LOPPSI : Le filtrage sans juge validé par le Conseil Constitutionnel

Guillaume Champeau - publié le Vendredi 11 Mars 2011 à 08h07 - posté dans Société 2.0

Avec une argumentation qui relève du minimum syndical, le Conseil constitutionnel a validé jeudi l'article 4 de la loi Loppsi, qui prévoit le blocage obligatoire et sans délai des sites pédopornographiques dont la liste sera fournie aux FAI par l'administration. Mais dans son propre commentaire de sa décision, le Conseil prévient qu'il n'est pas question d'étendre le dispositif à tous les domaines du droit.

Le gouvernement et la majorité parlementaire auront eu raison de s'obstiner et de revenir à la première version du projet de loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi). Défiant les pronostics, les sages du Conseil constitutionnel ont validé jeudi soir l'article 4 du projet de loi, qui prévoit l'obligation pour les fournisseurs d'accès à Internet de bloquer "sans délai" l'accès aux sites à caractère pédopornographique dont la liste leur sera communiquée par l'administration policière, sans contrôle du juge.

C'est une surprise car comme nous l'avions rappelé dans un précédent article sur la saisine du Conseil constitutionnel, les sages n'avaient accepté le principe d'un filtrage dans la loi Hadopi que dans la mesure où "la "juridiction saisie" ne prononce "que les mesures strictement nécessaires à la préservation des droits en cause". Or il n'y avait dans l'article 4 soumis au Conseil ni l'intervention d'une juridiction, ni contrôle de la proportionnalité du filtrage, qui est une obligation de résultat et non de moyens. "Sauf à ce que le Conseil constitutionnel juge que la lutte contre la pédopornographie justifie toutes les atteintes aux autres droits fondamentaux, le texte devrait en toute logique être censuré", avions nous écrit. Or c'est ce qui s'est passé.

Pour justifier sa décision, le Conseil affirme que "ces dispositions assurent une conciliation qui n'est pas disproportionnée entre l'objectif de valeur constitutionnelle de sauvegarde de l'ordre public et la liberté de communication garantie par l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789". Il reprend la dialectique du gouvernement en écrivant que la possibilité pour l'administration d'exiger le blocage d'un site existe "pour la protection des utilisateurs d'internet", et non contre eux, et rappelle que le blocage n'est possible que "dans la mesure où (les sites bloqués) diffusent des images de pornographie infantile". Les sages réfutent également l'absence de contrôle judiciaire puisque "la décision de l'autorité administrative est susceptible d'être contestée à tout moment et par toute personne intéressée devant la juridiction compétente, le cas échéant en référé". C'est-à-dire que le Conseil constitutionnel se contente d'un contrôle a posteriori sur saisine, et ignore (ou fait semblant d'ignorer) que les sites impactés injustement peuvent ne pas le savoir, ou être situés à l'étranger où le recours au juge administratif se fera plus difficilement. La question de la réparation des surblocages posera inévitablement problème.

Assez logiquement, le Conseil n'a pas voulu s'intéresser à l'inefficacité technique du filtrage, puisque ça n'est son rôle d'apprécier la pertinence des choix du législateur. Il a aussi noté que le blocage des sites donnerait lieu à indemnisation des FAI par l'Etat, ce qui est conforme à sa jurisprudence.

Ainsi le filtrage en tant que mesure obligatoire imposée par l'administration, sans vérification préalable du caractère illicite des sites à bloquer, fait son entrée dans le droit français. La crainte, désormais, est de voir la brèche exploitée par le législateur pour étendre le filtrage sans juge à d'autres domaines que la lutte contre la pédopornographie. Sur ce point, le commentaire aux Cahiers (.pdf) du Conseil constitutionnel est un peu rassurant, même s'il ne constitue absolument pas une garantie. Il prévient en effet qu'avec cette mesure de filtrage "il s'agit de lutter contre l’exploitation sexuelle des mineurs, ce qui peut justifier des mesures que la préservation de la propriété intellectuelle ne peut fonder". Un projet de loi qui étendrait le filtrage au blocage de sites pirates serait donc a priori rejeté. D'autres domaines pourraient en revanche être acceptés, notamment ceux qui touchent à la santé publique.

Publié par Guillaume Champeau, le 11 Mars 2011 à 08h07
 
 
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Commentaires à propos de «LOPPSI : Le filtrage sans juge validé par le Conseil Constitutionnel»
 

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Normal venant des vieux.
Mettez vos sites à l'étranger et préparez vos proxys :biggrinthumb:
" la disposition proposée présente une portée beaucoup plus restreinte puisqu'elle tend non à interdire l'accès à internet mais à empêcher l'accès à un site déterminé en raison de son caractère illicite "

Mais c'est faux !

Ils considèrent que LOPPSI ne met en place qu'un blocage d'un ou plusieurs sites, là où l'HADOPI demandait la coupure complète de l'accès. Ainsi, le filtrage serait bien moins important. Mais il faut bien voir que la restriction de la liberté d'expression et de communication concerne la personne à qui cette restriction s'applique (c'est évident, mais apparemment il est nécessaire de l'expliciter) : lorsqu'un site est bloqué, c'est la liberté d'expression de celui qui s'exprime sur le site qui est restreinte, pas celle des " lecteurs ". Ainsi, si Mediapart.fr (au hasard) se trouve bloqué, certes pour les internautes ce n'est qu'un seul site inaccessible, mais pour les auteurs de Mediapart c'est une restriction de leur liberté d'expression. Cette restriction doit donc être décidée par un juge.

Avec la même logique fallacieuse, on parvient d'ailleurs à démontrer exactement le contraire : la coupure d'accès de l'HADOPI est beaucoup moins importante que le blocage d'un site par la LOPPSI. En effet, pour les auteurs de Mediapart, la coupure d'accès d'un internaute n'est pas une atteinte à leur liberté d'expression, puisque seul un internaute ne parviendra pas à accéder à leur site. Par contre le blocage de leur site est un blocage complet, qui empêchera à l'ensemble des internautes d'y accéder.
Oh tu sais, suffit que quelqu'un de mal intentionné place sur un serveur des photos sensibles, fasse une dénonciation anonyme, et le site sera fermé.

Et ça marche contre un opposant politique ou un journaliste, à des blogs, etc... Si on vole déjà des PC à des journalistes, je vois pas ce qui va arrêter certains à museler des sites.
Qu'il y ait un juge ou pas, cacher maladroitement des sites pédopornographiques au lieu de lutter contre ça, c'est totalement irresponsable ! :thumbsdown:

Il faut retirer les contenus à la source et trouver les auteurs. Là ils vont faire tout le contraire: rien pour les victimes, et protéger/cacher les activités de pédopornographes.

Le problème vient des complices, c'est à dire les députés et sénateurs de la majorité qui ont voté pour ce texte. C'est eux qu'il faut blâmer.

Donc non seulement maintenant ils ont un outil de censure qu'il vont pouvoir utiliser pour n'importe quel site (même légal), non seulement il y aura des problèmes de surblocages et des contournements faciles à mettre en oeuvre pour les pédophiles, mais en plus ils mettent fin à la lutte contre les pédopornographes. Il suffit de voir à quelle vitesse se réduisent les effectifs dans la police et la gendarmerie, et constater les efforts de la France pour diminuer la coopération internationale dans ce domaine.

http://fr.readwritew...siness-analyse/
L-observateur, le 11/03/2011 - 08:42
Oh tu sais, suffit que quelqu'un de mal intentionné place sur un serveur des photos sensibles, fasse une dénonciation anonyme, et le site sera fermé.

Bon ben les élections approchant à grand pas, ça risque d'être une technique pour certains partis, tout bord confondu bien entendu...

Pour les photos sensibles, je pense que Frédéric Mittérand pourra arranger cela :p
J'aime beaucoup le raisonnement du Conseil Constitutionnel qui raisonne de manière complètement archaïque vis à vis d'Internet : puisque la la loi LOPPSI consiste à bloquer les contenus pédopornographiques présents sur le territoire français où ailleurs, elle remplit son objectif de maintien de l'ordre public (sous-entendu, sur le territoire national).

Quel triste raisonnement, inapplicable à un système comme Internet qui n'obéit pas une logique géographique. La meilleur défense c'est l'attaque, et de telles mesures pour faire cesser ce type d'infraction existent depuis longtemps (avec un recours au juge pour le coup).

Il faut s'attendre, avec de tels outils, à des abus politiques considérables : images pédos déposées sur des sites d'information un peu trop bruyant (reprenons l'exemple de MediaPart, là aussi par hasard) ou de contenus copyrightés. La fin justifie les moyens comme on dit...
Comme la liste de ce que bloque l'administration est tenue secrète, et qu'il n'y a strictement aucun contrôle démocratique sur ce sujet, les employés des FAI ont désormais un nouveau devoir de citoyen: dénoncer l'administration si elle leur demande de bloquer des sites parfaitement légaux ou s'ils constatent qu'un site est victime d'un surblocage.

Ce n'est pas pour rien qu'il existe WikiLeaks, et que MediaPart vient de lancer FrenchLeaks.
sauf que comme c'est sans contrôle d'un juge, rien n'empêche dans les faits à l'Etat de bloquer un site web qui ne lui plait pas quitte à dire "désolé pour les enfants tout ça..." plusieurs mois après quand le site sera débloqué par un juge qui aura constaté qui rien n'est illégal sur le site ou que le blocage est sans rapport avec la pédophilie...
...le Conseil prévient qu'il n'est pas question d'étendre le dispositif à tous les domaines du droit.
AH! AH! AH! AH! AH! AH!(rire nerveux)
Il est claire qu'il faudra s'attendre à ce genre de situation, et il y aura des dérives.

De cette manière, le gouvernement pourra faire tomber n'importe qu'elle site internet gênant, en y intègrent une photo, et le tour sera joué.
Le ver est dans le fruit.

Et Sarko est toujours président, ceci expliquant cela.
Il faut s'attendre, avec de tels outils, à des abus politiques considérables : images pédos déposées sur des sites d'information un peu trop bruyant (reprenons l'exemple de MediaPart, là aussi par hasard) ou de contenus copyrightés. La fin justifie les moyens comme on dit...

Eho, revenez sur Terre les gars :
Mais pourquoi "ils" n'ont pas fait ça plus tôt ? Foutre des photos sur les serveurs de Mediapart, puis perquisitionner, foutre tout le monde en garde à vue, saisir les serveurs, les postes de travail, ... Ils n'ont pas besoin de cette loi pour faire ce genre de manipulation.

Tu penses vraiment que si "ils" veulent fermer Mediapart, ils vont se contenter d'une simple fermeture administrative que le premier juge en référé lèvera l'après-midi même ?

Arrêtez vos délires : si un gouvernement veut fermer un site suite à une entourloupe, il a déjà tout ce qu'il faut à sa disposition. Et des moyens beaucoup plus puissants.
on l'a joué fine, pas un mot plus haut que l'autre et c'est passé comme une lettre à la poste, on aurait du faire la même chose pour la hadopi
c'est une grande victoire pour l'internet civilsé, apparemment sur un site de streaming bien connu qui ne met pas de servce de filtrage il ya des vidéos très choquantes où de jeunes adolecentes sont mis en scéne, je demande le blocage immédiat de ce site MDR
j'espère que ça va bloquer à plein bordel!!!!!!
Ce n'est pas pour rien qu'il existe WikiLeaks, et que MediaPart vient de lancer FrenchLeaks.

Si, c'est pour rien : je viens d'appeler la police pour signaler des photos illicites sur ce site qui doit être immédiatement bloqué car extrêmement dangereux ... pour la droite bien entendu !

Faut-il en rire ou en pleurer, je vous laisse juger ...
VIDEOCLUB, le 11/03/2011 - 10:24
j'espère que ça va bloquer à plein bordel!!!!!!

Avec toi qui debloque à plein ca fera une moyenne ^^
Vraiment ? Pourtant je suis sûr que même si je trouve et signale une image pédopornographique sur le site de l'UMP, de TF1 ou d'un des nombreux "amis" du pouvoir, il n'y aura aucun filtrage...

Historiquement, les dangereux et tristes connards qui font passer des lois liberticides ont tendance à finir pendus ou la tête au bout d'une pique... J'en connais que ça devrait faire réfléchir...
Waylandes, le 11/03/2011 - 10:37
Y vont faire quoi contre ça?
http://www.korben.in...
:D

Avant ça, il y avait déjà la stéganographie, et surement plein d'autres techniques.

Ce qui est plus ennuyeux, c'est que qq'un qui a qqch à cacher et qui est un peu patient et studieux peut trouver tout ce qui lui faut sur le Net pour agir discrètement à la vue de tous.

Et plus on va chercher à rendre invisible les méfaits de ces types-là (plutôt que d'enquêter et de les chopper), plus ils vont aller vers ces outils et être chaque jour plus difficiles à tracer. Même chose qu'avec l'Hadopi qui contribue à démocratiser VPN et autres cryptages avancés.

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