Une étude livrée aux Etats-Unis montre que même s'ils sont consommateurs de contenus copiés illégalement, les Américains estiment que le piratage n'est "raisonnable" que si les oeuvres sont partagées dans un cercle de famille et d'amis. Une majorité sont pour le filtrage des contenus par les fournisseurs d'accès à Internet, qu'ils préfèrent aux mesures individuelles de bridage ou de suspension de l'accès contre les pirates.

L’American Assembly, un groupe d’étude sur les politiques publiques rattaché à l’Université de Columbia, va publier dans les prochaines semaines le résultat d’une grande étude comparative sur la « culture de la copie », entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle a déjà publié dans une note (.pdf) les principaux résultats d’un sondage mené par téléphone auprès de 2 303 Américains au mois d’août 2011, qui sont très instructifs.

L’étude montre d’abord que les pratiques du piratage sont courantes (46 % ont déjà obtenu des films, musiques ou séries TV illégalement), surtout chez les jeunes (70 %). Et que le développement d’une offre légale attractive est bien un facteur important pour faire baisser le piratage, puisque 46 % de ceux qui piratent de la musique disent qu’ils le font moins depuis le développement des services de streaming en ligne à bas coût, et 40 % pour la vidéo.

Mais le sondage s’intéresse aussi, ce qui est inédit, à la perception de la légitimité du piratage par les Américains. Il en ressort qu’aux Etats-Unis, où il n’existe pas en tant que telle d’exception pour copie privée, 75 % des sondés estiment qu’il est « raisonnable » de partager de la musique avec les membres de sa famille (70 % pour la vidéo), et seulement 56 % avec des amis (54 % pour la vidéo).

Mais ce qui est plus surprenant, c’est que très peu des individus interrogés estiment que le partage des œuvres à grande échelle est aussi légitime qu’entre personnes qui se connaissent. Ils sont ainsi 16 % seulement à trouver « raisonnable » l’envoi de copies sur des sites où tous les internautes peuvent télécharger les œuvres. 8 % trouvent légitime de publier des liens vers des œuvres copiées sur les sites comme Facebook, et 6 % estiment raisonnable de vendre des copies (le faible écart entre ces deux derniers chiffres nous semble effarrant).

En ce qui concerne le partage d’œuvres au sein de la famille, les différences générationnelles ne sont pas très importantes. 10 points séparent les 18-29 ans (82 % trouvent ça raisonnable) et les plus de 65 ans (72 %). En revanche, 71 % des plus jeunes trouvent le partage entre amis acceptable, contre 51 % chez les plus âgés.

Lorsqu’ils sont interrogés sur la réaction que devrait avoir la justice, la moitié (52 %) des Américains estiment qu’il faut des sanctions pénales, et 34 % s’y opposent catégoriquement.

Parmi ceux qui souhaitent des représailles, 87 % soutiennent le principe d’une amende. Une minorité (47 %) se dit favorable à des mesures de bridage de l’accès à Internet, et 26 % trouvent acceptable une suspension de l’accès à Internet. 86 % sont favorables à des avertissements. Mais dans l’ensemble des sondés, 51 % seulement sont favorables aux avertissements et amendes, et 16 % à la suspension de l’accès à Internet.

Surveillance et blocage des contenus : plutôt pour

Outre les représailles contre les pirates, l’étude s’est intéressée aux techniques d’élimination du piratage par le filtrage et la suppression des contenus copiés sans autorisation. 69 % des internautes américains sont contre toute forme de surveillance de leur utilisation d’internet pour « empêcher la violation de droits d’auteur ».

En revanche, 58 % des internautes sondés estiment que les FAI devraient « bloquer l’accès aux sites qui fournissent un accès aux chansons et vidéos piratées ». De manière révélatrice sur la puissance du langage, le chiffre tombe à 46 % lorsque l’on utilise le mot « censurer », même s’il aboutit au même résultat.

53 % des internautes américains sont favorables au fait que les moteurs de recherche bloquent les liens vers les contenus piratés, et 61 % estiment que les réseaux sociaux et les services d’hébergement de fichiers devraient « essayer de vérifier tous les contenus et de rejeter la musique et les films piratés ». 36 % continuent de soutenir le même blocage des contenus illicites même lorsqu’on leur dit qu’il entraîne un blocage de contenus licites.

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