Google lourdement condamné en France pour contrefaçon
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 22 Mars 2011 à 11h48 -
posté dans Société 2.0
![]() Dans quatre décisions datées du 14 janvier 2011, la Cour d'appel de Paris a condamné Google à verser 460 000 euros de dommages et intérêts pour contrefaçon de vidéos. Ces arrêts obligent les hébergeurs à bloquer systématiquement les contenus qu'ils ont déjà retirés une première fois, et fait peser sur les éditeurs la responsabilité des vidéos qu'ils diffusent en utilisant les fonctions "embeds" des hébergeurs comme YouTube ou Dailymotion.
Dans un premier temps, la Cour a reconnu que Google Video pouvait en principe bénéficier du statut protecteur de l'hébergeur. En effet, "le rôle exercé par les sociétés Google Inc. et Google France, aussi bien dans leur activité de prestataires de service de stockage de vidéos reçues de tiers que dans leur service de référencement, répond aux exigences de neutralité dégagées par la directive européenne" transposée par la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN). Ce statut n'engage la responsabilité de l'hébergeur que s'il n'a pas "agi promptement" pour retirer ou empêcher l'accès à un contenu illicite, dès lors qu'il a eu connaissance de son caractère illicite. Or Google avait retiré les vidéos dès qu'il a été informé qu'elles violaient des droits, conformément aux prescriptions de la Cour de cassation. Cependant les juges ont suivi les ayants droit en interprétant la loi de manière extensive, pour qu'elle impose un blocage des oeuvres déjà notifiées précédemment. "Il appartient aux sociétés Google Inc. et Google France non seulement de retirer la vidéo signalée des liens qu’elles avaient identifiés, ce qu’elles ont fait promptement le jour même (...), mais également de mettre en œuvre tous les moyens techniques, dont elles ne contestent pas disposer, en vue de rendre l’accès à ce contenu impossible", écrit la Cour d'appel. Elle rejoint ainsi le tribunal de grande instance de Créteil, qui avait suivi le même raisonnement en faveur de l'INA en fin d'année dernière. "Dès lors que le contenu de la vidéo et les droits de propriété intellectuelle y afférents sont identiques, est dénué de pertinence l’argument selon lequel chaque remise en ligne, fût-elle imputable à des utilisateurs différents, constitue un fait nouveau nécessitant une notification distincte". On peut d'ailleurs s'interroger sur la pertinence de cet argument, puisqu'un contenu n'est pas illicite en soit. Il le devient s'il est diffusé sans l'autorisation des ayants droit, mais ça ne devrait pas être à Google de présumer lors de chaque mise en ligne que l'autorisation n'a pas été donnée à l'utilisateur qui demande l'hébergement d'une vidéo. La cour n'a pas d'ailleurs retenu l'argument de Google qui reprochait aux ayants droit concernés de "ne pas coopérer à la mise en place des solutions techniques de prévention des remises en ligne que la société Google Inc. a développées". Toute la charge est mise sur les épaules du service en ligne. Par ailleurs, et c'est peut-être plus grave pour la stratégie de Google, la cour d'appel reproche au service de permettre la recherche de vidéos sur des sites extérieurs comme Dailymotion ou YouTube, et d'afficher directement la vidéo sans renvoyer l'utilisateur vers ces sites. "Ce faisant, les sociétés Google ne proposent pas à l’internaute un accès au contenu mis en ligne par des utilisateurs, dont elles assurent elles-mêmes le stockage, mais mettent en œuvre une fonction active qui, s’ajoutant aux liens hypertextes, leur permet de s’accaparer le contenu stocké sur des sites tiers afin d’en effectuer la représentation directe sur leurs pages à l’intention de leurs propres clients, distincts de ceux des sites tiers qu’ainsi, elles excèdent, dans leur service de référencement, les limites de l’activité d’hébergement", écrit la Cour. Or un tel raisonnement fait peser un risque considérable sur l'ensemble des sites internet et des blogs qui, dans leur activité quotidienne, utilisent les fonctions "embed" des sites de vidéos en ligne. Selon les critères retenus par la cour d'appel, ces sites seraient responsables pénalement des vidéos qu'ils mettent en ligne, même lorsqu'ils n'en assurent pas eux-mêmes l'hébergement. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Google lourdement condamné en France pour contrefaçon»
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VIDEOCLUB
le 22/03/2011 à 11:51
bien, très bien.....
Ce que je comprends pas c'est que Google n'a pas les moyens techniques de réaliser ce blocage. Personne ne l'a. Alors comment un juge peut-il rendre une telle sentence ???
On est dans l'absurde le plus complet. Difficile de dire que le jugement est intelligent tant la portée peut être désastreuse ds bien des domaines... Mais cela va ds la mouvance actuelle qui veut rendre responsables les intermédiaires techniques. Il ne faudra juste pas s'étonner de filtrage et censure à-priori à l'avenir. Tous coupables par défaut... Vivement que de tels jugement soient rendus pour ce qui est de la diffamation par exemple, au moins certains trolleurs ne trouveront plus de forums pour se défouler et peut-être comprendront-ils le souci...
Marco46, le 22/03/2011 - 12:09 On est dans l'absurde le plus complet.Encore un pas vers le filtrage systématique et généralisé de l'Internet, et tous les problèmes que cela ne manquera pas de poser dans une République comme la nôtre.
C'est quand-même dingue ça, en droit commun, il faut prendre sur soi pour faire respecter ses droits bafoués avec récidive et aller en contentieux même si l'on en pas les moyens, alors pourquoi pas les ayants-droits de l'industrie culturelle (qui en plus font peser le coût et la responsabilité sur des tiers avec un tel jugement) ? Encore des vieux croutons qui ne comprennent rien aux limites techniques...
Google peut toujours garder une clé de hachage des fichiers déja enlevés, mais que se passe-t-il si la vidéo est re-postée, mais légèrement modifiée, par l'incrustation de sous-titres par exemple, ce qui rendra la vérification par hachage non-fonctionnelle ? Marco46, le 22/03/2011 - 12:09 Ce que je comprends pas c'est que Google n'a pas les moyens techniques de réaliser ce blocage. Personne ne l'a. Alors comment un juge peut-il rendre une telle sentence ??? On est dans l'absurde le plus complet. Zangoo, le 22/03/2011 - 12:12 Marco46, le 22/03/2011 - 12:09 On est dans l'absurde le plus complet.MrPatator, le 22/03/2011 - 12:13 Encore des vieux croutons qui ne comprennent rien aux limites techniques... Google peut toujours garder une clé de hachage des fichiers déja enlevés, lais que se passe-t-il si la vidéo est re-postée, mais légèrement modifiée, par l'incrustation de sous-titres par exemple, ce qui rendra la vérification par hachage non-fonctionnelle ? VIDEOCLUB, le 22/03/2011 - 12:17
MrPatator, le 22/03/2011 - 12:13 Encore des vieux croutons qui ne comprennent rien aux limites techniques... Google peut toujours garder une clé de hachage des fichiers déja enlevés, lais que se passe-t-il si la vidéo est re-postée, mais légèrement modifiée, par l'incrustation de sous-titres par exemple, ce qui rendra la vérification par hachage non-fonctionnelle ? OK. C'est vrai que si ce genre de procédé est capable de déceler les vidéos identiques, c'est tout de même bien bête de ne pas l'avoir mis en place. Celà dit, les internautes qui postent des vidéos de leur cru (montages, court métrages, vidéo fun etc...) devraient aussi pouvoir poursuivre toutes ces chaines de TV qui repompent allègrement leur vidéo sur YT pour les utiliser dans des émissions de TV: c'est de plus en plus courant ce phénomène... AfricaKorps, le 22/03/2011 - 12:22
Exact, avec des moyens suffisants on peut éradiquer le vol sur internet. Contrefaçon, pas vol, contrefaçon. Le Droit est pourtant clair là dessus : le vol correspond à une soustraction frauduleuse de chose, la contrefaçon à une atteinte aux droits des "ayants-droits" (je n'ose plus dire "auteurs", cela ne se justifie plus). C'est donc différent, mais rassurez-vous, c'est aussi illégal. AfricaKorps, le 22/03/2011 - 12:23
Le fait de protéger la propriété intellectuelle de quelqu'un est tout sauf de la censure... En théorie, oui, mais en pratique, permettez-moi d'en douter. Du coup, ca pose un probleme juridique : Es ce qu'un site qui fait une iframe est juridiquement responsable du contenu present dans la frame ?
J'ai tendance a raisonner du point de vue technique : Le site propose un lien au format iframe sous la forme et c'est le navigateur qui l'interprete et affiche le contenu de ce site dans ma page. Mais si j'en croit ses juges, fi de la technique, je suis juridiquement responsable de ce qui n'est pourtant qu'une interprétation graphique du navigateur. C'est une question potentiellement très lourde de conséquence et qui dépasse largement le cadre de la lutte contre la contrefaçon. Baltyre, le 22/03/2011 - 12:36 Du coup, ca pose un probleme juridique : Es ce qu'un site qui fait une iframe est juridiquement responsable du contenu present dans la frame ? Effectivement c'est problème très grave dans ce cas la... et il faut absolument que les ayants droits arretent d'attaquer un milieu qu'il de comprenne manifestement pas du tout. Mais bon pour eux tous les coups sont bons, aucune honte, aucun pragmatisme, rien, juste leur fric, leurs putes et leur "oeuvres"... Finallemment c'est une mafia. Or un tel raisonnement fait peser un risque considérable sur l'ensemble des sites internet et des blogs qui, dans leur activité quotidienne, utilisent les fonctions "embed" des sites de vidéos en ligne. Selon les critères retenus par la cour d'appel, ces sites seraient responsables pénalement des vidéos qu'ils mettent en ligne, même lorsqu'ils n'en assurent pas eux-mêmes l'hébergement.
Quelqu'un peut m'expliquer en quoi c'est choquant : le bloggueur met une vidéo en ligne sur YouTube ou autre, vidéo qui (à tort ou à raison) semble ne pas respecter, puis la met en "embed" sur son blog, et on s'inquiète qu'il puisse être attaqué au pénal ? Ce n'est pas un troll : soit je ne comprends pas bien le sens du paragraphe, soit ça me parait pourtant normal ! Il n'a pas de contrôle sur la video, et rien ne garantie qu'entre le moment ou il l'a mise en ligne et le moment ou l'infraction a eut lieu, celle ci a été modifié sans son accord.
Petit exemple extreme : Imagine que je crée et poste une video suffisament intéressante sur l'elevage des pinguins en centre-afrique qui sera reprise en embed par de nombreux sites et des milliers de page facebook. (Tout le monde aime les pinguins) Une fois cela fait, je patiente un mois et je modifie les annotations de ma video en inscrivant : "Baltyre, tu es un gros connard arrogant !". Es ce que les sites qui ont inclus ma video sont coupable de diffamation ? Et puis je les attaquer ? VIDEOCLUB, le 22/03/2011 - 12:14 Marco46, le 22/03/2011 - 12:09 Ce que je comprends pas c'est que Google n'a pas les moyens techniques de réaliser ce blocage. Personne ne l'a. Alors comment un juge peut-il rendre une telle sentence ??? On est dans l'absurde le plus complet. Non, et je suis dév. Ce qui est demandé tient du doux fantasmes tant il y a de méthodes pour contourner. Surtout quand les plaignants se permettent en prime de ne pas coopérer (de leur part, c'est juste une méthode pour tirer du pognon). Le comble est atteint avec la deuxième décision absurde sur le moteur de recherche. Vu les décisions qui s'alignent dans le genre, autant interdire les moteurs de recherches dans leur ensemble. @Baltyre : merci de ta réponse, je saisis maintenant le problème. Effectivement, les effets de bord de ce raisonnement peuvent être dramatiques.
VIDEOCLUB, le 22/03/2011 - 12:14 Marco46, le 22/03/2011 - 12:09 Ce que je comprends pas c'est que Google n'a pas les moyens techniques de réaliser ce blocage. Personne ne l'a. Alors comment un juge peut-il rendre une telle sentence ??? On est dans l'absurde le plus complet. Et hop, un petit pas de plus vers la décentralisation totale, vers l'abandon de leur système qui veut concentrer pour maîtriser et en retirer des revenus, un peu comme les vidéo-clubs et leurs ' découpages ' territoriaux... Le seul problème, c'est que au final, ils seront aveugles, sourds et ne comprendront même pas ce qui va leur arriver, notez que déjà maintenant, ils sont incapables de comprendre que ce qu'ils font va les mener à leur perte, alors... Dans l'immédiat, google va devoir retirer d'emblée tout contenu ' détecté ' sans autre forme de procès, ce qui va naturellement mener les ' clients ' vers d'autre choix et les inciter à comprendre ce que ces ' fournisseurs ' font réellement... Qu'ils continuent... Quand tout sera définitivement crypté et totalement décentralisé, qu'il leur faudra toute la puissance de calcul de google pour ' tenter ' de décrypter les échanges, ils comprendront, mais trop tard et seront définitivement impuissants... Je me délecterai de ce moment et je crois même qu'il serait intéressant de les ' guider ' pour accélérer en direction du mur. C'est complètement hallucinant...
Petit scénario : 1) je crée un petit film super sympa avec mes potes (on est donc les auteurs et ayant droits) et je le diffuse à des gens en leur interdisant de le mettre sur internet. 2) les personnes possédant une copie du film le mette sur youtube (par exemple) 3) je fais retirer le contenu de youtube en mettant en avant mes droits afin de pouvoir la poster sur mon compte (j'aime bien avoir beaucoup de vues sur mes vidéos) 4) je veux poster la vidéo avec mon compte => Problème, je ne peux pas !!! Cette vidéo est illégale !!! A bon ? C'est moi qui l'ai faite !!!! Bref, tout ça pour dire qu'une vidéo (sauf exception), n'est pas illégale en soi. C'est le fait de la diffuser SANS les droits qui est illégal... Question: en quoi google peut juger de savoir si j'ai les droits ou pas pour la diffuser ? C'est vraiment n'importe quoi... (sans parler du reste qui est soulevé dans les commentaires précédents : possibilité technique, balise , ...).
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