Aux USA, des oeuvres sortent du domaine public

Guillaume Champeau - publié le Lundi 23 Janvier 2012 à 17h26 - posté dans Société 2.0

Tolkien, Kipling, Orwell, Hitchcock, Prokofiev... Des oeuvres de nombreux auteurs internationaux qui étaient passés dans le domaine aux Etats-Unis retournent dans le régime du copyright traditionnel. Contre toute attente, la Cour Suprême a validé mercredi dernier l'accord de 1994 qui organise une telle expropriation des droits du public.

On le sait, la durée de protection des droits d'auteur ne fait que s'allonger depuis deux siècles. Pour l'illustrer, Numerama avait d'ailleurs réalisé au début du mois un schéma de la durée moyenne des droits d'auteur en France, depuis la Révolution. Mais il était jusque là une règle non-dite respectée dans toutes les législations : le domaine public est un droit acquis sur lequel il ne faut jamais revenir.

Jamais ? Ce n'est pas ce qu'en pense la Cour Suprême des Etats-Unis. Wikimedia France publie sur son blog un billet qui explique que les plus hauts magistrats américains ont jugé conforme à la Constitution une loi de 1994 qui a pour effet de faire revenir dans le régime du droit d'auteur des oeuvres qui appartenaient auparavant au domaine public.

L'explication juridique est complexe. Résumons là en trois temps :

  1. Aux Etats-Unis, par l'effet d'évolutions successives du droit, les oeuvres publiées pour la première fois entre 1924 et 1978 sont protégées pour une durée de 95 ans après cette première publication ; soit au maximum jusqu'en 2073 et au minimum jusqu'en 2019. Or dans dans la plupart des pays du monde, c'est la Convention de Berne qui s'applique avec une protection de 50 ou 70 ans révolus après la mort de l'auteur ; soit au maximum jusqu'en 2049 pour les oeuvres d'auteurs décédés en 1978, et au minimum 1975 pour les auteurs décédés en 1924.
  2. Ce régime de protection des droits pendant 95 ans ne s'appliquait aux USA que pour les oeuvres explicitement protégées aux Etats-Unis. Les autres appartenaient au domaine public. Or en 1989, les Etats-Unis ont rejoint la Convention de Berne, et signé en 1994 l'Uruguay Round Agreements Act (URAA). Ce dernier prévoyait qu'à compter du 1er janvier 1996, les oeuvres encore protégées "chez elles" par leur droit d'auteur national seraient protégées aux Etats-Unis selon le régime américain.
  3. Ainsi, des oeuvres qui étaient apparues dans le domaine public entre 1975 et 1996 quittent ce domaine public pour retrouver le régime du droit d'auteur exclusif.

L'URAA avait provoqué un déferlement de contestations juridiques, dont la plus forte fut portée notamment par la Fondation Wikimédia, l'Electronic Frontier Foundation (EFF) et Creative Commons. Ils estimaient que la rétroactivité de la loi était incompatible avec la constitution américaine, et qu'il était impossible de revenir sur le domaine public.

Or dans sa décision, la Cour Suprême a jugé qu'il n'y avait pas de violation de la Constitution et notamment de son premier amendement de protection de la liberté d'expression, et confirmé l'application de l'accord de 1994.

En pratique, les principaux diffuseurs d'oeuvres du domaine public comme Wikimedia Commons, Wikisource, ou Google Books avaient anticipé une censure de la loi par la Cour Suprême, dans une forme de pari juridique qu'ils ont perdu. Ils doivent donc aujourd'hui retirer certaines oeuvres qui sont dans le domaine public à peu près partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis. Ce sont plusieurs millions d'oeuvres qui sont concernées.

"Les exemples sont légion. Gandhi étant mort en 1948, ses écrits sont dans le domaine public depuis 2008 (durée de protection de 60 ans après la mort de l’auteur en Inde) ; mais ceux publiés après 1923 restent protégés aux États-Unis, et ne peuvent aller enrichir Wikisource. Il en va de même des dernières œuvres de Gaston Leroux ou de Rudyard Kipling, de Freud ou de Federico Garcia Lorca", indique Wikimédia. Actualitté cite également les cas d'oeuvres d'Alfred Hitchcock, Virgina Woolf, J.R.R. Tolkien, ou George Orwell.

Contactée par Numerama, Wikimédia nous explique réfléchir à d'autres solutions que la suppression pure et simple des oeuvres concernées. L'une des solutions envisagées pourrait être de bloquer l'accès depuis les Etats-Unis aux oeuvres qui y sont encore protégées. C'est déjà ce que font certains sites canadiens à l'égard des internautes français qui tentent d'accéder à des oeuvres qui sont dans le domaine public au Canada, mais pas encore en France.

Publié par Guillaume Champeau, le 23 Janvier 2012 à 17h26
 
 
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Commentaires à propos de «Aux USA, des oeuvres sortent du domaine public»
 

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Mais quand vont enfin s'arrêter ces attaques continuelles et insensées contre le trésor (commun) le plus précieux de l'humanité: sa culture, sa pensée???!!!... :weep:
Merci Guillaume: la décision de la Cour Suprême a été rendue publique la semaine dernière.
http://www.numerama....une-mine34.html
untel, le 23/01/2012 - 17:32
Mais quand vont enfin s'arrêter ces attaques continuelles et insensées contre le trésor (commun) le plus précieux de l'humanité: sa culture, sa pensée???!!!... :weep:
l'oligarchie est en guerre contre l'intelligence, car elle est trop dangereuse pour elle...
et cela ne date pas d'aujourd'hui...
Contactée par Numerama, Wikimédia nous explique réfléchir à d'autres solutions que la suppression pure et simple des oeuvres concernées. L'une des solutions envisagées pourrait être de bloquer l'accès depuis les Etats-Unis aux oeuvres qui y sont encore protégées. C'est déjà ce que font certains sites canadiens à l'égard des internautes français qui tentent d'accéder à des oeuvres qui sont dans le domaine public au Canada, mais pas encore en France.
Evidemment ! Puisque les USA veulent rester dans leur inculture crasse, qu'ils y restent, mais qu'il ne fasse pas chier le reste du monde.
untel, le 23/01/2012 - 17:32
Mais quand vont enfin s'arrêter ces attaques continuelles et insensées contre le trésor (commun) le plus précieux de l'humanité: sa culture, sa pensée???!!!... :weep:
l'oligarchie est en guerre contre l'intelligence, car elle est trop dangereuse pour elle...
et cela ne date pas d'aujourd'hui...
Centaurien, le 23/01/2012 - 17:44
Contactée par Numerama, Wikimédia nous explique réfléchir à d'autres solutions que la suppression pure et simple des oeuvres concernées. L'une des solutions envisagées pourrait être de bloquer l'accès depuis les Etats-Unis aux oeuvres qui y sont encore protégées. C'est déjà ce que font certains sites canadiens à l'égard des internautes français qui tentent d'accéder à des oeuvres qui sont dans le domaine public au Canada, mais pas encore en France.
Evidemment ! Puisque les USA veulent rester dans leur inculture crasse, qu'ils y restent, mais qu'il ne fasse pas chier le reste du monde.
Ne prennez pas les américains pour des idiots car ce sont comme même eux qui se battent contre leurs traîtres comme nous contre nôtres en France.
untel, le 23/01/2012 - 17:32
Mais quand vont enfin s'arrêter ces attaques continuelles et insensées contre le trésor (commun) le plus précieux de l'humanité: sa culture, sa pensée???!!!... :weep:

Aussi longtemps que les ' droits ' intellectuels et droits ' voisins ' pourront être susceptibles de ' rentabiliser ' et/ou occulter des droits qu'ils s'octroient...
elle est où l'organisation mafieuse ?? là ou à hong kong ?? hein, question piège là ;)

les pilleurs de culture on les trouve où ?? là ou bien devant leur pc à télécharger comme des net goinfres ;) requestion piège ;)
qveenz, le 23/01/2012 - 17:47
Ne prennez pas les américains pour des idiots car ce sont comme même eux qui se battent contre leurs traîtres comme nous contre nôtres en France.

Heu...

Tu ne veux pas nous la refaire en anglais, on va traduire, ok ?
Gnommy, le 23/01/2012 - 17:49
qveenz, le 23/01/2012 - 17:47
Ne prennez pas les américains pour des idiots car ce sont comme même eux qui se battent contre leurs traîtres comme nous contre nôtres en France.

Heu...

Tu ne veux pas nous la refaire en anglais, on va traduire, ok ?
Mais si tu préfère "les vôtres"... ;)
Bon je ne suis pas américain mais ce combat la n'a plus de couleur nationale: c'est toute la planète qui est impliqué.
Carrément ! Après tous ces conflits Public, droit d'auteur (qui n'est qu'un prétexte pour enrichir les lobbyistes), OpMegaupload etc, voila qu'on remonte le temps avec les oeuvre du domaine public !
BlinDChriS, le 23/01/2012 - 17:54
Carrément ! Après tous ces conflits Public, droit d'auteur (qui n'est qu'un prétexte pour enrichir les lobbyistes), OpMegaupload etc, voila qu'on remonte le temps avec les oeuvre du domaine public !
L'histoire est que cette décision coïncide avec le cirque MegaUpload : les 2 événements ont eu lieu le même jour.
Pire: toutes les grandes média, Numérama y compris ont relayé cette diversion et en plus ont montre le tableau à moitié. Dommage :( !
Puisqu'on vous dit que seule la violence peut enrayer cette spirale infernale, sinon un jour ils viendront vous abattre comme des chiens à votre propre domicile.
dans le domaine "mot manquant ici" aux Etats-Unis
Ce doit être pour rémunérer les auteurs comme on nous l'explique sans cesse.

Ah ils sont en poussière depuis longtemps. Pas grave il y a toujours des poches avides pour prendre.
un peuple éduqué est un peuple dangereux de par sa possibilité a analyser les faits, les dires, les écrits.

les oligarchies ont peurs de cela et font tout pour faire retourner le peuple dans sont ignorance afin de mieux l'exploiter .
Centaurien, le 23/01/2012 - 17:44
Contactée par Numerama, Wikimédia nous explique réfléchir à d'autres solutions que la suppression pure et simple des oeuvres concernées. L'une des solutions envisagées pourrait être de bloquer l'accès depuis les Etats-Unis aux oeuvres qui y sont encore protégées. C'est déjà ce que font certains sites canadiens à l'égard des internautes français qui tentent d'accéder à des oeuvres qui sont dans le domaine public au Canada, mais pas encore en France.
Evidemment ! Puisque les USA veulent rester dans leur inculture crasse, qu'ils y restent, mais qu'il ne fasse pas chier le reste du monde.

Le problème c'est que là ça ne concerne pas les Américains, sans doute bien emmerdés. Mais la poignée de lobbistes non élus qui décident en cercle fermé des choses qui engagent les le monde entier via les traités et les US via des juges suprêmes (non élus également) qui, j'en suis certain, sont sûr de leur bon droit en laissant les lobbies décider.



Pour moi la seule solution c'est de les ignorer , et de continuer à partager autant que possible - seule la multitude *et* la perte de revenus peuvent les arrêter:
Les lobbies vont là ou l'argent est. Plus d'argent, plus de lobbies.
Les USA sont les maîtres du monde, si vous les contestez ils vous font la guerre ou ils vous foutent en tole.
Il serait peut être temps d'entamer un méga-boycott digne de ce nom afin d'appauvrir ces malfaisants
qveenz, le 23/01/2012 - 17:43
Merci Guillaume: la décision de la Cour Suprême a été rendue publique la semaine dernière.
http://www.numerama....une-mine34.html

En effet, c'est pas trop tôt ;p

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