L'Hadopi assure qu'elle n'est pas morte. Vraiment ?

Guillaume Champeau - publié le Mardi 03 Janvier 2012 à 10h01 - posté dans Société 2.0

L'Hadopi est-elle dans un coma juridique depuis le 24 décembre, faute d'avoir le nombre de membres imposé par le législateur ? Si la Haute Autorité s'en défend, elle use d'arguments dont nous contestons la viabilité. 

Après les révélations de Numerama, qui indiquait lundi que les organes vitaux de l'Hadopi n'avaient plus le nombre de membres requis par la loi, la présidente de la Commission de protection des droits de l'Hadopi a réagi dans les colonnes de nos confrères d'Electron Libre. Bien sûr, elle rassure d'emblée sur le fait que l'Hadopi continue d'exister.

"La constitution de l’organisme collégial, doté d’un mandat de 6 ans, s’établit avec un roulement de 6, 4 et 2 ans selon les membres. Ce dispositif évite qu’on ait un moment où tout doit être arrêté. C’est la démonstration par l’absurde que ce qui est dit est faux", assure la magistrate.

A chacun ses démonstrations. Mireille Imbert-Quaretta choisit l'absurde ; nous préférons nous appuyer sur le compte rendu officiel des débats parlementaires.

Il est "nécessaire de prévoir des durées variables au moment de la mise en place de la HADOPI afin que son renouvellement ne s’effectue pas d’un bloc", avait expliqué dans l'hémicycle le rapporteur du projet de loi, Franck Riester. Mais bien évidemment pas pour anticiper une défaillance du gouvernement qui oublierait de renouveler les mandats, ce qui serait effectivement absurde. L'explication est toute autre. Elle figure dans les motifs de l'amendement n°105 qu'avait adopté l'Assemblée Nationale. Il s'agissait de "conférer une meilleure continuité à l’institution", et d'inscrire "les effets de l’action de la commission de protection des droits dans la durée et éviter toute tentation, pour certains pirates, de tester la formation à l’occasion d’un profond renouvellement". En clair, la majorité a voulu éviter toute tentation pour l'opposition de changer d'un seul coup tous les membres de l'Hadopi, ce qui aurait pu en affaiblir les pouvoirs. En prévoyant un renouvellement par tiers, elle s'assure que le "nouveau tiers" ne puisse pas renverser la majorité dans les décisions.

Mireille Imbert-Quaretta assure par ailleurs qu'il faut "différencier la phase de constitution, où tant que toutes les personnes ne sont pas nommées, elle n’a pas une existence", et la suite où "il peut arriver des événements imprévus par la loi, (et) c’est pour cela qu’il existe des règles comme le quorum". La loi prévoit en effet que pour prendre ses décisions, au moins cinq membres du collège doivent être présents, et deux pour la Commission de protection de droits. Il serait donc possible d'agir sans que l'ensemble des membres prévus par la loi soient nommés. C'est également un avis défendu avec force sur Twitter par Benoît Tabaka, le secrétaire général du Conseil National du Numérique.

Mais nous ne le partageons pas.

La règle du quorum, évidemment nécessaire, vise à résoudre les situations pratiques dans lesquelles certains des membres nommés ne peuvent pas assister aux réunions. Ils peuvent alors envoyer leur suppléant, également nommés dans le décret de nomination des membres de l'Hadopi ; et si le suppléant est lui-même absent, la règle du quorum vise à s'assurer que les décisions peuvent tout de même être prises par un nombre suffisant de membres présents. C'est une règle de bon sens, qui évite la paralysie de l'administration à la moindre absence.

Mais ici l'affaire est bien différente, même si le problème juridique est purement théorique en l'absence de contestation judiciaire. Le problème en l'espèce n'est pas que certains membres de l'Hadopi ne soient pas présents aux réunions, mais que des membres de l'Hadopi n'existent tout simplement pas. S'il n'y a plus que six membres à bénéficier d'un mandat, alors la loi qui dit que "le collège de la Haute Autorité est composé de neuf membres" n'est plus respectée. Ca n'est pas une question d'interprétation mais de simple lecture de la loi.

Lire la loi autrement est hasardeux pour la démocratie. Cela voudrait dire que le gouvernement pourrait ne jamais valider la nomination de certains membres, pourvu que le quorum soit atteint. Imaginez alors le cas où un gouvernement puisse bloquer la nomination d'une personnalité désignée par le Sénat, qui est aux mains de l'opposition. Même si ça n'est évidemment pas (souhaitons-le) la raison du blocage, c'est justement le cas avec les nominations de l'Hadopi. Outre une personnalité désignée par la Cour des comptes et par le Conseil d'Etat, le gouvernement doit aussi officialiser la nomination au collège de l'Hadopi d'une personnalité désignée par le président du Sénat.

Publié par Guillaume Champeau, le 3 Janvier 2012 à 10h01
 
 
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Commentaires à propos de «L'Hadopi assure qu'elle n'est pas morte. Vraiment ?»
 

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Voilà qui est assez "amusant" et digne du cafouillage/magouillage habituel dans ce domaine ... :siffle:
Round 2 : Fight !!

:)

100 dollars sur numerama !
Hum... lire "Ca n'est pas une question d'interprétation mais de simple lecture de la loi.", ça m'a fait tout drôle. On dirait des intégristes/fondamentalistes (utilisez le bon terme) qui lit un texte "comme il se doit" (= à sa façon).
Quoi qu'il en soit, même si je ne suis pas rassuré vis à vis de ces lectures strictes de la loi, j'ai quand même hâte qu'on en finisse de ces lois inutiles qui ne font qu'officialiser de petits généraux ayant un petit pouvoir mais surtout une situation confortable.
100% d'accord avec numerama.
L'hadopi tente la pirouette habituelle, mais l'analyse de Guillaume me semble plus respectueuse du droit et de son principe que celle de l'hadopi.
Article qui défend une opinion de plus dans ce fatras.

Sans vouloir calmer le jeu autour d'une répression débile et accrue, je crois que l'HADOPI est un bel épouvantail mais, je me focaliserais sur d'autres avatars, que je crains beaucoup plus qu'un "machin" incapable de juger correctement les justiciables provinciaux ou de valider une spéc' informatique de collecte de données.
ah ça yest..ils répondent maintenant ?
Hum... lire "Ca n'est pas une question d'interprétation mais de simple lecture de la loi.", ça m'a fait tout drôle. On dirait des intégristes/fondamentalistes (utilisez le bon terme) qui lit un texte "comme il se doit" (= à sa façon).
Quoi qu'il en soit, même si je ne suis pas rassuré vis à vis de ces lectures strictes de la loi, j'ai quand même hâte qu'on en finisse de ces lois inutiles qui ne font qu'officialiser de petits généraux ayant un petit pouvoir mais surtout une situation confortable.

C'est pas compliqué, il faut être littéral, je ne connais qu'une seule interprétation de "neuf membres" personnellement et c'est différent de 6.
HPL, le 03/01/2012 - 10:42
Hum... lire "Ca n'est pas une question d'interprétation mais de simple lecture de la loi.", ça m'a fait tout drôle. On dirait des intégristes/fondamentalistes (utilisez le bon terme) qui lit un texte "comme il se doit" (= à sa façon).
Quoi qu'il en soit, même si je ne suis pas rassuré vis à vis de ces lectures strictes de la loi, j'ai quand même hâte qu'on en finisse de ces lois inutiles qui ne font qu'officialiser de petits généraux ayant un petit pouvoir mais surtout une situation confortable.

C'est pas compliqué, il faut être littéral, je ne connais qu'une seule interprétation de "neuf membres" personnellement et c'est différent de 6.

Pareil. Surtout qu'après "neuf membres", y a pas marqué "sans ça, l'HADOPI s'effondre".

Que les décisions puissent être attaquées, c'est une évidence, que l'HADOPI soit "morte"...
Moi je pense qu'il faut demander l'avis de Maitre Eolas
C'est vrai qu'on manque de gourous, de leaders, de messies. On est incapables par nous mêmes, il faut une figure forte qui nous montre LA voie.
Neinmann, le 03/01/2012 - 10:44
Pareil. Surtout qu'après "neuf membres", y a pas marqué "sans ça, l'HADOPI s'effondre".

Que les décisions puissent être attaquées, c'est une évidence, que l'HADOPI soit "morte"...

Il n'y a pas marqué qu'elle s'effondre. Il y a juste marqué que l'HADOPI C'EST 9 membres. Pas 6, pas 12, pas 3 ni 8 ou 10. 9 membres, point final.

Si tu n'as pas 9 membres, tu n'as pas d'HADOPI.
Actuellement, il y a 6 membres réunis. Encore 3 et ils seront 9 et pourront former une HADOPI. En attendant, ce qu'ils constituent n'est pas une HADOPI, puisqu'ils ne sont pas 9. Ca semble pourtant évident.

Il faut douze oeufs pour en faire une douzaine. Si tu n'as que 10 oeufs, tu n'en as pas une douzaine. On ne ne te vend pas des douzaines de dix oeufs sous prétexte que 2 sont cassés. Une HADOPI c'est 9 membres. On ne peut pas te vendre une HADOPI de six membres sous prétexte que certains ont terminé leur mandat. POINT.
Non non la loi, toute la loi, rien que la loi: le collège est composé de 9 membres. S'il n'y a pas 9 membres de nommés, point de collège il y a. La loi écrit le chiffre en toutes lettres, il ne peut pas y avoir de mauvaise interprétation foireuse genre "oh le chiffre était inversé sur nos papiers, on a cru que c'était six et pas neuf".

Il n'y pas à discuter de quorum puisque des membres ne sont PAS NOMMÉS. Et la Hadopi confirme qu'un décret de nomination des membres manquants s'est pas perdu sur Legifrance: elle a bel et bien un effectif hors la loi.
Arkados, le 03/01/2012 - 11:07
Non non la loi, toute la loi, rien que la loi: le collège est composé de 9 membres. S'il n'y a pas 9 membres de nommés, point de collège il y a. La loi écrit le chiffre en toutes lettres, il ne peut pas y avoir de mauvaise interprétation foireuse genre "oh le chiffre était inversé sur nos papiers, on a cru que c'était six et pas neuf".

Il n'y pas à discuter de quorum puisque des membres ne sont PAS NOMMÉS. Et la Hadopi confirme qu'un décret de nomination des membres manquants s'est pas perdu sur Legifrance: elle a bel et bien un effectif hors la loi.

oui mais alors pour avoir testé la loi à plusieurs reprises, il n'y a que les andouilles qui respectent à la lettre ce qui est marqué dans les textes....

la loi c'est comme la compta. prenez un bon juriste, un bon avocat et il fera dire n'importe quoi à la loi. surtout que volontairement les textes sont écrit dans un jargon incompréhensible, tordu, ambigu, quand on a pas des lois qui se contredisent allègrement.

bref tout ça pour dire que la loi du code ne sert pas à grand chose en l'état et qu'à part servir de prétexte existentialiste aux grosses tiques de l'assemblée et du sénat ou à favoriser tel monopole ou tel privilège, rien ne justifie son existence.

ps : d'ailleurs quand la loi emmerde les gouvernements, hop, 49-9 et on est pépère. sinon, on peut aussi faire des lois illégales et dire que c'est pour le bien de la nation, et faire passer ça dans un chapeau avec un billet pour les députés...
Si elle peut saigner, on peut la tuer.
Lire la loi autrement est hasardeux pour la démocratie.
Dit en toute humilité par Numerama qui est expert en droit des Hautes Autorités.

J'adore ces articles populistes. Sans jamais se référer à un professionnel du droit, Numerama développe des arguments qui vont toujours dans le même sens (devinez lequel). Il faut bien que Numerama fasse son nombre de pages journalier pour toucher les euros de ces annonceurs.

Est-ce que Numerama peut nous citer le cas d'une autre Haute Autorité qui n'avait pas le nombre de membres requis et qui a cessé de fonctionner ? Est-ce que Numerama peut nous citer le cas d'une autre Haute Autorité qui n'avait pas le nombre de membres requis et qui a continuer à fonctionner ? Est-ce que Numerama peut nous donner l'avis d'un spécialiste ?

Non.

Numerama affirme, Numerama décrète, mais Numerama n'en sait pas plus que vous ou moi. Mais ce n'est pas grave, Numerama agit comme un justicier. Pas comme un juge, mais comme un justicier.
C'est-à-dire un Zorro qui fait croire que SA loi est meilleure que LA loi.

Désolé les gars. Mais moi, je ne sais pas si Hadopi peut ou non continuer. Et jusqu'à ce que j'ai entendu les avis de spécialistes de la question (pour l'instant aucun n'a été sollicité), l'avis de Numerama n'a pas plus d'importance que l'avis de Mme Michu.
Zig et Puce > Je ne conçois pas mon rôle comme celui d'un passe-plat. Si c'est ce que tu cherches, va ailleurs que sur Numerama. Ici, quand on a un avis construit, on l'argumente et on l'expose, on ne se contente pas d'interroger les autres.

Comme je le dis dans l'article, faute de recours judiciaire c'est un problème purement théorique. Il n'y a pas de jurisprudence. On est dans le domaine de la lecture de la loi et de l'applicaiton théorique de principes juridiques. Ce qui, zut alors, est ma formation et mon diplôme.
zig et puce > "Publié par Guillaume Champeau"
Guillaume Champeau > http://fr.linkedin.com/in/champeau (section Formation)
-> licence française de droit, licence-maitrise canadienne de droit privé

Donc:
Numerama n'en sait pas plus que vous ou moi.
-> faux.

EDIT: et zut, grillé par le maitre des lieux :smartass:
C'est bien Arkados. Tu gagnes une boite de pâté. :smartass:

Pas un rôle de passe-plats ? Sérieux, c'est les mêmes actus qu'ailleurs avec une présentation digne de Morandini ! :D

J'aime l'idée d'avoir un avis et de ne pas attendre un spécialiste, mais parfois, un peu de recherche, de temporisation, histoire d'éviter d'être toujours dans la brève à vif où l'idée d'avoir "un avis construit" est surtout l'excuse pour avoir la même info mais avec une opinion très orientée...

Mais je sais, Numérama, on l'aime ou...
Ben partout où j'ai lu cette news, ça citait numerama comme source alors niveau passe-plats ...
@zig et puce et @Neinmann
Article twitté par Maitre Eolas :jap: (https://twitter.com/#!/Maitre_Eolas/status/153834877312188416) , alors ce n'est pas une garantie de fiabilité absolue mais si ce qu'avais dit Numérama était stupide il se serai abstenu non ?

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