Aux Etats-Unis, la presse se demande pourquoi l'auteur du massacre d'Aurora, âgé de 24 ans et en apparence semblable à tous les jeunes adultes, n'avait aucune présence visible sur Internet.

Plus que la conclusion, c'est l'interrogation qui intrigue. Le magazine américain CNet s'est interrogé samedi, comme d'autres journaux spécialisés, sur l'absence totale de traces numériques de James Eagan Holmes, l'auteur du massacre d'Aurora. Comme si en 2012, tout jeune homme normalement constitué devait avoir son nom "Googlable" pour retrouver des informations sur ses centres d'intérêts, ses amis, ses idéologies, etc.

"Il apparaît que le suspect Holmes n'est sur aucun réseau social – au moins pas sous son vrai nom", remarque Cnet. "Pourtant le portrait qui a été dépeint de Holmes n'est pas très différent de celui d'un étudiant typique, peut-être désabusé (…) S'il était sur Facebook, nous pourrions peut-être connaître son état d'esprit, ce qu'il a eu à dîner, sur ce qu'il a fait le 4 juillet, ce qui nous donnerait une idée de son état mental préalable aux évènements, mais Holmes est introuvable sur ce réseau social, ou sur Twitter".

"Des rapports non confirmés vendredi dernier prétendent qu'il pourrait avoir été sur le site de rencontres AdultFinder.com, pas l'endroit que la plupart choisiraient pour se connecter aux amis, à la famille, ou au public plus large".

Interrogé par le magazine, une chercheuse en médecine et santé publique reconnaît que "c'est certainement inhabituel" pour un jeune adulte de ne pas être sur les réseaux sociaux. "Les données suggèrent que 95 à 98 % des gens de l'âge de Holmes sont sur les médias sociaux", affirme-t-il. La Dr. Mega A. Morano cite par ailleurs une étude qui montrerait que le temps passé sur Internet aurait un lien avec la dépression chez les jeunes, dans une courbe en forme de U. Les adolescents qui montrent le plus de signes de dépression seraient à la fois ceux qui sont le plus souvent actifs sur Internet, et ceux qui au contraire n'y sont jamais.

En France, Mohammed Merah non plus ne semblait pas avoir eu une présence en ligne très importante. Il était bien connecté sur Internet, comme le montre notamment l'adresse IP qui a servi à le compromettre sur un site de petites annonces, mais n'avait ni compte Facebook, ni compte Twitter, ou autres Copains D'Avant. Le Toulousain avait néanmoins projeté de diffuser les vidéos de ses actes de barbarie, et en a été empêché par une limitation technique de YouTube, comme il l'a expliqué à la DCRI dans une discussion diffusée par Libération :

 

MOHAMED : Écoute je l’ai envoyée à, à mes alliés qui vont la, qui vont la, la, la faire 
paraître sur le net, heu, quand eux ils auront décidé, t’as vu. Heu, après vous dire quand 
précisément, je saurais vous dire, je l’ai envoyé et heu, voilà. Parce que j’ai essayé de la mettre sur internet mais comme c’est une vidéo qui dure 25 minutes, YOUTUBE l’a refusé et il a demandé une vidéo de 15 minutes. Je comptais la modifier tout à l’heure pour la mettre sur le net.

 

Les deux tueurs avaient le même âge (23 ans pour Merah, 24 pour Holmes).

De son côté, le New-York Times a publié vendredi une enquête, dans laquelle il indique que Holmes aurait "passé beaucoup de temps sur son ordinateur" dans le laboratoire de son université, et qu'il "participait souvent à des jeux de rôle en ligne". De quoi relancer une nouvelle fois la polémique sur les liens entre tueurs fous et jeux vidéo.

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