L’Ademe a publié un avis qui confirme l’avantage environnemental important de la voiture électrique, tout en démontant plusieurs idées reçues. L’agence de la transition écologique met toutefois en garde contre certaines dérives et invite à changer quelques habitudes.

Dans les débats automobiles, la voiture électrique est encore trop souvent la cible de fake news. L’objectif du nouvel avis publié par l’Ademe (l’Agence de la transition écologique) est d’apporter un peu de rigueur scientifique au milieu des échanges passionnés.

Ce document publié le 7 octobre s’appuie sur deux études prospectives et l’analyse fine du cycle de vie des véhicules. L’organisme dresse un bilan objectif de l’électrification en France. Si le constat global est particulièrement favorable à la voiture électrique, l’agence rappelle que tous les véhicules ne se valent pas.

L’Ademe tord le cou à trois gros clichés

Avant de formuler ses recommandations, l’agence s’attaque aux mythes les plus tenaces qui circulent encore sur la mobilité électrique : la pollution, la durée de vie des batteries et le risque pour le réseau électrique français.

« Une électrique pollue autant qu’un diesel » : Faux

En France, grâce à notre électricité décarbonée, le bilan carbone complet d’un véhicule électrique est divisé par deux par rapport à une thermique ou une hybride. La « dette carbone » liée à la fabrication de la batterie est amortie dès 70 000 km pour une compacte 60 kWh. Mais l’agence montre que le choix du modèle influence le nombre de kilomètres à parcourir pour effacer cette dette carbone.

Si le poids de la batterie sollicite davantage les pneumatiques (qui sont désormais prévus pour les véhicules électriques), l’absence totale d’émissions à l’échappement et l’usage du freinage régénératif équilibrent largement le bilan. Les émissions de particules fines liées au freinage sont réduites de moitié pour les PM10 et d’un tiers pour les PM2,5 par rapport à une thermique.

Une batterie de Renault Kangoo Z.E analysée. // Source : EV Clinic via Facebook
Une batterie de Renault Kangoo Z.E analysée. // Source : EV Clinic via Facebook

« La batterie est bonne pour la casse après 5 ans » : Faux

Le rapport montre que les batteries actuelles résistent particulièrement bien dans le temps. Avec une dégradation moyenne limitée entre 1,7 % et 2,3 % par an, elles conservent en moyenne 89 % de leur capacité initiale après 200 000 km parcourus.

D’autres études et analyses du parc roulant ont également déjà tordu le cou à cette idée reçue. Si quelques véhicules sont équipés de batteries défaillantes qu’il faut changer prématurément, les autres ont au contraire souvent démontré une longévité bien supérieure à ce qui avait été imaginé.

Le recyclage n’est aussi plus une utopie, même si la filière européenne doit encore progresser.

« Le réseau électrique ne tiendra pas » : Faux

L’agence confirme que l’électrification du parc est compatible avec les capacités du réseau, à condition de piloter la recharge. Mais elle indique que pour répondre à court/moyen terme à la hausse de demande électrique liée à la mobilité électrique, l’apport des énergies renouvelables, combiné au nucléaire est essentiel.

Elle prend néanmoins à contre-pied une consigne historique : alors qu’on conseille souvent aux automobilistes de recharger la nuit en heures creuses, l’Ademe recommande désormais de privilégier la recharge en milieu de journée. Cela permet de faire coïncider la charge avec le pic de production solaire photovoltaïque, divisant par 2,5 l’impact environnemental de la recharge.

Gros SUV contre modèles sobres : le verdict sans appel de l’Ademe

Le principal enseignement du rapport réside dans sa mise en garde contre la surenchère des gabarits et des batteries XXL. L’Ademe démontre chiffres à l’appui qu’acquérir un gros SUV réduit fortement les bénéfices environnementaux de l’électrification.

Pour parcourir une distance identique de 430 km sur autoroute, une berline compacte sobre se contente d’une batterie de 60 kWh (soit 340 kg) grâce à une consommation moyenne de 14 kWh/100 km. À l’inverse, un gros SUV aura besoin d’un pack géant de 90 kWh (pesant 510 kg) pour compenser son manque d’aérodynamisme et sa consommation de 21 kWh/100 km.

Polestar 4 en recharge  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Polestar 4 en recharge // Source : Raphaelle Baut pour Numerama

Au final, les 170 kg supplémentaires de batterie sont en grande partie embarqués pour rien : ils n’apportent pas de kilomètres d’autonomie en plus. J’ai également un bon exemple à vous partager prochainement avec mon expérience en Volkswagen ID.3 Neo sur long trajet, comparé à d’autres modèles bien plus gros (en taille et en batterie).

Pour un achat avisé, l’Ademe livre trois conseils :

  • Viser la sobriété énergétique en évitant les modèles surdimensionnés et inutilement lourds. Les consommations homologuées des véhicules neufs peuvent rapidement varier du simple au double selon le gabarit du véhicule (de 12 à 24 kWh/100 km).
  • Privilégier la recharge de jour sur son lieu de travail ou sur bornes publiques pour profiter de l’énergie solaire.
  • Choisir un modèle éligible au score environnemental, neuf ou d’occasion, pour une empreinte environnementale de fabrication et d’acheminement maîtrisée.

Les défenseurs de l’électrique n’apprendront sans doute pas grand-chose de cette publication de l’Ademe. Elle n’en reste pas moins essentielle dans un débat public où les fake news et les caricatures font encore loi. Une piqûre de rappel salutaire pour remettre les faits, les chiffres et le bon sens au centre du village.

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