L'Union européenne souhaite que Google réduise le délai de conservation des photographies non-floutées et non-publiées à six mois, au lieu de douze. Cependant, la firme de Mountain View justifie cette politique de rétention pour s'assurer de la justesse des cartes, mais également corriger si nécessaire une photo dont le floutage a mal été réalisé.

C’est à croire que le Vieux Continent ne lui réussit pas. Cette semaine Google a fait face à une actualité particulièrement agitée sur le plan judiciaire. Mercredi dernier, la justice italienne condamnait trois cadres de l’entreprise pour ne pas avoir empêché la mise en ligne d’une vidéo, tandis que deux comparateurs de prix et un moteur de recherche spécialisé ont reproché à la firme de Mountain View d’intervenir directement dans les algorithmes de recherche pour les pénaliser.

Cette fois, c’est du côté des institutions européennes que la prochaine salve a été tirée. Le groupe de travail Article 29 sur la protection des données (G29) a contacté Google pour lui demander de revoir sa politique de conservation des clichés pris dans le cadre du programme de Google Street View, en particulier lorsque lesdits clichés ne sont pas publiés. L’organisation, qui regroupe toutes les CNIL européennes, souhaite que la durée de conservation ne dépasse pas les six mois. Au-delà, les photos doivent être supprimées.

À l’heure actuelle, Google conserve les photos pendant un an. Cependant, l’organisme chargé de veiller sur la protection des données et de la vie privée des citoyens européens estime que ce laps de temps est « disproportionné« . Viviane Reding, désormais commissaire européenne en charge de la justice, a rappelé à cette occasion que l’Union européenne a « des normes élevées en matière de protection de données« . Dès lors qu’une entreprise a une activité quelconque en Europe ou impliquant des Européens, elle souhaite qu’elle « joue selon les règles du jeu« .

Par ailleurs, Alex Türk, le président de la CNIL française et actuel patron du G29, a rappelé les devoirs de Google en matière d’informations. Selon lui, si Google Street View a l’intention de photographier une zone habitée, il est essentiel que la société diffuse la nouvelle plus largement, et ne se contente pas uniquement de ses sites web. Cela peut passer par « des annonces appropriées dans la presse nationale, régionale ou locale, ou n’importe quelle autre canal d’information adéquat » a-t-il suggéré.

Pour sa défense, Google a expliqué que la rétention des photos pendant un an était nécessaire. Selon Peter Fleischer, le responsable de la protection des données chez Google, « la nécessité de conserver les images non-floutées est légitime et justifiée – cela afin d’assurer la précision de nos cartes, d’améliorer notre capacité à rectifier les erreurs dans le floutage et d’utiliser les données que nous avons recueillies pour mettre au point de meilleures cartes pour nos utilisateurs« .

Google estime donc qu’une année de rétention est un laps de temps raisonnable pour la pérennité et la qualité de son service. « C’est la période que nous allons continuer à appliquer à l’échelle mondiale » a précisé Peter Fleischer.

Google Street View est surveillé de très près par les différents pays européens. La Suisse n’a d’ailleurs pas hésité à assigner la firme américaine en justice, pour qu’elle respecte enfin sa législation et les recommandations du Préposé Fédéral à la Protection des Données et à la Transparence. En France, la CNIL est également attentive, en particulier lorsque Google change de méthode pour photographier des ruelles ou des rues piétonnes.

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