Il est fort probable que je me souvienne longtemps de mon réveil, ce vendredi 16 octobre 2026. Encore dans le brouillard des nuits trop courtes de cette semaine de Mondial de l’Auto, j’ai attrapé mon téléphone pour faire défiler quelques contenus. Et là, en tombant sur un extrait de la démonstration du Tesla Roadster diffusée trois heures plus tôt, j’ai cru avoir une violente hallucination. Je me suis pincée deux fois pour vérifier que j’étais bien réveillée et j’ai immédiatement lancé la rediffusion de la présentation du Tesla Roadster. Je pensais être tombée sur une vidéo générée par IA. Il n’en était rien.
Tesla a bien réussi à défier les lois fondamentales de la physique avec un véhicule. Ou plutôt, une licorne promise depuis près de dix ans. Le Roadster n’a plus grand-chose à voir avec le projet initial, mais c’est devenu une habitude avec ce constructeur. En revanche, la frontière entre l’annonce automobile et le scénario de science-fiction n’a jamais été aussi floue que lors de cet événement. Alors, faut-il crier au génie absolu d’Elon Musk ou au plus grand numéro de prestidigitation du XXIe siècle ? J’ai bien envie de répondre : les deux.
Du grand art !
D’un côté, il faut lui reconnaître une chose : personne d’autre ne sait transformer un lancement automobile en un show hollywoodien capable de faire oublier tout bon sens. La voiture volante reste l’un des plus grands fantasmes technologiques du XXe siècle, un rêve d’hurluberlus qu’aucun constructeur n’a réellement osé prendre au sérieux sans risquer le ridicule.

Certes, certains explorent le secteur avec les eVTOL, ces aéronefs électriques souvent présentés comme des taxis volants. Mais on est encore loin de la « voiture volante » telle qu’on se l’imagine depuis des décennies : de Fantômas et sa DS à Retour vers le futur et sa DeLorean. Elon Musk, lui, en a fait sa nouvelle signature. C’est brillant en matière de communication, redoutablement efficace pour capter l’attention du monde entier et imparable pour préparer les esprits à un éventuel rapprochement capitalistique entre Tesla et SpaceX.
Mais la réalité finit toujours par vous rattraper. Si le public a été subjugué par le spectacle, mon côté rationnel (et celui de milliers d’autres) ne peut s’empêcher de poser la question qui fâche : à quoi tout cela sert-il vraiment ? Face à certaines œuvres d’art moderne, j’ai fini par renoncer à comprendre. Je n’ai pas la vision. Et, ne possédant aucune action Tesla, je n’ai rien non plus pour me raccrocher à la transe collective menée par les actionnaires de l’entreprise.
Ou un grand bluff ?
Ce prototype est capable de rouler au plafond, de se retourner dans les airs pour retomber sur ses quatre roues ou de faire un flip au-dessus du reste de la gamme : assistait-on vraiment à la démonstration d’une voiture de série prête à rouler, ou à celle d’un prototype savamment préparé pour le show ? Les doutes sont largement permis. Ce ne serait pas la première fois que Tesla arrange la réalité pour en mettre plein la vue. Au moins, le véhicule n’a pas explosé. C’était déjà ça de gagné (même si ça aurait ajouté un peu de piquant).

Autre question qui me tarabuste : quelle est la viabilité d’un tel engin dans la vraie vie ? Beaucoup ont déjà joué avec des Hot Wheels : entre loopings et sauts improbables, ces petites voitures en ont vu de toutes les couleurs. De là à vouloir le tenter à l’échelle 1, il faut quand même avoir une sacrée âme de cascadeur ou tout simplement n’avoir aucun instinct de survie. Surtout quand on sait que le Roadster embarque des réservoirs de gaz comprimé pour alimenter ses propulseurs.
Entre les réglementations automobiles et aéronautiques, les contraintes de sécurité et l’homologation des propulseurs, la version équipée du pack SpaceX s’annonce comme un cauchemar administratif. He Xiaopeng, le patron de Xpeng, a d’ailleurs réagi dans ce sens. Quelques acrobaties ne suffisent en tout cas pas à en faire un véhicule volant réellement commercialisable.

Même si Tesla parvient à lancer la production dans les deux ans comme promis par Elon Musk, où pourra-t-on légalement rouler (ou voler) avec un tel engin ? Probablement nulle part, en dehors peut-être d’un lac salé ou d’un terrain privé suffisamment isolé pour ne pas attirer l’attention des autorités. Même les acheteurs de la première heure doutent. Heureusement pour Tesla, il reste une version Performance presque conventionnelle pour satisfaire la fièvre acheteuse de certains. De quoi engranger quelques virements bienvenus, à défaut de faire décoller autre chose que les résultats financiers du constructeur.
Plus c’est gros, plus ça passe ?
Ce Roadster ressemble de plus en plus à une magnifique manœuvre de diversion dont Tesla a le secret. Une démonstration qui fait vibrer la corde sensible des grands enfants qui rêvent encore d’un monde digne de la science-fiction, alors que l’industrie automobile doit déjà relever des défis autrement plus terre à terre, entre réduction des émissions et sobriété des ressources. Elon Musk promet la Lune, et plus encore.
Génie visionnaire ou vendeur de rêve hors sol ? L’histoire le dira. Pour l’instant, la blague du Tesla Roadster est repartie pour quelques années de plus. Et franchement, on n’en demandait pas tant.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Un édito exclusif, un guide, une reco de lecture et l’agenda de la rédaction : c’est ce que vous trouverez tous les jeudis dans ToujoursPlus, la newsletter tech écrite par Julien Cadot. Inscrivez-vous gratuitement ici !

