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Recours contre Hadopi : "il semble que le vice de procédure soit avéré"

Guillaume Champeau - publié le Samedi 08 Mai 2010 à 11h36 - posté dans Société 2.0

Jeudi, le fournisseur d'accès à Internet associatif FDN a déposé un recours en annulation devant le Conseil d'Etat contre le décret créant le fichier de l'Hadopi. Ce texte prévoit les conditions du croisement des collectes d'adresses IP des ayants droit avec les données de connexions des FAI. S'il est annulé, ce sont de nombreux mois de retard qui seront pris par l'Hadopi. Pour mieux apprécier les chances de succès de cette action, nous avons demandé son avis à l'avocat Maxime Moulin, expert en droit public. Selon Me Moulin, le vice de procédure dénoncé par FDN semble bien avéré, et le Conseil d'Etat annulera le décret s'il estime que l'absence de consultation de l'ARCEP était une formalité substantielle. Ce qu'il pense. Il préconise par ailleurs de demander au Conseil d'Etat la suspension du décret attaqué, dans une procédure en référé.

Voici l'analyse juridique que Maxime Moulin nous a aimablement fait parvenir :

i. Le décret 2010-236 est, notamment, fondé sur les dispositions de l'article L. 34-1 du Code des postes et télécommunications :

" (...)

II.-Pour les besoins de la recherche, de la constatation et de la poursuite des infractions pénales ou d'un manquement à l'obligation définie à l'article L. 336-3 du code de la propriété intellectuelle, et dans le seul but de permettre, en tant que de besoin, la mise à disposition de l'autorité judiciaire ou de la haute autorité mentionnée à l'article L. 331-12 du code de la propriété intellectuelle d'informations, il peut être différé pour une durée maximale d'un an aux opérations tendant à effacer ou à rendre anonymes certaines catégories de données techniques. Un décret en Conseil d'Etat, pris après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, détermine, dans les limites fixées par le V, ces catégories de données et la durée de leur conservation, selon l'activité des opérateurs et la nature des communications ainsi que les modalités de compensation, le cas échéant, des surcoûts identifiables et spécifiques des prestations assurées à ce titre, à la demande de l'Etat, par les opérateurs.

(...)

V.-Les données conservées et traitées dans les conditions définies aux II, III et IV portent exclusivement sur l'identification des personnes utilisatrices des services fournis par les opérateurs, sur les caractéristiques techniques des communications assurées par ces derniers et sur la localisation des équipements terminaux.

Elles ne peuvent en aucun cas porter sur le contenu des correspondances échangées ou des informations consultées, sous quelque forme que ce soit, dans le cadre de ces communications.

La conservation et le traitement de ces données s'effectuent dans le respect des dispositions de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.

Les opérateurs prennent toutes mesures pour empêcher une utilisation de ces données à des fins autres que celles prévues au présent article. "

Cet article est lui-même inséré dans la section 3 dudit Code sous l'intitulé " Protection de la vie privée des utilisateurs de réseaux et services de communications électroniques ".

L'avis de la CNIL a été pris le 14 janvier 2010.

Néanmoins, si cette procédure d'avis préalable est spécialement applicable aux cas de collectes de données à caractère personnel dans le cadre de l'HADOPI, elle ne remplace pas la procédure de consultation prévue à l'article L. 36-5 du même Code qui dispose à son 1er alinéa :

" L'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes est consultée sur les projets de loi, de décret ou de règlement relatifs au secteur des communications électroniques et participe à leur mise en oeuvre. "

Le Code des Postes et télécommunications dispose que l'on " entend par communications électroniques les émissions, transmissions ou réceptions de signes, de signaux, d'écrits, d'images ou de sons, par voie électromagnétique ". (art. L. 32,1°).

La compétence consultative de l'ARCEP ne semble donc pas pouvoir être remise en cause et complète la compétence consultative de la CNIL.

Il ne faut pas non plus perdre de vue que l'article L 32-1 du même Code dispose :

" (...)

II.-Dans le cadre de leurs attributions respectives, le ministre chargé des communications électroniques et l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes prennent, dans des conditions objectives et transparentes, des mesures raisonnables et proportionnées aux objectifs poursuivis et veillent :

(...)

5° Au respect par les opérateurs de communications électroniques du secret des correspondances et du principe de neutralité au regard du contenu des messages transmis, ainsi que de la protection des données à caractère personnel ;

(...) "

Il semble donc que le vice de procédure soit avéré puisque l'ARCEP n'a pas été saisie pour avis, ni ne participe à la mise en oeuvre de ces dispositions.


ii. Pour autant, tout vice de procédure ne constitue pas nécessairement une cause d'illégalité pouvant justifier l'annulation d'un acte réglementaire.

Encore faut-il qu'il s'agisse d'une formalité substantielle qui n'a pas été respectée.

Le seul arrêt du Conseil d'Etat ayant statué sur l'applicabilité de l'article 36-5 précité n'éclaire pas le débat puisqu'il était évoqué dans un domaine pour lequel cette autorité n'avait pas à intervenir (Conseil d'État, 5ème et 4ème sous-sections réunies, 26/03/2004, 244636).

Il ne semble pas sérieusement contestable qu'il s'agisse d'une formalité substantielle, non pas seulement au regard de la " protection des données à caractère personnel " qui ressort également de la compétence de l'ARCEP, mais également des conséquences techniques liées à la mise en oeuvre des procédés HADOPI.

Dès lors, si le Conseil d'Etat considère cette formalité de substantielle, ce que je pense, l'annulation sera encourue.


iii. A toutes fins utiles, il aurait été intéressant d'envisager également le droit européen notamment au regard du respect à la vie privée prévu par la convention européenne des droits de l'Homme et le caractère disproportionné des mesures HADOPI au regard du but poursuivi.

Il est regrettable de s'être limité à un simple motif d'illégalité externe.

iv. Il pourrait également être judicieux de saisir le Conseil d'Etat d'un référé suspension concernant ce décret.

En premier lieu, en cas de succès de cette procédure de référé, elle aura le mérite d'être plus rapide qu'une procédure au fond même si elle ne présage en rien du succès final de la procédure principale.

En second lieu, cette procédure a un effet immédiat en cas de succès et paralysera toute mise en oeuvre du décret par l'HADOPI.

Maxime MOULIN
Avocat

Publié par Guillaume Champeau, le 8 Mai 2010 à 11h36
 
 
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Commentaires à propos de «Recours contre Hadopi : "il semble que le vice de procédure soit avéré"»
 

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Merci à ce M. Moulin pour cette analyse. Nous verrons ce qu'il en advient.

L'avis de PCInpact hier :
http://www.pcinpact....multi/56838.htm
C'est beau la séparation des pouvoirs : je me demande bien combien de gusses ont grincé des dents en apprenant la nouvelle.

Ben oui quoi ! si les décideurs ne peuvent plus faire tout ce qu'ils veulent... ;)
En fait, le ministère chargé de la culture va probablement consulter l'ARCEP en urgence et prendre un nouveau décret qui abrogera le précédent. Cela peut être plié très rapidement et videra de sa substance un contentieux qu'il n'y a aucun intérêt à laisser trainer jusqu'au bout. Pas la peine d'épiloguer.
herbeapipe, le 08/05/2010 - 11:58
L'avis de PCInpact hier :
http://www.pcinpact....multi/56838.htm

Sauf son respect, je pense que PCInpact fait une erreur. Le décret attaqué vise l'ensemble du code des postes et télécoms :
"Vu le code des postes et communications électroniques, notamment (mais pas seulement, ndlr) son article L. 34-1 ;"

Il n'est pas possible de faire abstraction de l'article L. 36-5, puisqu'il est visé par le décret lui-même. Et quand bien même le décret ne l'aurait pas visé, de toute façon le code de la PI ne se substitue pas au code des télécoms.

Comme l'explique ici Maxime Moulin, en fait tout va se jouer sur l'importance que va accorder le Conseil d'Etat à ce vice de procédure. Est-ce qu'il s'agit d'une formalité substantielle qui a été oubliée ? Quel que soit l'envie du Conseil d'Etat de favoriser la mise en oeuvre de l'Hadopi, il sait que son avis vaudra jurisprudence dans d'autres affaires. Donc ça sera pas simple à juger.
Kouika, le 08/05/2010 - 12:07
En fait, le ministère chargé de la culture va probablement consulter l'ARCEP en urgence et prendre un nouveau décret qui abrogera le précédent. Cela peut être plié très rapidement et videra de sa substance un contentieux qu'il n'y a aucun intérêt à laisser trainer jusqu'au bout. Pas la peine d'épiloguer.

Dans ce cas il faudra quand même transmettre le nouveau décret à la CNIL et au Conseil d'Etat. Ce qui retarde d'au grand minimum trois mois l'envoi des premiers mails.
Tiens, il y a encore plus simple :
- consulter l'ARCEP en urgence
- retirer le décret (différent de l'abrogation puisque le texte est ainsi réputé n'avoir jamais existé)
- publier le texte avec le visa correct de l'ARCEP sans consulter à nouveau le Conseil d'Etat puisque le corps du décret n'est pas modifié.
Ah c'est con, hein ?!... :D
Bon, mais même si c'est toujours bon à prendre ce genre de vengeance sur des problèmes de forme, ça ne change rien au problème fondamental qu'est HADOPI.

C'est d'ailleurs ce que dit Me Moulin au paragraphe iii.
Effectivement l'analyse de Me Moulin est claire.
Justement ... comme le dit "Kad" ... tout dépendra ... Mais est-ce que le Conseil d'Etat doit dire le droit et seulement dire le droit ou se permettre (en se fourvoyant) de "favoriser" ...

Par ailleurs je voudrais poser une question. En lisant le texte de loi je relève que :
"Les opérateurs prennent toutes mesures pour empêcher une utilisation de ces données à des fins autres que celles prévues au présent article".
Quelles mesures ont été prise par les FAI ?
plus hadopi sera retardée, plus ils auront du mal à l'imposer politiquement avec l'arrivée de la campagne présidentielle...
Arrêtez de vous faire des illusions en vous réfugiant derrière la "Loi" quand celle-ci vous arrange, la "Loi" c'est ces pignoufs qui la font, pour leurs propres intérêts, et il s'assoient dessus quand ça ne leur convient pas, comme ça sera sans doute le cas ici.
La "Loi" ne sert plus qu'à leur laisser le champ libre, et plus à défendre le citoyen depuis belle lurette.
rotabla, le 08/05/2010 - 14:39
Arrêtez de vous faire des illusions en vous réfugiant derrière la "Loi" quand celle-ci vous arrange, la "Loi" c'est ces pignoufs qui la font, pour leurs propres intérêts, et il s'assoient dessus quand ça ne leur convient pas, comme ça sera sans doute le cas ici.
La "Loi" ne sert plus qu'à leur laisser le champ libre, et plus à défendre le citoyen depuis belle lurette.


Ah ... ça c'est pas faux ...
Excellent :bienvu:

Ce serait bien que Numérama demande aux différents FAI ce qu'ils pensent de cette procédure et suivant leur réponse, leur demander les raisons pour lesquelles ils ne se sont pas eux mêmes engagés dans cette voie.
Il faut que ce soit une association qui montre l'exemple ?

Autre chose, pourquoi Numérama ne ferait pas un papier sur FDN : quels sont les raisons qui ont motivé cette démarche, mais aussi comment voit-ils leur avenir, que représentent-ils sur le marché des FAI, etc.

Cette association mériterait bien que l'on s'informe sur elle et qui d'autre que Numérama pourrait accomplir cette tâche ? :)
Bof !
La plupart des "pompeurs de caisse", caisse des artistes n'ont n'en rien à battre.

Du moment qu'ils s'en mettent plein les fouilles.

Ils ne défendent pas les artistes mais leur business.
En somme, ils ont oublié un article de loi qui les obligeaient à demander consultation à l'ARCEP.
Faudra donc refaire les demandes au Conseil d'Etat et à la CNIL, ce qui prendra de longs mois à payer un loyer et des salaires exhorbitants à l'HADOPI pour rien.
Pas grave, c'est pour des copains et la France est tellement riche.
fdred mitterand a du faire pipi dans sa culotte !!!!!
Le Vice président du conseil d'état était président du conseil d'administration de la Villa Médicis, quand Frédéric y passât.
Après, c'est une jolie pierre dans le jardin du conseil d'état: mordre la main de son maitre, ou rester impartial et garant de la légalité ?
NB : Je viens d'écouter Mitterand2 .Il n'a même pas évoqué cette affaire . Il s'est dépêché d'évacuer la question du journaliste sur le Téléchargement, en précisant que les choses étaient en bonne voie.
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Je trouve les interventions de Kad Redal & Ingenys, pertinentes .
Je ne crois pas, en une résolution rapide, de ce point de détail ...mais la loi trouvera son application avant la fin du mandat présidentiel de Sarko ( i6 mois encore ) ... comme ce fut le cas pour la loi Dadvsi, appliquée à la veille du départ de Chirac ! Donc l'histoire est un éternel recommencement .
- Ladsi, Dadvsi & Hadopi ne pourront être correctement appliquées, car entre leur aboutissement/votation et leur application; les parades avaient été trouvées & appliquées auparavant ! D'ailleurs la répression du téléchargement, ne répond pas à son problème posé .
Il faudrait une alternance pour voir surgir la Licence Globale ...qui sera un appel d'air au Copyleft; seule solution pérenne, pour la Toile & sa neutralité ( circulation libre de droits & d'accès .. comme à son origine )... et on se battra pour la sauvegarder en l'état !
C'est à dire que Hadopi a été voté dans l'illégalité. Quelle honte !
La loi on en fait ce qu'on veut, tout est question d'interprétation et d'avocat, donc de justice.

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