Le PDG de Renault-Nissan, par ailleurs président des conseils d'administration de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, a été arrêté au Japon à la suite de soupçons de malversations.

L’avenir de Carlos Ghosn s’assombrit. Le PDG de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a été arrêté au Japon ce lundi 19 novembre et déféré devant le parquet de Tokyo pour s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. L’homme de 64 ans est soupçonné de plusieurs abus en raison de sa position dans le groupe automobile. Tout est parti d’un audit interne mené par Nissan sur plusieurs mois.

Un communiqué du constructeur japonais déclare que l’enquête a montré que depuis des années, Carlos Ghosn et Greg Kelly [un responsable chez Nissan et proche collaborateur de Carlos Ghosn, ndlr] déclarent aux autorités boursières « des montants d’indemnisation inférieurs au montant réel, afin de réduire le montant déclaré de l’indemnisation de Carlos Ghosn ».

De plus, ajoute le communiqué, « de nombreux autres actes notables de mauvaise conduite ont été découverts, comme l’utilisation personnelle des actifs de l’entreprise ». Selon le journaliste Yann Rousseau, qui a pu assister à une conférence de presse du président de Nissan, Hiroto Saikawa, il lui est aussi reproché l’emploi inadéquat de certains investissements.

L’alliance des trois marques. // Source : Renault Nissan Mitsubishi Motors

Trop de pouvoirs ?

C’est sur les dénonciations de Mitsubishi aux autorités japonaises que l’arrestation du PDG a pu se faire. « Nissan a fourni des informations au ministère public japonais et a coopéré pleinement  à son enquête. Nous continuerons à le faire », prévient l’entreprise, qui se dit très affectée par ce scandale. Évoquant un « système Ghosn », Nissan entend revoir de fond en comble toute sa gouvernance d’entreprise.

Carlos Ghosn a rejoint Renault en 1996. Au tournant des années 2000, il prend la tête de Nissan et organise le redressement de l’entreprise, alors en grande difficulté financière. En 2005, il devient PDG de Renault et prend par la suite la fonction de président de chaque conseil d’administration. C’est cette accumulation trop importante de pouvoirs dans les mains d’un seul homme qui aurait provoqué ces écarts.

Hiroto Saikawa n’a pu aller plus avant dans les griefs portés à l’encontre du patron de l’alliance automobile — qui est par ailleurs président des trois conseils d’administration pour Renault, Nissan et Mitsubishi — dans la mesure où l’enquête est en cours. Mais d’ores et déjà, un vote planifié le 22 novembre chez Nissan doit déboucher sur la révocation de Carlos Ghosn de son conseil d’administration.

Réunion à venir chez Renault

Des actions similaires pourraient avoir lieu chez Mitsubishi et Renault. Ce même jour, un communiqué de Renault annonce que son conseil d’administration « va se réunir au plus vite » pour savoir quelles suites donner à cette histoire. Il est précisé qu’une attention toute particulière sera accordée « à la défense de l’intérêt du groupe Renault dans l’Alliance », qui pourrait ressortir abimée de cette affaire.

C’est aussi le souhait d’Emmanuel Macron. Interpellé à ce sujet lors de son déplacement en Belgique, le chef de l’État juge « qu’il est trop tôt pour se prononcer sur la réalité et la matérialité de faits » sur lesquels il déclare ne pas avoir d’éléments supplémentaires. « Par contre, l’État, en tant qu’actionnaire, sera extrêmement vigilant à la stabilité de l’Alliance et au groupe », a-t-il ajouté, ainsi qu’à l’intérêt des salariés.

Pour sa part, Hiroto Saikawa estime que les malversations attribuées à Carlos Ghosn ne remettent en aucune façon l’alliance stratégique mise en place par les trois constructeurs et que le destin judiciaire d’un seul homme, et de ses éventuels complices, ne doit par y mettre un terme. Même si, au regard des révélations faites depuis le début de la journée, les investisseurs ont très mal accueilli la nouvelle.

À Paris, la valeur de l’action de Renault a perdu près de 10 % dans la journée.

Cours de l'action Renault en bourse
Cours de l’action Renault en bourse ce 19 novembre. // Source : Renault

 

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