La loi sur l'ouverture des jeux en ligne aurait dopé les visites des sites labellisés par l'ARJEL, sans augmenter pour autant le nombre des clients imposés sur les sites de paris français.

En ouvrant le marché des jeux d’argent en ligne, le gouvernement a fait un pari dangereux en période de disette budgétaire. Pour satisfaire le PMU et rendre les bookmakers en France plus compétitifs, il a notamment baissé le taux d’imposition des paris sportifs de 14 % à 8,5 %, en pensant que la perte de taxation des recettes du PMU serait compensée par la taxation des nouveaux entrants autrefois imposés par des pays étrangers. Mais le jeu représentant 5 milliards d’euros de recette fiscale, mieux valait être sûr du retour sur investissement.

Or selon le cabinet d’études Mercureo, qui analyse le comportement d’un panel de 41 278 internautes, les visites sur les sites de paris en ligne légaux ont bien augmentées, sans que le nombre de parieurs en France suive nécessairement la même tendance. Ainsi, 28,8 % des internautes sondés se seraient rendus au moins une fois sur un site labellisé par l’ARJEL au mois de juillet 2010, mais « visiter n’est pas parier« , remarque Mercureo.

Depuis le 8 juin 2010, date officielle d’ouverture du marché, les visites sur les sites agréés ont été multipliées par cinq environ. Le site PartyPoker, de loin le premier des sites visités en juillet (65,3 % des visiteurs contre 28,6 % pour le site du PMU), attire beaucoup. Mais selon l’audit, seuls 0,9 % des visiteurs téléchargeraient ensuite l’application qui permet de jouer au poker. Même constat sur PMU.fr, où « la quasi-totalité des internautes ne sont pas allés au-delà de l’ouverture du compte« .

« Le taux de transformation des visiteurs en parieurs ou en joueurs va se révéler plus problématique que prévu dans les mois à venir« , résume Mercureo.

Ces données confirment des bruits de couloir qui circulent dans les milieux du jeu en ligne, où l’on se dit déçu par les résultats de la loi pourtant adoptée à marche forcée sous la pression du gouvernement, qui n’aura jamais publié aussi rapidement ses décrets. Une déception d’autant plus grande que l’ARJEL a pourtant déjà fait cesser l’activité d’une quinzaine de sites de paris étrangers, et obtenu de premières mesures de filtrage.

Si ces tendances se confirment dans les prochains mois, l’effet pervers redouté par les opposants à la loi pourrait se réaliser. Pour augmenter ses recettes fiscales, l’Etat n’a que deux leviers possibles : augmenter ce que paye chaque contribuable, ou augmenter le nombre de contribuables. La première option est exclue. Dès lors, voyant que les recettes d’antan ne sont plus au rendez-vous, le gouvernement pourrait libéraliser plus encore le marché du jeu en ligne pour faciliter la « recrue » d’un nombre croissant de joueurs. Il contreviendrait alors à l’objectif de lutte contre l’addiction, qui était celui affiché officiellement par la loi.

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