L'étude affligeante d'Ernst & Young sur la propriété intellectuelle
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 18 Novembre 2011 à 11h14 -
posté dans Société 2.0
A l'occasion du Forum d'Avignon, qui ouvre ce vendredi, le cabinet Ernst & Young a livré son étude sur la propriété intellectuelle à l'ère du numérique. Un morceau d'anthologie.
Ce vendredi s'ouvre le Forum d'Avignon, où l'Hadopi est persona non grata cette année parmi les intervenants. A cette occasion, les organisateurs ont commandé au cabinet Ernst & Young une étude sur "la propriété intellectuelle à l'ère du numérique", dont le descriptif paraissait prometteur. On y parlait en effet d'une étude "portant sur 16 pays", comme s'il allait s'agir là d'un travail fouillé. En fait, il s'agissait d'un travail fouillis. Reconnaissons d'ailleurs à Ernst & Young une réelle honnêteté. Dès la première page de son étude, le lecteur est averti que "la présente publication comporte des informations succintes" et "ne saurait se substituer à un travail de recherche approndie". C'est le moins que l'on puisse dire. Le résultat de 28 pages seulement (.pdf), mis en ligne par le Forum d'Avignon, est en effet à bien des égards effarant de raccourcis et de dogmatisme pavlovien. Il suffit pour s'en convaincre d'en citer quelques extraits, honteusement reproduits par nos soins en contournant le DRM du fichier PDF qui interdisait les copier-coller (rappelons à Ernst & Young que le code de la propriété intellectuelle dispose en son article L122-5 que "l'auteur ne peut interdire les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'oeuvre à laquelle elles sont incorporées"). Dans une étude qui ne comporte absolument aucun chiffrage économique, le cabinet affirme d'emblée que "toute utilisation non autorisée (d'une oeuvre) entraîne une diminution des recettes que les créateurs de contenus perçoivent en contrepartie de la vente et de la distribution légales de leurs œuvres". Il ajoute, appréciez la formulation, que l'on "ignore le coût économique exact du piratage numérique pour les créateurs de contenus, mais il est suffisamment élevé pour compromettre gravement l’adoption de nouveaux modèles d’affaires numériques dans plusieurs secteurs des Médias et du Divertissement"
Dans un encart sur les motivations de la consommation illégale de contenus sur Internet, et sans aucune explication, Ernst & Young affirme que "les FAI limitent la production et/ou la distribution de contenus légaux, de sorte que ces derniers sont plus difficiles à obtenir". Ils seront ravis de l'apprendre.
A propos de l'ACTA, qu'il décrit comme s'il était déjà entré en vigueur, Ernst & Young estime que "cet accord, sans être parfait, constitue néanmoins un progrès vers la limitation du piratage en ligne", mais que l'on "peut cependant regretter que la Chine, pays confronté au piratage à grande échelle, ne compte pas au nombre des signataires". Rappelons que le Brésil et l'Inde ne font pas non plus partie des signataires, que le sénat du Mexique l'a rejeté, et que même l'Europe n'est pas encore officiellement signataire. Elle pourrait même ne jamais l'être, la compétence juridique de la Commission étant disputée, comme c'est le cas aussi aux Etats-Unis où la conformité de l'ACTA avec la constitution est incertaine.
Pour Ernst & Young, qui écrit aussi ce rapport dans le contexte du Sommet culturel G8/20 organisé en marge du Forum par Frédéric Mitterrand, l'Hadopi est un modèle à suivre. "Malgré le nombre limité d’affaires transmises au parquet (moins de 60), il convient de ne pas sous-estimer l’impact attendu de cette nouvelle réglementation", assure le cabinet, qui voit un "paradoxe" dans le fait qu'une loi qui sert de modèle à d'autres états soit aussi contestée à l'intérieur-même du pays. Rappelons tout de même, là aussi, que pour le moment aucun pays n'a jamais imité l'Hadopi, et que tous ceux qui s'y sont tentés ont reculé ou traînent des pieds.
Saluant les DRM dont elle souhaite la généralisation, l'étude se félicite de l'avènement des services de Cloud computing qui dépossèdent le consommateur du contenu qu'il achète ou qu'il loue. "Le stockage et les services en nuage offrent de nouvelles sources potentielles de revenus et une plus grande flexibilité
en matière de tarification. Par exemple, le détenteur d’un contenu peut proposer de nouvelles options aux consommateurs : paiement pour une seule utilisation, paiement pour cinq utilisations, paiement pour détention et partage du contenu, etc.". Et tant pis pour le code de la propriété intellectuelle que l'on assassine, en ignorant superbement toutes les exceptions au droit d'auteur qui ne sont plus que théoriques, dans un univers où l'exploitation des oeuvres est entièrement contrôlée par l'informatique.
Ernst & Young voit tout de même quelques problèmes au Cloud, dont celui-ci qu'il fallait oser écrire : "les entreprises dans l’incapacité de vendre un même contenu aux consommateurs plusieurs fois (pour différents supports, plateformes) risquent d’accuser des pertes de chiffres d’affaires". Un contenu mis "dans le cloud" pouvant être lu aussi bien sur une tablette tactile qu'une console de jeux ou un ordinateur, les consommateurs n'ont plus besoin d'acheter plusieurs fois la même oeuvre pour la lire sur les différents supports. Diantre.
Enfin, applaudissons la conclusion, brillante :"Les différentes parties prenantes mettent trop souvent l’accent sur de faux débats, tels que la liberté d’expression, l’accès à la culture, ou autres arguments les opposant de manière infondée au respect des droits d’auteur. C’est en privilégiant davantage les partenariats, les accords et l’utilisation des technologies, en faisant en sorte que les droits soient protégés et les opportunités de monétisation exploitées que tous les acteurs de ce nouveau marché numérique pourront tirer leur épingle du jeu".
Une bien belle étude qui restera dans les annales. à lire aussi
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Commentaires à propos de «L'étude affligeante d'Ernst & Young sur la propriété intellectuelle»
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ccomp
le 18/11/2011 à 11:19
Une bien belle étude qui restera dans les annales.
Personnellement, je n'aurais mis qu'un seul "n" à "annales". Mais bon... tout dépend du sens qu'on veut donner...A noter qu'avec le lecteur de document fournit dans la xubuntu (mon lecteur par défaut) leur DRM ne fonctionne pas, c'est vachement efficace leur protection
On est toujours dans la sacro-sainte règle 1 truc copié = 1 truc pas acheté.
C'est un déni même du libre-arbitre humain. Et pourquoi pas 1 truc copié = 10 trucs pas achetés tant qu'on y est ? Pour ma part j'en reste à 1 truc copié ou non = 1 truc pas acheté. db Gourmet, le 18/11/2011 - 11:27
Et pourquoi pas 1 truc copié = 10 trucs pas achetés tant qu'on y est ? les entreprises dans l'incapacité de vendre un même contenu aux consommateurs plusieurs fois (pour différents supports, plateformes) risquent d'accuser des pertes de chiffres d'affaires ccomp, le 18/11/2011 - 11:19 Une bien belle étude qui restera dans les annales.
Personnellement, je n'aurais mis qu'un seul "n" à "annales". Mais bon... tout dépend du sens qu'on veut donner...C'est un peu la destination de ce rapport =) En même temps, ils s'attendaient à quoi en commandant cette étude ?
Ernst & Young c'est un peu le temple du business, du profit à tout prix... Y'a qu'à voir le : "les entreprises dans l'incapacité de vendre un même contenu aux consommateurs plusieurs fois (pour différents supports, plateformes) risquent d'accuser des pertes de chiffres d'affaires" Ah ben oui, c'est sûr, si on a pour optique uniquement de gagner des sous au détriment de tout le reste, ça simplifie le problème. On gagne toujours plus à être un enc*lé qu'à être un mec honnête, je l'ai toujours dit. Bientôt vont nous faire croire que le filtrage est nécéssaire pour que la france ne perde pas son triple A ou son dernier A.
les entreprises dans l'incapacité de vendre un même contenu aux consommateurs plusieurs fois (pour différents supports, plateformes) risquent d'accuser des pertes de chiffres d'affaires
Oui, c'est presque çà, enfin l'inverse ! C'est parce que certaines entreprise essaie de nous refourguer plusieurs fois le même contenu (au prix fort à chaque fois) que le gens finissent par ne plus payer la première copie (légal) Après avoir réussi à nous vendre un album en vinyl, puis le même en CD, puis encore une fois en version numérique avec DRM pour l'écouter sur un pc, il y a des types qui pensent vraiment que les gens sont assez con pour payer X fois le même contenu, juste pour lire ce contenu sur le téléphone, puis la tablette, puis encore un autre téléphone, etc ... ? A l'ère numérique ? La blague. C'est juste encourager le piratage. Ceux qui pensent çà, finiront par crever (économiquement), parce qu'il n'auront pas su s'adapter (en changeant de métier éventuellement) 1) Le PDF entier est rempli de conneries et énormités affligeantes
2) Le PDF en lui-même est très mal réalisé ("protection" du texte, qualité des images pourrie...) 3) Si c'est pour raconter de telles salades et être aussi bien payé, je veux bien faire des PDF qui racontent que tout le monde il va mal et qu'il faut tuer les bébés phoques. J'ai ris très fort. Et il y a des gens qui vont gober ça ?! En même temps, ils s'attendaient à quoi en commandant cette étude ?
Ernst & Young c'est un peu le temple du business, du profit à tout prix... Y'a qu'à voir le : "les entreprises dans l'incapacité de vendre un même contenu aux consommateurs plusieurs fois (pour différents supports, plateformes) risquent d'accuser des pertes de chiffres d'affaires" Ah ben oui, c'est sûr, si on a pour optique uniquement de gagner des sous au détriment de tout le reste, ça simplifie le problème. On gagne toujours plus à être un enc*lé qu'à être un mec honnête, je l'ai toujours dit. En même temps, les "industries culturelles" c'est pas des oeuvres de charité hein, leur but c'est avant tout de gagner du pognon, pas de permettre à des oeuvres (d'art ou pas) de rencontrer leur public ... Surréaliste.
Je vomis sur Ernst & Young et sa petite musique propagandaire. Remarquez, ces pauvres clowns ne font que ce pour quoi on les paie. Son rapport fantaisiste n'a ni pertinence ni intérêt, mais qu'il est drôle de lire "la qualité par principe" en cas de la couverture de ce rapport inepte. Une analyse plus intéressante que celle d'Ernst & Young (pas difficile) :
La rareté contre l'abondance (issu du livre Du bon usage de la piraterie). Il ne faut pas oublie que le forum d'Avignon c'est un peu la conference des grabataires, car l'annee dernieres ils avaient aussi un points de vue abberant, n'hesitez pas a lire le comptes-rendu de l'annee derniere par StreetPress, on y trouve des citations d'intevenant du genre de:
« Comment est-ce qu’on peut faire aussi attractif que le gratuit (…) mais en le faisant payer ? », dixit Alain Sussfeld, le directeur général d’UGC
http://www.streetpre...comme-du-yaourt Osez appliquer son nom et son logo sur un pareil document, ils ont par peur cher Ernst&Young Tout de même, d'après mon imaginaire, Ernst & Young me paraissait être un cabinet sérieux et renommé. J'peux me tromper, mais si ils sont effectivement sérieux comme je l'imaginais, ce rapport nous montre que ce que l'industrie de la culture promeut est indéfendable. Je veux dire par là que ce sujet n'est pas neuf, il y a eu des études de réalisées, il y a eu des chiffres; et si rien de tout ça n'est repris par Ernst & Young, c'est p'tet' que, en fait, rien ne va dans le sens de l'industrie musicale, et que pour quand même être payé le cabinet à du pondre ce truc.
Ou alors ce sont des incompétents grassement payé. C'pas impossible non plus. http://fr.wikipedia.org/wiki/Métayage
http://fr.wikipedia.org/wiki/Servage http://fr.wikipedia....ki/Aristocratie ou la vision du monde selon ernst & very very old men... Gourmet, le 18/11/2011 - 11:27
Et pourquoi pas 1 truc copié = 10 trucs pas achetés tant qu'on y est ? C'est effectivement brillant. Manifestement, c'est vers ça que l'on s'achemine et j'imagine que la rémunération pour copie privée va pouvoir gonfler grâce à cette analyse (avec un seul "n"). L'étape suivante : payer pour dupliquer le contenu que tu produits toi-même (tes sauvegardes, pour être clair), les revenus allant à une société de répartition qui t'en reversera 1%, les 99% restant allant à leurs frais de fonctionnement, salaires, frais de gestion, financements divers sans rapport avec le gloubiboulga. Je pense que l'imagination de ces vampires est sans borne. rom1v, le 18/11/2011 - 11:53 Une analyse plus intéressante que celle d'Ernst & Young (pas difficile) : La rareté contre l'abondance (issu du livre Du bon usage de la piraterie). Je conseille d'ailleurs la lecture de tout le livre et pas seulement de ce passage !
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