L'ignorance du droit d'auteur est-elle une excuse pour pirater ? Pas de décision

Guillaume Champeau - publié le Mardi 30 Novembre 2010 à 11h07 - posté dans Peer-to-Peer

La non-décision est frustrante. Les juges de la Cour Suprême des Etats-Unis ont refusé lundi de s'intéresser au cas d'une P2Piste qui avait expliqué qu'elle ne pouvait pas être coupable de contrefaçon si rien ne lui permettait de savoir que les chansons qu'elle téléchargeait étaient protégées par le droit d'auteur, et que le service utilisé n'était pas légal.

La Cour Suprême a refusé lundi d'étudier le cas de Whitney Harper, qui avait exercé cet été un recours devant la plus haute juridiction américaine après qu'une cour d'appel l'a condamné à payer 750 dollars par chanson téléchargée illégalement sur les réseaux P2P. Elle espérait que les juges acceptent d'entendre son argument selon lequel nul ne peut être accusé d'avoir violé des droits d'auteur s'il ne savait pas que l'oeuvre copiée était protégée.

En France, la question ne ferait pas débat. Les oeuvres sont protégées dès leur création, et la contrefaçon est constituée par la seule matérialité des faits, sans que l'intention frauduleuse du contrefacteur soit prise en compte par les juges. Mais aux Etats-Unis, la situation est plus ambigüe. L'article §402 du Copyright Act oblige en effet les éditeurs à imprimer sur les pochettes ou sur les disques eux-mêmes une note qui précise le nom de la maison de disques qui possède les droits, et l'année de la première publication. Il précise qu'en présence d'une telle note, les contrefacteurs ne peuvent pas prétendre qu'ils ne savaient pas que l'oeuvre était protégée, pour se dédouaner. A contrario, il faut comprendre que l'absence de la note ouvre une voie de défense.

En première instance, Whitney Harper avait convaincu le tribunal d'appliquer cette disposition au téléchargement, ce qui lui a permis de réduire sa peine à 200 dollars par chanson, alors que le Copyright Act imposait 750 dollars. Mais la cour d'appel a renversé le jugement, en estimant que l'article de loi n'obligeait à inscrire une note de droits d'auteur que sur les supports physiques des disques, pas sur les MP3. Elle a donc condamné la P2Piste à verser 27 750 dollars de dommages et intérêt, pour 37 chansons.

Comme elle en a le pouvoir, la Cour Suprême a refusé de traiter l'affaire, qu'elle n'a pas jugée suffisamment digne d'intérêt. L'un des juges a cependant émis une opinion inverse, en expliquant que la question de savoir si le contrefacteur pouvait être conscient de l'illégalité de son acte se reposera nécessairement devant les Cours d'appel, et que la Cour Suprême sera forcément amenée à terme à se prononcer.

Dans l'attente, le jugement de seconde instance est confirmé, et Harper devra payer ses 750 dollars par fichier MP3 partagé illégalement.

Publié par Guillaume Champeau, le 30 Novembre 2010 à 11h07
 
 
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Commentaires à propos de «L'ignorance du droit d'auteur est-elle une excuse pour pirater ? Pas de décision»
 
Encore un article bien embrouillé parce qu'on se refuse à considérer qu'en l'occurrence il est question de droit de réaliser des copies et non de droit d'auteur. C'est pourtant une bonne illustration de la différence entre les deux principes de protection des œuvres. On pourrait signaler qu'elles ne sont protégées en régime de copyright qu'une fois qu'elles ont été éditées, et que les droits appartiennent à la maison de disque — impossible en France où une personne morale ne peut être titulaire de droit d'auteur —, d'où l'obligation de signalement sur les pochettes du nom de la maison de disque détentrice des droits. En droit d'auteur les titres sont signés, auteur(s), compositeur(s), arrangeur(s) et c'est obligatoire au nom du droit moral.
ah je connais cette demoiselle, bonjour et bienvenue
Le probléme amha c'est réaliser une copie d'une copie, pas la copie de l'original protégé par le droit d'auteur...
Gaffiste, le 30/11/2010 - 13:00
Le probléme amha c'est réaliser une copie d'une copie, pas la copie de l'original protégé par le droit d'auteur...

Le problème ici n'est-il pas d'avoir publié 37 chansons contrefaites ? Une copie d'une copie est parfaitement légale: exemple vous enregistrez la radio FM sur une cassette audio, ou vous enregistrez d'un site Deezer-like sur un fichier. Je crois que ce qui lui est reproché n'est pas le téléchargement, mais la publication. En téléchargeant sur du P2P, en général ce n'est pas seulement du téléchargement mais aussi de l'upload.
@Makhno: Vous faîtes, je pense, une confusion entre les deux composantes du droit d'auteur (français) : le droit moral et les droits patrimoniaux. Quand on parle de "droit d'auteur" dans le débat sur le piratage etc., on fait en général référence aux droits patrimoniaux.

Pour plus de détails : http://www.maitre-eo...r-pour-les-nuls

@MdMax: Enregistrer une chanson à la radio est légal en France car c'est couvert par l'exception de copie privée (la même qui nous fait payer des taxes absurdes sur tous les supports de stockage ou presque). J'ignore s'il en est de même aux US. Mais télécharger une chanson, même sans rien uploader en retour, reste un délit de contrefaçon.
Pour Deezer, ce n'est qu'une conjecture mais je pense que vu que tout est fait pour empêcher l'enregistrement permanent de chansons, ça doit être assimilable à des DRM et du coup couvert par la loi DADVSI.
Gaffiste, le 30/11/2010 - 13:00
Le probléme amha c'est réaliser une copie d'une copie, pas la copie de l'original protégé par le droit d'auteur...
C'est surtout que rien ne te permet de savoir si tel fichier (tel "hash" en fait) est une oeuvre protégée, avant de l'avoir téléchargé.

Et ce n'est pas qu'une hypothèse en l'air ou contournement facile de la loi: si tu crois télécharger le dernier film sorti et que tu tombes sur un fake, les ayants droits du dernier film sorti n'ont rien à te reprocher.

Et avant d'avoir téléchargé, comment tu peux savoir que c'est le dernier film sorti ou un fake?
En téléchargeant sur du P2P, en général ce n'est pas seulement du téléchargement mais aussi de l'upload

On tourne toujours autour du même débat. Même s'il est toléré (bien que pas toujours légal) de faire des copies d'une chanson pour la famille et les amis, mettre à la disposition une copie pour un milliard d'internautes, ce n'est plus vraiment le "cercle familial".

si tu crois télécharger le dernier film sorti et que tu tombes sur un fake, les ayants droits du dernier film sorti n'ont rien à te reprocher.
Si tu veux télécharger le dernier film sorti, tu te places déjà dans l'illégalité. Peu importe ce que tu télécharges, ton intention était bien de télécharger une oeuvre de manière illicite.
Alors que les ayant-droit te poursuivent ou pas, cela a peu d'importance. Mais au départ, ton intention était quand même de faire quelque chose d'illégal.

On a l'impression, en vous lisant, que vous avez l'impression que la justice est rendue par des robots : dans ce cas, il n'y aurait ni besoin d'avocat, ni besoin de juge.
C'est justement parce que chaque cas est particulier que le système judiciaire existe.
Et un tel sera acquitté ou aura une peine minime parce qu'il aura montré sa bonne foi.
Tandis que pour les mêmes faits, un autre sera lourdement condamné.

Et les juges n'aiment pas être pris pour des cons. Tu verras quand tu iras expliquer au juge "vous comprenez, je ne pouvais pas savoir que Red avec Bruce Willis et Morgan Freeman était une oeuvre protégée. Il fallait que je télécharge complètement le fichier. Comment ? Oui, M'sieur le juge, c'est un hasard complet si j'ai tapé Red, Willis, Freeman dans megaupload."
curieux42, le 30/11/2010 - 14:30
@MdMax: Enregistrer une chanson à la radio est légal en France car c'est couvert par l'exception de copie privée (la même qui nous fait payer des taxes absurdes sur tous les supports de stockage ou presque). J'ignore s'il en est de même aux US. Mais télécharger une chanson, même sans rien uploader en retour, reste un délit de contrefaçon.
Pour Deezer, ce n'est qu'une conjecture mais je pense que vu que tout est fait pour empêcher l'enregistrement permanent de chansons, ça doit être assimilable à des DRM et du coup couvert par la loi DADVSI.

La sortie son ou la table de mixage d'une carte son d'un ordinateur ne contient pas de DRM. Vous pouvez donc enregistrer Deezer sans avoir à contourner la moindre mesure de protection.

Catherine Kerr-Vignale, membre du directoire de la SACEM, a indiqué que l'on peut enregistrer Deezer comme on peut déjà le faire avec une radio classique, les ayants droit étant rémunérés pour cela grâce à la rémunération pour copie privée perçue sur les supports de stockage.

Source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Deezer

Rien n'est fait pour empêcher l'enregistrement sur Deezer. Il existe même des logiciels spécialisés pour ça.

Mais j'ai une question... pour le seul fait de télécharger (sans uploader ou "partager"), existe-t-il un exemple de condamnation en France ou aux USA ?
opposant, le 30/11/2010 - 15:45
On a l'impression, en vous lisant, que vous avez l'impression que la justice est rendue par des robots : dans ce cas, il n'y aurait ni besoin d'avocat, ni besoin de juge.
C'est justement parce que chaque cas est particulier que le système judiciaire existe.
Et un tel sera acquitté ou aura une peine minime parce qu'il aura montré sa bonne foi.
Tandis que pour les mêmes faits, un autre sera lourdement condamné.

Et les juges n'aiment pas être pris pour des cons. Tu verras quand tu iras expliquer au juge "vous comprenez, je ne pouvais pas savoir que Red avec Bruce Willis et Morgan Freeman était une oeuvre protégée. Il fallait que je télécharge complètement le fichier. Comment ? Oui, M'sieur le juge, c'est un hasard complet si j'ai tapé Red, Willis, Freeman dans megaupload."

Et si je cherche "open office" et qu'on me fourgue un Ms Office cracké sous un nom ambigu, il dit quoi le juge?
MdMax, le 30/11/2010 - 15:58
La sortie son ou la table de mixage d'une carte son d'un ordinateur ne contient pas de DRM. Vous pouvez donc enregistrer Deezer sans avoir à contourner la moindre mesure de protection.
Certes. Du moins jusqu'à ce que la bonne vieille prise jack disparaisse et que tout soit protégé par HDCP ou autre, mais ça nous laisse quelques années ;)

Mais j'ai une question... pour le seul fait de télécharger (sans uploader ou "partager"), existe-t-il un exemple de condamnation en France ou aux USA ?
Je n'ai aucun exemple à citer, mais je suis certain que ce n'est pas le fait d'uploader qui constitue l'infraction (par contre il me semble que ça a été considéré comme circonstance aggravante dans certaines affaires aux US).

En pratique, vu qu'il est techniquement très difficile pour les ayant-droits de repérer les utilisateurs de services de DDL, la question risque de rester sans réponse un certain temps.

Grand_grunt, le 30/11/2010 - 16:49
Et si je cherche "open office" et qu'on me fourgue un Ms Office cracké sous un nom ambigu, il dit quoi le juge?
Ce que opposant a justement cherché à vous expliquer, c'est qu'on ne peut pas répondre à ce genre de questions à l'avance.

Si vraiment vous voulez une réponse, je vous dirais que les ayant-droits ne surveillent pas les fakes. Ils ont déjà largement assez de "clients" avec les fichiers correctement nommés, pourquoi iraient-ils s'embêter avec des cas où le téléchargeur peut potentiellement prouver sa bonne foi ?
Le titre est moyen.
Le soucis là porte sur le fait de savoir ou non que telle oeuvre est protégée alors que telle autre ne l'est pas.
Plus que d'être au courant ou non de la loi (ce qui est déjà défini, nul n'est censé .. blablabla)
opposant, le 30/11/2010 - 15:45
On tourne toujours autour du même débat. Même s'il est toléré (bien que pas toujours légal) de faire des copies d'une chanson pour la famille et les amis, mettre à la disposition une copie pour un milliard d'internautes, ce n'est plus vraiment le "cercle familial".
Sauf si nous descendons effectivement tous d'Adam et Eve ;)
Ce qui est vrai c'est que nous descendons tous d'adam et Eve
Et si je cherche "open office" et qu'on me fourgue un Ms Office cracké sous un nom ambigu, il dit quoi le juge?
Imagine que sur un parking, tu rentres par erreur dans une voiture que tu croies être la tienne. Et que le temps de réaction passé, tu en descendes.
Tu crois qu'un juge va te condamner pour tentative de vol ?

Relis ce que j'ai écrit plus haut : les juges ne sont pas des robots.
Et je n'ai jamais encore entendu parler d'un mec inculpé pour avoir téléchargé UN fichier.
Par contre, si tu essayes d'expliquer au juge que tu as installé MS-Office en croyant télécharger OpenOffice, que tu as installé Photoshop en croyant télécharger TheGimp, que tu as installé Autocad en croyant télécharger Inkscape, ne sois pas surpris s'il ne te croit pas.
curieux42, le 30/11/2010 - 14:30
@Makhno: Vous faîtes, je pense, une confusion entre les deux composantes du droit d'auteur (français) : le droit moral et les droits patrimoniaux. Quand on parle de "droit d'auteur" dans le débat sur le piratage etc., on fait en général référence aux droits patrimoniaux.

Pour plus de détails : http://www.maitre-eo...r-pour-les-nuls

@MdMax: Enregistrer une chanson à la radio est légal en France car c'est couvert par l'exception de copie privée (la même qui nous fait payer des taxes absurdes sur tous les supports de stockage ou presque). J'ignore s'il en est de même aux US. Mais télécharger une chanson, même sans rien uploader en retour, reste un délit de contrefaçon.
Pour Deezer, ce n'est qu'une conjecture mais je pense que vu que tout est fait pour empêcher l'enregistrement permanent de chansons, ça doit être assimilable à des DRM et du coup couvert par la loi DADVSI.
J'ai déjà lu Maître Eolas. Je ne confonds pas. La confusion qui est faite c'est entre le Droit d'Auteur et le Copyright. C'est ce que j'essaie de signifier et aussi ce que l'article aborde mais en maintenant la confusion puisqu'on y nomme le Copyright : Droit d'Auteur. Or comme son nom l'indique c'est le droit de réaliser des copies et il appartient au producteur. Il n'y a pas d'exception pour copie privée aux USA qui est une particularité du droit d'auteur — il faut faire exception à l'obligation de demande d'autorisation pour copier une œuvre —, mais il existe le Fair Use, utilisation légitime, qui repose beaucoup sur la jurisprudence et qui est limité par « les conséquences de l'usage [de l'œuvre] sur le marché potentiel ou sur la valeur de l'œuvre protégée » ce qui peut s'avérer redoutable en cas de procès. Sur les différences entre droit d'auteur et copyright, il y a un topo bien documenté sur le site de la SACD. Il est regrettable que les webzines entretiennent la confusion entre les deux systèmes. On a pourtant jamais vu en Europe quelqu'un condamné à des millions d'Euros de dommages et intérêts pour des échanges de fichiers sur le net alors que c'est arrivé aux USA. Or c'est bien le copyright et le fair use qui juridiquement permettent ce type de jugement. Il y a bien une différence, au moins de plusieurs millions de dollars. Image IPB

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