Elle avait été brandie fièrement par la ministre de la Culture et quelques députés de la majorité pour assurer du soutien des artistes à son projet de loi Création et Internet. Mais la pétition de la Sacem riche de 10.000 noms d'artistes semble surtout riche d'erreurs, d'artistes totalement inconnus et... d'employés des lobbys du disque.

Mise à jour (2) : A lire également : la réaction de la Sacem.

Mise à jour : La Quadrature du Net rapporte qu’il y a bien un Paul Atréides au répertoire de la Sacem, avec 5 titres déclarés.

Existe-t-il un homonyme à Paul Atréides, le personnage créé par Frank Herbert dans son roman Dune ? Lorsque Numerama avait commenté l’ouverture par la Sacem d’une pétition favorable à l’Hadopi en octobre 2008, nous avions noté que nous avions pu nous inscrire sous le nom de Tartanpion Duchemol, avec l’adresse tartanpion@duchemol.fr, et obtenir immédiatement un message comme quoi « votre inscription a bien été enregistrée« . Sans autre vérification. Ayant rendu publique notre inscription, elle n’a pas figuré à la liste officielle des signataires. Mais Paul Atréides est, quant à lui, bien sorti des pages de Franck Herbert pour signer la pétition de la Sacem.

Le chanteur d’Indochine Nicolas Sirkis, qui jure n’avoir rien signé, figure aussi sur la liste. Tout comme Gilbert Montagné, dont la signature semble étrange puisqu’il s’est publiquement opposé à la lutte contre le piratage en prônant la licence globale. Un cas similaire à Marc Cerrone, qui a même été devant les caméras de télévision pour dire tout le mal qu’il pensait du projet de loi Création et Internet. D’autres artistes moins connus comme Frédéric Volovitch ou EDI assurent aujourd’hui n’avoir rien signé en faveur de la riposte graduée, alors que leur nom figure à la pétition.

Présentée comme une liste d’artistes pro-Hadopi, la pétition des 10.000 semble surtout remplie d’une très forte représentation de complets anonymes. La Quadrature du Net, qui a lancé un travail collectif de vérification de la liste de la Sacem, estime après étude d’un large échantillon que 90 % des artistes cités n’ont pas un seul de leurs morceaux sur eMule (ce qui semble étrange ou alors très satisfaisant pour de farouches opposants au P2P), et que 60 % n’ont aucune existence apparente sur le web après une recherche sur Google.

Les lobbys et leurs employés, par ailleurs, sont présents en masse. Ils représentent selon toute apparence quelques centaines de signatures, depuis l’informaticien de la SCPP jusqu’au standardiste du SNEP en passant par une quantité impressionnante de cadres de EMI, Universal, Warner et Sony BMG. Chez Universal, on trouve par exemple, aux côtés du patron Pascal Nègre, le contrôleur financier d’Universal Music France, ou leur ingénieur système et réseaux. Chez EMI, même l’attaché de presse se permet de signer.

Et bien sûr, la Sacem est également présente en nombre pharaonique. On y trouve ainsi des responsables de relation presse, une secrétaire de direction, l’ensemble du directoire, et énormément d’employés des directions et délégations.

Contactée mardi matin par Numerama pour avoir des éclaircissements sur les erreurs apparentes et la forte représentation des employés des lobbys dans sa pétition, la Sacem n’a pas encore réagi.

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