Maintenant qu'il est élu nouveau président de la République, quel "changement" proposera François Hollande pour le numérique en France ?

François Hollande a donc été élu dimanche président de la République avec 51,67 % des voix. L’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste va être amené dans une semaine, après sa passation de pouvoir avec Nicolas Sarkozy, à diriger la France et à réaliser « le changement » tant annoncé pendant sa campagne électorale. Il devra le faire notamment sur le terrain du numérique, où l’action du président sortant a été fortement décriée.

Du quinquennat de Nicolas Sarkozy, la loi Hadopi restera un symbole. Alors qu’il voulait faire de la France un exemple, aucun des pays européens ne l’a imitée. Plusieurs ont même reculé, à l’instar de la Grande-Bretagne qui vient encore d’annoncer un long report de la riposte graduée, ou de l’Allemagne qui n’en parle plus. L’ancien président s’était obstiné, et plus d’un million de courriels ont été envoyés aux Français par l’Hadopi pour les menacer de les priver de leur accès à internet. Et maintenant ?

On le sait, François Hollande a promis d’ouvrir un « acte 2 de l’exception culturelle » à l’été 2012, avec le lancement le 3 juillet d’une réflexion post-Hadopi, qui devrait aboutir à de nouvelles mesures anti-piratage. Mais la loi Hadopi, tant combattue par quelques valeureux députés socialistes à l’Assemblée Nationale, ne sera pas abrogée dans les premières semaines ou même les premiers mois du quinquennat. Il n’est même pas encore question de retirer la circulaire qui demande aux parquets de poursuivre sans enquête. L’action de l’Hadopi va se poursuivre dans les prochains mois, et les premières sanctions pourraient même être ordonnées par les tribunaux, en attendant que la « réflexion » promise par François Hollande aboutisse enfin, et qu’ensuite le calendrier parlementaire laisse place à l’adoption de la loi nouvelle.

Aussi lourd soit-il, la loi Hadopi n’est cependant qu’un symbole à effet limité. Le plus pressant pour le gouvernement de François Hollande sera de favoriser le développement de l’économie numérique. « Le numérique est une terre qu’il faut nourrir avant d’espérer en récolter les fruits« , écrivait à cet égard le nouveau président de la République dans une lettre programmatique au Collectif du numérique.

Or dans cette lettre, François Hollande n’a pas voulu annoncer de mesures spécifiques pour l’économie numérique. Sur ce sujet comme sur la plupart, le candidat socialiste s’était contenté de rester en surface, pour ne rien annoncer qui puisse donner corps à la polémique.

Ainsi, il expliquait que les entreprises du secteur bénéficieront de réformes globales comme l’accès simplifié des PME au crédit impôt recherche, à des instruments nouveaux d’aide à l’investissement, ou aux marchés publics. François Hollande souhaite aussi créer « un grand plan pour le numérique dans la formation » avec notamment une option « numérique » au bac. Enfin, il souhaite imposer en France les « géants de l’Internet » qui pratiquent une évasion fiscale, ou poursuivre l’ouverture des données publiques (Open Data) pour permettre notamment aux entreprises de les exploiter.

L’essentiel du programme numérique et de sa mise en œuvre restent à développer. Et bien malin qui peut dire si François Hollande a véritablement pris conscience de l’importance du numérique pour l’économie française.

Une partie de la réponse résidera dans la composition du futur gouvernement. Créera-t-il un ministère, ou au minimum un secrétariat d’Etat, dédié au numérique ? Le cas échéant, celui-ci devrait logiquement être confié à Fleur Pellerin, qui a été sa conseillère sur le sujet pendant toute la campagne. Si celle-ci a su faire à cette occasion la preuve de sa compétence, le plus dur reste à faire : savoir imposer sa voix dans un gouvernement où elle n’aura aucun poids politique à faire valoir.

Elle devra aussi certainement coup férir avec le prochain ministre de la Culture, qui pourrait être Aurélie Filippetti ou Patrick Bloche. On sait le Parti Socialiste traditionnellement très proche des milieux culturels, et l’on craint que le gouvernement n’adresse une oreille trop attentive aux positions exprimées notamment par le CSA, qui visent à faire primer les contenus sur le contenant.

Réponses dans les prochains moins…

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