La population britannique est farouchement opposée au principe de la riposte graduée et le fait savoir. Dans un sondage organisé par l'organisation Open Rights Group, il en ressort qu'un peu moins de 70 % des sondés refusent d'être pris dans un système qui mettrait en touche l'appareil judiciaire.

L’amendement du député travailliste Peter Mandelson visant à durcir les sanctions contre les internautes suspectés de piratage est loin de faire l’unanimité. Selon un nouveau sondage réalisé par l’organisation à but non-lucratif Open Rights Group, près de 70 % de la population britannique est opposée au principe de la déconnexion. C’est un désaveu pour l’un des principaux artisans de la riposte graduée au Royaume-Uni, et un risque électoral important pour les partis politiques soutenant une telle proposition.

Si la question a largement animé la classe politique, les milieux culturels et le web britannique, l’opinion publique n’avait jamais vraiment été questionnée sur le sujet. Or, avec un taux de pénétration du haut-débit de près de 50 %, la population britannique est bel et bien la première concernée sur ces mesures. D’autant plus que même le premier ministre Gordon Brown a présenté Internet comme étant aussi vital que l’eau ou le gaz.

En ce qui concerne la mesure en elle-même, près de 7 individus sur 10 s’opposent à un système de sanctions qui mettrait en touche l’appareil judiciaire et le droit à avoir un procès équitable. L’accusation d’enfreindre le droit d’auteur ne devrait avoir absolument aucune incidence sur les droits des prévenus et sur la nature de l’autorité chargée de prononcer les peines. De l’autre côté, 16 % des répondants soutiennent le principe de la suspension de la ligne d’un abonné si un « plusieurs accusations » ont été collectées par le fournisseur d’accès de l’internaute.

Sur le moyen et long terme, si 44 % des sondés ont expliqué que de telles mesures n’influenceront certainement pas leurs choix politiques, un petit tiers (31 %) a néanmoins fait savoir qu’ils ne pourraient vraisemblablement pas voter pour un parti qui soutiendrait la déconnexion des internautes britanniques sans passer par la case du juge. Enfin, une petite minorité radicale des répondants (7 %) ont révélé qu’ils pencheraient plus pour un mouvement politique qui irait justement dans le sens de la riposte graduée.

Réagissant aux résultats du sondage, le directeur exécutif de l’Open Rights Group, Jim Killock, estime que le gouvernement fonctionne est en décalage par rapprt à la société. À l’ère où le numérique prend une place toujours plus importante dans la vie quotidienne des individus, préconiser la déconnexion pure et simple sur de simples allégations tout en refusant la voie judiciaire est une erreur grossière.

« Notre conclusion est qu’il s’agit-là d’un manœuvre politique imprudente qui entrainera impopularité et vote-sanction pour ses architectes » a-t-il expliqué. Cela ne permettra certainement pas à l’industrie musicale de se redresser a-t-il continué, jugeant que de ce plan n’a pas du tout les moyens de ses ambitions. Comme le note l’étude réalisée par cette organisation, 19 % des sondés ont expliqué que leur travail ou leur scolarité est profondément liée à leur accès Internet.

En cas de suspension, c’est toute une carrière, toute une éducation, qu’il faudra modifier dans l’urgence. Bref, tout un mode de vie. « Le droit à la liberté d’expression, un procès équitable et impartial, être présumé innocent jusqu’à l’énoncé de la décision de justice… ce sont les principes fondamentaux sur lesquels sont bâties les sociétés démocratiques actuelles » a-t-il rappelé, demandant à chaque citoyen d’écrire à son député pour soutenir la motion de Tom Watson.

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