Mercredi, la toute jeune Association pour le Téléchargement sur Internet et la Libre Diffusion (ATILD) a surpris en investissant les locaux de l’Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA) à Paris. Pacifique, l’action marque cependant une escalade dans l’opposition que se livrent les ayants droit et les internautes partisans d’une libre circulation des œuvres sur Internet.

Aurélien Boch a fondé l’Atild et en est son principal porte-parole. Il répond à nos questions.

Numerama : Pourquoi avoir choisi l’Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA) pour votre première opération commando ?

Aurélien Boch : Nous avons choisi l’Alpa car elle était une cible simple et symbolique. Simple, parce qu’elle n’est pas surveillée : lors de nos repérages nous n’avons pas vu d’agent de sécurité, une vague caméra qui semblait filmer le vide, … Symbolique car elle est notre jumeau maléfique, elle est tout ce que nous réfutons. Si l’Atild est financée par le Warez, l’Alpa est financée par les ayants droits. Nous nous opposons à eux en tout point. Contre l’Alpa… Il y a l’Atild.

Comment s’est préparée l’opération ?

Il y a quelques semaines, j’ai pris contact avec l’Alpa en leur disant que je pouvais vendre un logiciel leur permettant de récupérer les IP des Uploaders et Administrateurs des boards de Warez. J’ai donc obtenu un rendez-vous avec le numéro 2 de l’Alpa (Frédéric Delacroix), qui s’est montré très intéressé. L’entretien a duré une heure et m’a permis de repérer les lieux. Nous avions convenu d’un rendez-vous pour la démonstration de ce « logiciel magique » le 26 mai au matin.

Il y a dix jours, nous avons lancé un appel aux gens présents en Ile-de-France, volontaires pour participer à des actions de type « commando ». Nous avons choisi ce mode opératoire car il est très dur de faire bouger les geeks de leur chaise. Nous privilégions donc des actions en nombre restreint, avec des gens que nous connaissons et avec une forte valeur ajoutée. Nous avons arrêté le nombre à 7 personnes que nous connaissions déjà.

S’en est suivi une réunion préparatoire mardi soir, avec tous les membres du commando. Nous avons exposé les détails, horaires, lieux de rendez vous.

Et comment s’est déroulée l’opération elle-même ?

Mercredi matin, nous avons déclenché l’action « ALPA » dans le cadre de l’opération « A Pirate Is Free » visant à soutenir Dimitri Mader (« Zak », l’ancien webmaster de Wawa-Mania, ndlr). Nous sommes donc montés par les escaliers au 5ème étage, nous avons sonné, et comme j’avais rendez-vous la porte s’est ouverte.

Trois personnes étaient présentes dans les locaux. Une secrétaire, un informaticien (un traitre ?), et le fondateur de l’Alpa. Nous sommes entrés, j’ai immédiatement expliqué à la secrétaire l’objet de notre visite et je suis allé aider mes camarades à fixer les banderoles. Cela s’est révélé assez compliqué puisque les deux hommes présents dans les locaux ont tout fait pour nous en empêcher.

Le fondateur de l’Alpa a même failli en venir aux mains contre l’un de nos membres qui filmait. S’en sont suivis menaces (« je vous retrouverai », « je vous aurai », « tu vas voir comment je m’appelle », …) et séquestration, puisqu’ils nous ont empêché de sortir.

Nos actions sont fondamentalement non violentes, nous avons donc attendu la police, devant la porte.

Une fois que la police est arrivée, les choses se sont calmées (à part un petit redémarrage du fondateur de l’Alpa contre l’un de nos membres qui lui a valu de se faire rappeler à l’ordre par les forces de l’ordre). Nous avons entièrement coopéré. L’avocat de l’Atild, Me Meliodon, était informé de la situation et nous avions son numéro écrit au feutre sur le bras. Il n’y avait donc pas de stress.

Par contre la secrétaire a fait un malaise et s’est mise à pleurer. C’est la seule chose que nous regrettions et nous tenons à le faire savoir. Nous lui présentons toutes nos excuses si elle a été choquée. Un bouquet de fleurs lui parviendra d’ailleurs vendredi, accompagné d’une offre d’emploi pour travailler à l’Atild d’ici quelques mois ^^.

M. Delacroix est arrivé dans la foulée, très surpris de me trouver au milieu des « pirates ». C’était assez comique de voir son désespoir lorsque je lui ai dit que s’il avait tapé mon nom sur Google, il aurait tout de suite vu qui j’étais… On confie la lutte contre le piratage à des gens qui n’ont aucune connaissance de base en sécurité. « Ingéniérie sociale : parce que la connerie humaine ne peut pas être patchée…« 

Après des explications devant des policiers très professionnels, nous les avons suivi au poste afin que nos identités soient relevées. Il n’y a pas eu de garde à vue, pas eu de plainte déposée par l’Alpa. Me Meliodon s’est d’ailleurs renseigné : la police n’a constaté aucun délit. Nous sommes sortis au bout d’une heure.

L’Atild soutient Zac, l’ancien webmaster du forum warez Wawa-Mania. Pourquoi défendre un site qui organise en toute connaissance de cause le partage de fichiers piratés, et qui en tire même des revenus par l’affichage de bannières publicitaires ?

Nous pensons que la culture permet à l’Homme de s’élever. Si l’accès à cette culture est payant, alors une partie de la population ne peut pas s’élever et réfléchir d’elle-même… Elle devient le jouet du gouvernant. Voilà pourquoi nous défendons Zac.

Pour ce qui est des sous : l’infrastructure serveurs offshore suédois coûte une fortune en terme d’hébergement et de bande passante, d’autant plus qu’elle est secondée d’une infrastructure jumelle de secours. Zac a peut-être gagné un peu de sous, mais rien à côté du temps qu’il a passé à aider la communauté à se cultiver.

Dans votre appel aux ayants droit, vous dites avoir des solutions à leur proposer pour le financement des œuvres. Quelles sont-elles ?

Il y a diverses pistes comme la licence globale ou le mécénat global. Mais cela passera forcément par une remise à plat du droit d’auteur tel qu’il est pratiqué actuellement.

Pensez-vous organiser d’autres actions de ce type, et où ?

Il va y avoir une autre action dans le cadre de l’opération « A Pirate Is Free » dans les locaux de la SACEM, bientôt, mais celle-ci sera plus humoristique : sortez vos déguisement de pirates et à l’abordage ! D’autres suivront, les cibles ne manquent pas.

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