Le réseau de vidéoclubs Blockbuster devrait annoncer la suppression de 20 % de ses enseignes aux Etats-Unis, remplacées par des kiosques de location dématérialisée.

C’est l’histoire perpétuelle de l’évolution technologique. Les cochers l’ont subi à l’arrivée de la voiture à moteur, les allumeurs de réverbères lors de l’invention de l’électricité, les tisserands avec les métiers à tisser… la technologie étant en principe destinée à libérer les hommes de leurs travaux pénibles, il est dans la force des choses que le progrès s’accompagne du chômage des hommes qu’elle libère. C’est le paradoxe du progrès, qui est technologique avant d’être social, ou plutôt avant de le devenir pour la société tout entière. Qui voudrait, aujourd’hui, au nom de la sauvegarde de quelques emplois, revenir au temps des porteurs d’eau qui, au 18ème siècle, étaient plus de 20.000 sur Paris ?

C’est donc un drame pour les loueurs de vidéos que leur métier soit en voie de disparition. Blockbuster, le leader américain qui est au bord de la faillite, projetterait encore la suppression de 960 enseignes aux Etats-Unis, sur 4.400 vidéoclubs qui parsèment le pays. Ils ne sont pas victimes du piratage, mais bien de l’évolution technologique. Les vidéos ne se louent plus au coin de la rue, mais en VOD. Les premiers acteurs sont aujourd’hui Netflix et Redbox, deux entreprises qui proposent la location dématérialisée. Une forme rémunérée de ce que propose gratuitement le piratage, avec une valeur ajoutée : disponibilité immédiate et qualité certifiée. Les clients n’ont plus besoin de sortir de chez eux pour voir un film, ni d’attendre que la vidéo soit disponible ou de revenir la déposer au plus vite sous la pluie pour éviter les pénalités de retard.

Pour se reconvertir, Blockbuster mise sur les kiosques de location dématérialisée. La firme en a déjà installé 500, et espère en ouvrir 10.000 d’ici un an. Soit plus du double du nombre de ses enseignes actuelles. Sans employé à rémunérer ni de stock à gérer.

Nous-mêmes sur Numerama avons régulièrement l’intervention dans les commentaires de nos articles d’un loueur de vidéos, au pseudonyme parfaitement choisi : « Videoclub ». Il encourage avec acharnement depuis de nombreux mois l’adoption de la riposte graduée et de la loi Hadopi, sans voir que ça n’est pas le piratage qui tue son commerce, mais bien l’évolution technologique.

Il est, comme des générations de travailleurs avant lui, victime du progrès social qui permet à tous d’avoir accès à un meilleur confort dans sa vie quotidienne.

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