Aucun pays au monde n'y a pensé. Mais la presse française, si. Les quotidiens nationaux, unis dans un même élan de solidarité, demandent au gouvernement d'imposer une taxe sur les clics menant à leurs articles.

Il faut espérer que ça n'est qu'une très mauvaise blague, certes très drôle. Ou la France se rendra profondément ridicule aux yeux du monde entier, avec un raisonnement qui renvoie aux tous débuts de la démocratisation du net, où l'on se demandait s'il fallait interdire les liens vers les pages web (si si, certains y ont pensé).

Nous savions déjà que la presse faisait pression sur le nouveau gouvernement pour bénéficier d'une taxe sur les liens hypertextes, lorsque ces liens agrégés par les moteurs de recherche ou les services de revues de presse conduisent aux articles des journaux. Nous avions été désagréablement surpris d'apprendre qu'Aurélie Filippetti accordait une oreille attentive à cette idée sordide, en estimant qu'il "serait normal que ces moteurs de recherche contribuent à financer la vraie valeur ajoutée produite par les journaux". Comme si l'on taxait la RATP pour financer la valeur ajoutée produite par les lieux touristiques qu'elle dessert.

Mais voilà le pompon !

Le journal Libération, qui est partisan et bénéficiaire de l'éventuelle taxe, cite les explications de Nathalie Colin, actuelle présidente de la très récente association IPG (Information Politique et Générale), créée au moment de l'élection de François Hollande pour "renforcer la force de négociation économique de la presse d'information politique et générale nationale, ainsi réunie pour la toute première fois de son histoire". L'ex-coprésidente de Libération, actuelle coprésidente du Nouvel Observateur, explique que la presse veut que les Google et consorts payent "une juste rémunération" quand les moteurs de recherche pointent vers leurs sites internet.

Et Libération de préciser l'impensable :

Le montant de cette rémunération serait fonction du nombre de clics sur le lien, et toutes les entreprises de presse (journaux, agences, pure players) en bénéficieraient, à condition d’être titulaires d’un numéro de commission paritaire. La logique est la suivante : les éditeurs s’engagent à renoncer à leur droit d’empêcher l’indexation de leurs contenus par les moteurs de recherche. « En échange, reprend Nathalie Collin, on demande une compensation sous la forme d’un droit voisin, qui rémunérera la valeur créée par le fait d’indexer ces contenus. »

Ainsi les sites de la presse nationale traditionnelle veulent le double effet Kiskool : être bien référencés par Google, et que Google les paye chaque fois que ce bon référencement conduira l'internaute à visiter leur page, et donc à voir leur publicité. Jackpot assuré.

Et les blogs ou autres sites de presse qui n'ont pas de numéro de commission paritaire, mais dont les liens sont tout de même cliqués ? Rien, ils devront vivre sur leur maigres revenus publicitaires. Et si en plus ils sont mal référencés, ils ne compteront pas non plus sur les revenus publicitaires. A mort les pouilleux de la nouvelle presse.

On croit franchement rêver. Mais la presse traditionnelle semble y croire dur comme fer, et va même "se rendre à Matignon la semaine prochaine" pour demander que le texte soit inscrit à l'agenda parlementaire "avant Noël". 

Vivement le réveil.

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