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Hadopi : une consultation publique dont les questions sont secrètes

Guillaume Champeau - publié le Jeudi 29 Juillet 2010 à 10h06 - posté dans Société 2.0

Alors qu'elle organise une soit-disante "consultation publique" sur les moyens de sécurisation que les abonnés devront installer pour lui échapper, l'Hadopi n'envoie le document sur lequel porte la consultation qu'à certains types de professionnels, après vérification de leur qualité. Et sous la condition qu'ils ne divulguent rien de ce que dit le document. Une situation inédite.

En début de semaine, l'Hadopi a fait connaître par communiqué de presse le lancement d'une "consultation publique sur les spécifications fonctionnelles des moyens de sécurisation". Elle est basée sur un "document-projet" élaboré par le professeur Michel Riguidel, un expert émérite de la sécurité informatique, aujourd'hui retraité, qui nous avait confié que l'élaboration du cahier des charges des moyens de sécurisation pour Hadopi était "l'une des missions les plus difficiles" de sa carrière, tant les contraintes à prendre en compte sont énormes. La consultation publique doit pouvoir l'aider dans cette tâche, même si les réponses doivent être renvoyées le 10 septembre au plus tard, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps notamment aux professionnels partis en vacances.

Mais pour pouvoir répondre aux questions, encore faut-il avoir accès aux questions et au document sur lequel porte la consultation publique. Nous nous étions étonnés que la consultation, dite "publique", ne fasse l'objet d'aucune publication. A part le communiqué de presse qui indiquait l'adresse e-mail où peut être demandée une copie du document (consultation-sfh@hadopi.net), absolument rien n'est organisé. A notre connaissance, c'est une première en matière de consultation publique.

L'Hadopi pense se conformer avec le minimum syndical à l'article L331-26 du code de la propriété intellectuelle, qui lui impose la "consultation des concepteurs de moyens de sécurisation destinés à prévenir l'utilisation illicite de l'accès à un service de communication au public en ligne, des personnes dont l'activité est d'offrir l'accès à un tel service, ainsi que des sociétés (de gestion collective)" avant d'arrêter la liste des fonctionnalités pertinentes des moyens de sécurisation. Elle prévenait donc dans son communiqué que seuls les professionnels concernés pouvaient demander l'accès au document.

En tant que société éditrice de Numerama, donc d'un service de communication au public en ligne, PressTIC a immédiatement demandé l'accès au document. Mais il faudra que l'on patiente. Tous les "candidats" se sont vus envoyer mercredi soir une demande de documents prouvant l'appartenance à l'une des catégories visées (dans notre cas un extrait KBis récent et une copie de nos statuts à jour, qui démontre que nous avons pour activité d'offrir l'accès à un service de communication au public en ligne). Nous sommes dans la lourdeur administrative la plus totale, à laquelle nous nous conformerons.

Cependant, l'Hadopi souhaite verrouiller la presse. "Une fois transmis ces éléments, nous vous ferons parvenir le document projet demandé, étant observé que tout destinataire de ce document est tenu à une obligation de confidentialité", prévient ainsi la Haute Autorité.

Nous lui avons immédiatement renouvelé notre demande, mais en nous appuyant cette fois sur la loi qui organise le droit d'accès aux documents administratifs, et qui interdit donc d'en faire secret. L'Hadopi prétend que le document qui sert à la consultation est un document provisoire, et qu'il est donc exclu du champ des documents soumis à ce droit. Mais ça n'est pas notre avis, et lui avons fait savoir dans cette réponse :

Madame, Monsieur,

Je vous remercie de votre réponse.

Cependant, j'attire votre attention sur le fait qu'en vertu de la
loi n°78-753 du 17 juillet 1978, toute personne dispose d'un droit d'accès aux documents administratifs, et qu'il ne saurait y être fait exception par la Hadopi concernant le "document-projet" relatif aux spécifications fonctionnelles des moyens de sécurisation, qui malgré la dénomination que vous lui donnez n'est pas un document préparatoire au sens de l'article 2 de ladite loi.
Il s'agit en effet selon votre propre communiqué de presse du 26 juillet 2010 du document sur lequel porte la "consultation publique" ouverte jusqu'au 10 septembre, document "validé pour consultation" par le Collège de l'Hadopi pour la mise en oeuvre de la consultation imposée par l'article L 331-26 du code de la propriété intellectuelle. Dès lors, il ne pourrait être prétendu que le "document-projet" n'est pas un document achevé.

Si la faculté de répondre à la consultation est limitée aux catégories de personnes que vous énoncez fort justement, l'accès au document administratif sur lequel porte la consultation ne saurait en revanche leur être exclusivement réservé.

Pour cette raison, je vous renouvelle ma demande de communication du document, et fait copie de la présente correspondance à la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui notera le caractère urgent de la demande, compte tenu du délai très court laissé jusqu'au 10 septembre.

De façon complémentaire et pour nous ouvrir la possibilité de vous transmettre dans les délais les réponses à la consultation, je vous enverrai par ailleurs au plus vite les documents exigés.

Bien cordialement,

Guillaume Champeau
PressTIC SARL, éditeur de Numerama.com

Alors que toute la clé de voute de la loi Hadopi repose sur l'obligation de sécuriser son accès à Internet, il est pour le moins surprenant et selon nous scandaleux de vouloir ainsi garder dans la plus stricte confidentialité le processus d'élaboration des fonctionnalités pertinentes. Le secrétaire général de l'Hadopi Eric Walter avait jugé "un peu hypocrite" le débat sur les moyens de sécurisation, mais que dire de cette hypocrisie qui consiste à prétendre qu'un document est confidentiel alors qu'il sert de base à une consultation publique ?

La CADA a déjà tapé sur les doigts de l'Hadopi récemment, lorsque cette dernière avait refusé de communiquer le niveau de rémunération de son secrétaire général.

Publié par Guillaume Champeau, le 29 Juillet 2010 à 10h06
 
 
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Commentaires à propos de «Hadopi : une consultation publique dont les questions sont secrètes»
 

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De toutes les façons il y aura tjrs des fuites...
Apogée de la transparence. Mais de quoi ont-ils peur ? Impossible d'être plus ridicules qu'ils ne le sont déjà.
L'HADOPI est championne en matière de violation des lois, et c'est ce bidule informe et préhistorique qui veut nous faire peur en nous accusant, sans preuves valables, d'enfreindre la loi :mdr: :mdr: :mdr:

Crédibilité = Zéro !!!! :mdr: :mdr: :mdr: :mdr:


ColdFire qui se p*sse dessus là :mdr: :mdr: :mdr:
une fuite sur Wikileaks est si vite arrivée... Bon sinon j'envoie un mail à midi aussi ^^
Ce qui se trame dans l'ombre ne peut qu'aller a l'encontre du respect des droits des citoyens, un état qui ne respecte pas ses citoyens est un état qui n'est plus légitime
Silver974, le 29/07/2010 - 10:31
Ce qui se trame dans l'ombre ne peut qu'aller a l'encontre du respect des droits des citoyens, un état qui ne respecte pas ses citoyens est un état qui n'est plus légitime
974, la réunion?
L'HADO-PIRE de jour en jour...
L'Hadopi continue son ascension, celle du mont ridicule.
Yannice97231, le 29/07/2010 - 10:43
Silver974, le 29/07/2010 - 10:31
Ce qui se trame dans l'ombre ne peut qu'aller a l'encontre du respect des droits des citoyens, un état qui ne respecte pas ses citoyens est un état qui n'est plus légitime
974, la réunion?

Oui :) Hélas je n'y suis plus aujourd'hui, mobilité oblige
"Une République irréprochable"?
Manifestement, l'opacité ne peut être un reproche ou alors... on nous aurait menti?
Et puis tout ça c’est on ne peut plus pédagogique, d’apprendre comment fonctionne une haute autorité, ou devrait fonctionner en respectant les lois, merci kad .
(Traduction de la situation...)

- Hadopi : "Euuuuuuuuuh essssscusez-nous, on a un chti problème là..." :siffle:

- Internet : :shifty:

- "Comment on fait pour sécuriser une connexion à 100% ?" :Hein:

- :thumbsdown:

- "Non parce que plus on regarde de près la chose en détail, comme on aurait dû le faire avant de voter, et plus ça semble impossible..." :huh:

- :biggrinthumb:

- "Allez quoi, soyez chic, il doit bien exister un moyen quand même, vous allez pas nous dire qu'on a fait tout ça pour rien ?" :weep:

- :jap:

- "Et tout ce fric dépensé pour rien... Remarque ça OSEF, ça va dans notre poche, on est payé 9500 à 15000 euros / mois / dirigeant pour 2 informaticiens qui feront tout le boulot avec un salaire minable. Finalement nos doigts iront dans nos Q pendant que vos sous iront dans nos poches..." :ras:

- :devil:

- "Bon désolé pour le coup bas. Mais on sait bien, vous nous l'aviez dit pendant les débat avant même la DADVSI mais à cause de Nico et Pascal on pouvait rien dire... Allez quoi, snif..." :cry:

- :non:

- "Bon, de toute façon vous n'êtes que des gros cons, donc on va demander à des vrais experts en sécurité. Eux au moins, ils doivent savoir." :tayoo:

- :rire:

- "Mais on va pas divulguer directement le contenu de la réunion, ce serait avouer notre ignorance trop ouvertement...

Donc on va lancer une consultation publique sur des questions secrètes..." :smartass:

- :mdr:


=> Réactions des internautes :
:beer: :bienvu: :finishim: :bravo: :crazy:
:vomi: :fart:



Synthèse : HADOPI...

:tussor:
Ouverture se SOS-HADOPI.FR le 15 septembre à 8hOO.
dans notre cas un extrait KBis récent et une copie de nos statuts à jour, qui démontre que nous avons pour activité d'offrir l'accès à un service de communication au public en ligne
Sauf que le texte cité plus haut parle de "consultation des concepteurs de moyens de sécurisation destinés à prévenir l'utilisation illicite de l'accès à un service de communication au public en ligne".
Je ne savais pas que Numerama était une société conceptrice de moyens de sécurisation. Quelles sont les références de PressTIC en matière de conception de moyens de sécurisation ?

Nous nous étions étonnés que la consultation, dite "publique", ne fasse l'objet d'aucune publication
Cela s'appelle une procédure adaptée (article 146 du code des marchés publics).
Lorsque leur valeur estimée est inférieure au seuil mentionné au III de l'article 144, les marchés peuvent être passés selon une procédure adaptée dont les modalités sont librement fixées par l'entité adjudicatrice en fonction de la nature et des caractéristiques du besoin à satisfaire, du nombre ou de la localisation des opérateurs économiques susceptibles d'y répondre ainsi que des circonstances de l'achat.
[...] L'entité adjudicatrice peut également décider que le marché sera passé sans publicité, voire sans mise en concurrence préalable, si les circonstances le justifient, ou si son montant estimé est inférieur à 20 000 Euros HT, ou dans les situations décrites au II de l'article 144.

Il est pour le moins surprenant et selon nous scandaleux de vouloir ainsi garder dans la plus stricte confidentialité le processus d'élaboration des fonctionnalités pertinentes.
Ben je ne trouve pas. Il ne s'agit pas de la réalisation d'un site Web : il s'agit de la réalisation d'un système de sécurisation.
Et dans le domaine de la sécurité, le premier point à assurer c'est la confidentialité. Moins de personnes sont au courant, plus ton système est sûr.

Par exemple, j'ai le souvenir d'avoir participé à la réponse à l'appel d'offres pour la mise en place du paiement sur Internet de l'impôt sur le revenu (avec donc des accès à des données hautement confidentielles).
Cet appel d'offres n'a été envoyé qu'à une poignée de sociétés. Et nous avons dû signer une clause de confidentialité avant de lire le document. Et franchement, cela n'a choqué personne.
"Une République irréprochable"?
Manifestement, l'opacité ne peut être un reproche ou alors... on nous aurait menti?

Tu as mal compris, la république irréprochable, c'est une république ou tu n'auras plus le droit de reprocher quoi que se soit aux responsables...
zabre, le 29/07/2010 - 12:14
Par exemple, j'ai le souvenir d'avoir participé à la réponse à l'appel d'offres pour la mise en place du paiement sur Internet de l'impôt sur le revenu (avec donc des accès à des données hautement confidentielles).
Cet appel d'offres n'a été envoyé qu'à une poignée de sociétés. Et nous avons dû signer une clause de confidentialité avant de lire le document. Et franchement, cela n'a choqué personne.

La différence c'est que là c'est pas un appel d'offre, mais une consultation publique... le but d'une consultation publique, c'est que tout un chacun puisse remonter à l'administration ses idées et remarques sur un sujet précis. Enfin il me semblait que c'etait comme ça jusqu'à présent. :chepa:
Zabre mon tout petit, je t'écris un petit mot d'Andorre où je m'offre quelques CD de ma Carlita vu qu'ils sont bien moins chers qu'en France.
C'est avec émotion que je relis tous les soirs ta prose emphatique, elle m'aide à m'endormir béatement.
Mais fais tout de même attention mon fils, ils vont finir par comprendre de quel côté tu penches.....
zabre, le 29/07/2010 - 12:14
Sauf que le texte cité plus haut parle de "consultation des concepteurs de moyens de sécurisation destinés à prévenir l'utilisation illicite de l'accès à un service de communication au public en ligne".
Je ne savais pas que Numerama était une société conceptrice de moyens de sécurisation. Quelles sont les références de PressTIC en matière de conception de moyens de sécurisation ?

Le texte que tu cites partiellement parle aussi des "personnes dont l'activité est d'offrir l'accès à un tel service (de communication au public en ligne)". Il pourrait y avoir débat sur le fait de savoir s'il s'agit uniquement des FAI, mais le communiqué de presse qui lance la consultation publique parle lui des "personnes dont l'activité est d'offrir un service de communication au public en ligne", ce qui est sans conteste le cas de PressTIC.

zabre, le 29/07/2010 - 12:14
Cet appel d'offres n'a été envoyé qu'à une poignée de sociétés. Et nous avons dû signer une clause de confidentialité avant de lire le document. Et franchement, cela n'a choqué personne.

Il ne s'agit pas d'un appel d'offres, auquel cas tu aurais raison, mais d'une consultation publique.

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