Envisager de baisser la limitation de vitesse sur les autoroutes suisses de 120 km/h à 80 km/h fait ressortir de vieux démons, jusqu’en France où l’idée est particulièrement impopulaire. Certains automobilistes suisses ironisent pourtant en disant qu’il est rare de pouvoir rouler plus vite sur les principaux axes du pays. Cette hypothèse nous renvoie directement dans les années 1970, sans même avoir besoin d’une DeLorean.
En 1973, en plein choc pétrolier, le gouvernement suisse dégainait l’interdiction de rouler le dimanche et bridait ses autoroutes à 100 km/h pour rationner l’or noir. Douze ans plus tard, en 1985, le pays abaissait la vitesse maximale de 130 à 120 km/h, cette fois pour freiner le dépérissement des forêts : une mesure « temporaire » devenue définitive en 1989. Un demi-siècle après le premier choc pétrolier, la Confédération helvétique ressort la même recette.
Selon l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE), cité par 20minutes le 24 octobre 2026, un scénario de grave pénurie de carburants en Europe pourrait déclencher une série de restrictions drastiques : recours aux réserves obligatoires, incitation aux transports en commun… et un abaissement général de la vitesse sur autoroute à 80 km/h. L’OFAE raisonne uniquement en moteurs thermiques, comme si la transition énergétique n’avait pas commencé.
Le grand retour aux solutions des années 70
Sur le papier, la physique donne raison aux régulateurs suisses : forcer les automobilistes à rouler à 80 km/h plutôt qu’à 120 km/h permet de réduire la consommation d’un moteur essence ou diesel d’environ 20 à 30 %. En cas de rupture d’approvisionnement, faire baisser la consommation des véhicules permet de réduire les tensions sur les stocks de carburant.

En 2026, la mesure a surtout l’air d’un anachronisme. Ramener les autoroutes à la vitesse d’une route cantonale renvoie directement aux crises pétrolières des années 1970. Mais surtout, le projet fédéral ne fait aucune distinction : thermique, hybride ou 100 % électrique, tout le monde serait logé à la même enseigne.
Les voitures électriques punies à cause de la pénurie de carburant
Les conducteurs de voitures électriques pourraient être soumis à une mesure destinée à économiser un carburant qu’ils ne consomment pas. Un paradoxe qui rappelle les limitations de vitesse imposées lors des pics de pollution, même aux véhicules sans émissions à l’échappement.
Il y aurait cependant un avantage à cet abaissement de la vitesse sur autoroute : les conducteurs de véhicules électriques verraient leur autonomie sur autoroute nettement progresser, car la résistance de l’air, qui pèse lourd sur la consommation à 120 km/h, diminue fortement à 80 km/h. La consommation serait optimale pour certains modèles.
Prenez le train, roulez au pas… mais ne passez pas à l’électrique ?
Le plus frappant dans la communication des autorités helvétiques reste ce qu’elle ne dit pas. Face au spectre de la dépendance aux énergies fossiles, le catalogue de recommandations officielles égrène scrupuleusement les mêmes recettes : privilégiez les transports publics, partagez votre voiture, renoncez aux trajets non indispensables, levez le pied… mais personne ne semble envisager une autre hypothèse : accélérer la sortie du pétrole en basculant vers la mobilité électrique.
Il faut dire que la Suisse entretient une relation pour le moins ambiguë avec la voiture électrique. C’est certainement lié au fait que certaines personnalités politiques au pouvoir affichent des postures politiques anti-VE assumées. Le développement des infrastructures de recharge en a pâti à l’échelle fédérale, même si certains cantons œuvrent à améliorer la situation.
Alors que le pays bénéficie d’un pouvoir d’achat élevé et d’un réseau électrique robuste, la Suisse n’a jamais instauré de prime nationale à l’achat de véhicules électriques et s’est appuyée sur une feuille de route essentiellement volontariste. Elle a même soumis les voitures électriques, depuis le 1er janvier 2024, à l’impôt automobile fédéral de 4 %, dont elles étaient exonérées depuis sa création en 1997. Le Conseil fédéral voulait ainsi récupérer environ 150 millions de francs de recettes par an.

En brandissant la menace d’un 80 km/h généralisé dès que le pétrole vient à manquer, la Confédération avoue surtout qu’elle s’est mal préparée à s’en passer. Les automobilistes helvètes n’ont en tout cas pas attendu pour s’équiper : les voitures 100 % électriques représentent 26,2 % des immatriculations de voitures neuves sur les neuf premiers mois de 2026, et 35,7 % en septembre, un record dopé par le prix des carburants, selon l’association des importateurs auto-schweiz.
Rien n’a été acté pour le moment. Cette réduction de la vitesse sur autoroute n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Le projet retire 40 km/h à la vitesse maximale sur toutes les portions qui ne sont pas déjà limitées par des travaux, des tunnels ou la gestion des bouchons. En 1985, la baisse n’était que de 10 km/h. On peut se demander si ce chiffre ne sert pas à faire accepter plus facilement une baisse plus modérée, comme un passage à 110 km/h. La situation reste à observer, car elle pourrait bien donner de mauvaises idées à d’autres gouvernements voisins.
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