Pour gratter quelques euros sur les pleins, faut-il saboter la voiture électrique ? C’est l’étrange idée qui s’invite dans la présidentielle. De quoi faire le point de la situation dans l’édito de la newsletter Watt Else du 8 octobre 2026.

Le sport national de nos dirigeants politiques n’est décidément pas l’anticipation industrielle. À la vision à long terme, ils préfèrent la navigation à vue. Alors que le prix du carburant crispe toujours le portefeuille des Français, une idée s’est immiscée dans le débat : la suppression pure et simple des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE).

L’idée vendue par certains candidats à la présidentielle sur les plateaux télé apparaît séduisante sur le papier : en soulageant les distributeurs de carburant et les énergéticiens de cette taxe indirecte, le litre d’essence baisserait (ou pas, d’ailleurs). Mais supprimer les CEE revient à couper les aides à l’achat pour les véhicules électriques. Ce, pile au moment où la bascule se fait, justement poussée par ce besoin de mieux maîtriser son budget automobile. Autant dire que le timing serait juste catastrophique, et pas uniquement pour la voiture électrique.

L’idée bancale qui unifie toute l’industrie

Il faut néanmoins reconnaître un mérite à cette suggestion politique : elle a réussi l’exploit d’unifier une filière automobile d’ordinaire prompte à se déchirer dans des querelles de clocher. Dans un communiqué commun, la Plateforme automobile (PFA), Mobilians, la CSIAM, l’Avere-France et l’organisation des loueurs longue durée (Sesamlld) ont sonné l’alarme d’une seule et même voix. Supprimer brutalement les CEE sans aucune alternative reviendrait à provoquer un séisme dans un marché français déjà amputé de plus d’un quart de ses ventes depuis 2020.

Recharge Le Plein // Source : Le Plein
Recharge Le Plein // Source : Le Plein

La colère gronde à tous les étages. Vincent Salimon, le patron de BMW Group France, n’a pas mâché ses mots sur ses réseaux sociaux : « Comment construire quand certains tentent de détruire ? » Même si les constructeurs réduisent désormais leurs temps de développement, l’automobile reste une industrie de temps long, qui engage des milliards d’euros d’investissements. Transformer la fiscalité automobile en girouette électorale est tout simplement irresponsable.

Un sabotage sans gagnant

La France, comme d’autres pays européens, se trouve justement à un moment charnière de l’adoption de la voiture électrique. L’embellie constatée ces derniers mois, notamment en septembre, pourrait donner l’impression qu’il est temps de débrancher les incitations. C’est tout simplement trop tôt. On ne pilote pas la stratégie industrielle d’un pays avec un bouton « on-off ». Vouloir couper le jus aujourd’hui, c’est prendre le risque de perdre sur tous les tableaux : la souveraineté, la survie de nos constructeurs, l’emploi et tout l’écosystème de la mobilité.

Ce projet de sabordage intervient au moment précis où le véhicule électrique grand public commence enfin à prendre sa vitesse de croisière. Entendons-nous bien : l’industrie n’a pas vocation à vivre sous perfusion ad vitam æternam. Je suis la première à dénoncer régulièrement ce grand Monopoly bureaucratique indigeste, avec ses dispositifs devenus totalement illisibles (pour les gros rouleurs, les taxis, les aides à domicile…), ses règles d’éligibilité modifiées tous les quatre matins et les montages acrobatiques du leasing social. 

Le sevrage est inévitable, mais il doit être progressif. Couper le cordon de manière aussi abrupte ne protégera certainement pas le pouvoir d’achat. Cela risque simplement de pousser davantage de conducteurs à conserver et rafistoler leurs vieilles voitures thermiques polluantes pour esquiver le prix du neuf, tout en brisant net l’élan de nos usines françaises et européennes. Se retrouver tous perdants juste pour gratter une poignée d’euros à la pompe ? C’est sacrément cher payé !

Si le gouvernement souhaite réellement assainir ses finances, qu’il commence par simplifier ce millefeuille administratif pour le rendre enfin efficace. Mais qu’il cesse de jouer à la roulette avec la stratégie énergétique du pays. L’automobile a besoin d’un cap à long terme, pas d’une énième panique fiscale bricolée pour glaner trois voix lors du prochain scrutin. À ce rythme-là, je sens que cette campagne présidentielle va être particulièrement longue…

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