pendant 12 ans, soit en moyenne 4 heures par jour.

"Les résultats des études scientifiques financées par des entreprises ont été écartés" par le tribunal, "pour cause de conflits d’intérêt", note Bastamag. "Le justice italienne a estimé que leurs conclusions minimisaient l’impact de la téléphonie mobile sur la santé".

En juin 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), créé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a classé les ondes éléctromagnétiques utilisées dans la téléphonie mobile dans la catégorie des "cancérogènes possibles pour l’homme". Comme l'étude Interphone publiée en 2010, les chercheurs du CIRC estimaient que l'utilisation du téléphone mobile pouvait accroître le risque de développeur une tumeur de type gliale, touchant le cerveau, ou un neuriniome, touchant le nerf auditif. Mais ils ne concluaient pas à un lien certain de cause à effet.

"Compte tenu du nombre considérable d’utilisateurs de téléphones mobiles, il est important de rechercher, de comprendre et de surveiller tout effet potentiel sur la santé publique", écrit toujours l'OMS dans sa communication officielle. "À ce jour, il n’a jamais été établi que le téléphone portable puisse être à l’origine d’un effet nocif pour la santé".

En février 2011, des chercheurs avaient démontré un effet des ondes du téléphone sur le cerveau, sans se prononcer sur leur caractère nocif ou bénin. 

En octobre 2011, une étude danoise portant sur 17 années d'observations a conclu qu'il n'y avait pas de lien entre téléphonie mobile et tumeurs. Mais comme nous le faisions remarquer à l'époque, l'étude portait exclusivement sur des personnes utilisant leur téléphone dans un cadre privé, donc avec une fréquence et une durée de communications bien moindre que l'utilisation professionnelle.

L'étude épidémiologique la plus ambitieuse a été lancée en 2010, auprès de 250 000 utilisateurs. Mais visant à étudier les effets de long terme, elle ne rendra ses conclusions que dans 30 ans.

En France, le gouvernement avait organisé en 2008 un Grenelle des ondes, avec interdiction de se pencher sur la question toujours très polémique des antennes-relais. Seuls les téléphones eux-mêmes étaient mis en cause (et ce sont eux qui le sont dans l'affaire italienne). A cette occasion, l'Académie de Médecine avait publié un avis rejetant tout risque des ondes sur la santé… rédigé par un membre du conseil scientifique de Bouygues Télécom. Déjà au milieu des années 1990, l'Académie de Médecine avait publié un rapport minimisant les dangers de l'amiante.

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