Faut-il laisser des intermédiaires financiers bloquer sans préavis et sans ordre judiciaire les ressources des entreprises qui dépendent de leurs services ? La question se pose face à la multiplication des litiges. Le site français Uptobox, qui propose un service d'hébergement de fichiers, a vu ses comptes PayPal et Google Adsense fermés ou suspendus du jour au lendemain, mettant sa survie en péril.

Sans intermédiaires financiers, il est évidemment impossible de faire vivre une activité commerciale. C’est donc en faisant pression sur ces intermédiaires que les ayants droit espèrent enfin obtenir la peau, non pas du piratage, mais des entreprises qui profitent directement ou indirectement du piratage pour réaliser du chiffre d’affaires. Lundi, nous rapportions ainsi que le service russe RapidGator avait vu son compte PayPal brusquement bloqué, « en raison de risques élevés de traiter des paiements pour le partage de fichiers« . Mais en France aussi, PayPal gèle du jour au lendemain des comptes qui permettent aux entreprises de vivre.

Le service français Uptobox, qui propose d’héberger des fichiers jusqu’à 1 Go, que les internautes peuvent ensuite télécharger s’ils en connaissent le lien, a subi le même sort que RapidGator. « Tous les fonds ont été gelés pendant une durée d’au moins 90 jours, nous empêchant de payer les serveurs une semaine à peine avant leur échéance« , nous explique son administrateur. « Le compte est restreint, mais peut toujours recevoir les paiements« . En revanche, pendant au moins 90 jours, et jusqu’à 180 jours, les fonds ne peuvent pas être débloqués.

« Ils semblent maintenant faire la sourde oreille puisque je suis sans réponse de leur part à la suite de ce blocage, datant de la semaine dernière, alors qu’ils me répondaient généralement dans les 24 heures« .

Google a également fermé d’autorité le compte Adsense d’Uptobox, sans fournir d’explications précises. « La violation de copyright a été invoquée et le compte a littéralement été clôturé. Leur email ne contenait pas de liens valide et ne proposait pas non plus de faire appel de leur décision. Bien sûr, l’intégralité des gains publicitaires ont été supprimés« , raconte l’entreprise.

La décision soudaine de PayPal est d’autant plus difficile à comprendre que Uptobox semble respecter la législation sur le droit d’auteur, en s’efforçant de conserver un strict statut d’hébergeur, protégé par la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN). Il n’intervient pas dans le choix des contenus hébergés, ne propose aucun moteur de recherche permettant de trouver les fichiers hébergés, et « les liens signalés sont supprimés dans les 24 à 48 heures, suivant le nombre de demandes de retrait à traiter« , nous assure Uptobox.

Par ailleurs, contrairement à MegaUpload ou RapidGator, UptoBox ne rémunère pas via PayPal ou d’autres intermédiaires les utilisateurs qui envoient des fichiers populaires sur ses serveurs – ce qui a été un facteur clé dans l’opération contre MegaUpload. Tout juste peuvent-ils gagner des points transformables en abonnements Premium.

« Je vais tenter d’intervenir auprès de Paypal, afin de récupérer les fonds bloqués, et pouvoir ainsi payer complètement les prestataires avec qui je travaille. D’autres services devraient être mis en place afin de ne pas bloquer le système d’abonnement premium dont le site dépend pour survivre« , explique l’administrateur d’Uptobox.

« Le développement d’Uptobox ne devrait pas être interrompu, toutefois je lance ouvertement une demande de soutien, afin de ne pas laisser le site risquer de fermer sur la simple décision de deux entreprises américaines qui font un peu leur loi et mettent en péril le travail de plusieurs personnes durant tout une année, ainsi que leur emploi et leurs finances« .

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés